Bâtir des liens

Ils n’ont pas le même âge, pas le même quotidien, et pourtant, ils se comprennent. Depuis trois ans, le projet Caléo rapproche des élèves de 4e année et des aînés.

On vous en parlait la semaine dernière, un projet scolaire, imaginé par trois enseignants de l’école De La Broquerie, a été lauréat du prix Ouverture lors de la 4e remise des Prix Inspiration Patriotes, organisée à l’école secondaire De Mortagne, le 16 avril dernier.

Le projet en question, c’est le projet Caléo, aussi appelé « projet intergénérationnel » par les enseignants en charge. Nous nous sommes rendus en classe pour nous entretenir avec les têtes pensantes à l’origine de cette initiative, Anne-Valérie Lefort, Vincent Tremblay et Véronique Cadrin qui, depuis maintenant trois ans, bâtissent des ponts entre leurs élèves de 4e année et les aînés de la résidence Caléo.

Un projet porteur d’humanité, riche en émotions et en partage entre des individus que toute une vie sépare, et qui, sans lien de parenté, s’entraident, se soutiennent et se tiennent par la main.

« C’est magique, il y a quelque chose qui se passe. » – Anne-Valérie Lefort

Le projet Caléo

Mis sur pied en 2023, ce projet intergénérationnel vise à rapprocher les élèves de leur communauté en créant des liens durables avec des aînés vivant dans une résidence à proximité de l’école, la résidence Caléo. « On s’adapte à leur génération, tout comme eux s’adaptent à la nôtre, nous explique Anne-Valérie Lefort, pleine d’enthousiasme. Il y a un échange entre ces générations qui est vraiment très riche. La première année, je pense que l’on pleurait à chaque rencontre. »

Une fois par mois, tout au long de l’année scolaire, près de 60 élèves participent à des rencontres avec les aînés. Cette année, celles-ci ont lieu le jeudi matin et durent environ deux heures. « On propose des activités différentes à chaque rencontre pour créer le contact, continue l’enseignante. À la première, on envoie une lettre manuscrite pour se présenter. Dernièrement, il y a eu des échanges de photos. Les aînés ont des photos de grandes familles, souvent en noir et blanc et jaunies, alors qu’aujourd’hui, les photos sont numériques. »

Jumelés en petits groupes, les élèves et les aînés prennent part à diverses activités, comme du bricolage, des discussions et des partages de souvenirs, favorisant la création de liens sincères. « Il y a des liens qui se forment, ils se font des câlins, ils sont contents de se voir, alors qu’ils n’ont aucun lien de parenté, raconte Vincent Tremblay. Certains aînés n’ont pas d’enfants ou de petits-enfants, donc, ça brise l’isolement. »

Au fil des rencontres, les jeunes développent des compétences humaines essentielles comme l’écoute, l’empathie et le respect, tout en s’ouvrant à des réalités différentes des leurs. De leur côté, les aînés s’ouvrent aux mondes des élèves, à leurs histoires et à leurs ressentis. 

Un projet humain

Projet profondément humain, Caléo dépasse largement le cadre scolaire et s’impose comme une initiative inspirante, porteuse de sens et de valeurs. Au-delà de son aspect pédagogique, il incarne une vision de l’éducation où l’apprentissage passe aussi par la rencontre de l’autre. « On a toujours épousé des causes à l’école, nous explique Véronique Cadrin. En tant qu’enseignants, on sent qu’il faut connecter notre milieu à la société et à la communauté. Pour nous, c’était important d’initier nos élèves à cette rencontre intergénérationnelle. »

En lui décernant le prix Ouverture, le CSSP souligne la portée de cette initiative, qui dépasse les murs de l’école pour s’ancrer durablement dans la communauté. « C’est une tape dans le dos, se réjouit Vincent Tremblay. Ça nous montre que d’autres personnes croient en ce projet autant que nous. »

Des liens puissants

Non seulement le projet permet de briser l’isolement que peuvent ressentir certains aînés, mais il offre aussi à des élèves aux besoins particuliers des espaces d’expression uniques. « Par exemple, on a un élève anxieux et timide qui a pris la main d’une aînée pour l’aider à marcher. On n’aurait jamais cru ça, se remémore avec joie Vincent Tremblay. Autre exemple, il y a deux ans, pour un élève autiste, on avait des doutes. Au final, une résidente l’a pris avec elle. Elle jouait avec lui, elle écoutait son univers. Le lien qui s’est créé était très fort. »

Des liens profonds qui se prolongent parfois au-delà du cadre scolaire. « Certains élèves continuent, après le projet, d’aller les voir avec leurs parents, souligne Vincent Tremblay. C’est vraiment beau. »

En trois ans, le projet Caléo aura démontré toute la pertinence d’établir des liens entre des individus que plus d’un demi-siècle sépare et qui, pourtant, peuvent devenir si proches. Forts de ces résultats, les enseignants regardent vers l’avenir avec enthousiasme et s’attendent à voir le projet perdurer dans le temps, une volonté largement partagée par les parents d’élèves et encouragée par cette reconnaissance du CSSP.

Ils lancent également un appel aux autres écoles de la région afin de reproduire leur initiative, dans l’espoir que, partout au Québec, des liens intergénérationnels se tissent et s’entremêlent.