Boucherville se déresponsabilise d’un sentier sur le Saint-Laurent

Malgré son apparence rassurante, le chemin de sapins qui se dessine chaque hiver sur le fleuve Saint-Laurent à Boucherville n’est ni balisé ni supervisé par la Ville. 

En plein hiver, au mois de janvier, un phénomène pour le moins intrigant apparaît sur le fleuve Saint-Laurent, à Boucherville.

Les fêtes de Noël sont déjà loin derrière nous et pourtant, en prenant quelques instants pour observer le paysage, on peut apercevoir une lignée de sapins se dressant sur le fleuve, reliant les rives du boulevard Marie-Victorin aux îles de Boucherville.

« La Ville ne balise aucun chemin sur le fleuve Saint-Laurent. » – Josianne Marcotte

Loin d’être un phénomène naturel, ces petits points verts qui émergent du fleuve enneigé sont en réalité des repères, plantés dans la glace, censés indiquer un passage suffisamment épais pour supporter le poids des déplacements en toute sécurité.

Les traces de pas laissées dans la neige le long de ce chemin montrent qu’il est régulièrement emprunté, et ce, plusieurs fois par jour. Il suffit d’ailleurs de s’installer quelques instants aux abords pour en avoir le cœur net : chaque heure, des dizaines de marcheurs se succèdent d’une rive à l’autre. 

Sécuritaire, oui ou non ?

Lorsqu’on interroge les marcheurs à ce sujet, on constate que la plupart ignorent l’origine de cette pratique et l’identité de ses instigateurs. Pour beaucoup, il semblerait que la Ville soit à l’origine de ce balisage.

« Je ne sais pas si c’est la Ville qui fait ça, mais si on suit les sapins, c’est sécuritaire », nous indique une Bouchervilloise interrogée après avoir complété la traversée d’un pas assuré. « C’est la première fois que je fais la traversée des sapins, mais j’ai l’habitude de marcher sur le Saint-Laurent. »

Contactée à ce sujet, la Ville de Boucherville précise ne pas être à l’origine de ce chemin. « Nous ne savons pas qui est à l’origine de cette initiative », déclare Josianne Marcotte, cheffe de service aux communications de la Ville de Boucherville.

En l’absence d’informations concrètes sur l’état des glaces, lequel peut varier selon plusieurs facteurs comme la profondeur de l’eau, le courant ou encore les variations de température, la Ville appelle à la plus grande prudence et déconseille fortement de s’y aventurer.

« Il est important de noter que la Ville ne balise aucun chemin sur le fleuve Saint-Laurent et ne vérifie pas l’épaisseur de la glace, ajoute Josianne Marcotte. Elle ne peut donc en aucun cas garantir que celle-ci est sécuritaire. »

Quelle origine ?

De nombreuses hypothèses circulent quant à l’origine de ces sapins. Pour certains, les pêcheurs en seraient les instigateurs, pour d’autres, il s’agirait d’agriculteurs ou encore de simples citoyens.

Ce qui est sûr, c’est qu’un certain mystère entoure cette pratique envers laquelle certains manifestent une confiance aveugle, alors que la Ville, qui la déconseille, n’a mis en place aucun panneau de sensibilisation ni de signalisation dissuasive à l’endroit de la traversée.

Une pratique historique

Comme l’expliquait René Coutu, membre de la Société d’histoire des Îles-Percées, dans sa précédente chronique consacrée aux modes de transport à Boucherville au XIXe siècle, le fleuve a longtemps été un axe de déplacement privilégié en hiver.

En 1857, un pont de glace reliant Boucherville à Longue-Pointe constituait l’un des moyens les plus économiques et rapides pour se rendre à Montréal. À l’époque déjà, le trajet était balisé à l’aide d’arbres, permettant aux cochets comme aux marcheurs les plus audacieux d’emprunter le chemin en toute sécurité.

Le chemin de sapin que l’on peut aujourd’hui observer à l’intersection de Marie-Victorin et de Montarville est donc un héritier direct de cette pratique.

Réchauffement climatique 

Les hivers ne sont plus aussi froid qu’avant. Les nombreux redoux liés au réchauffement climatique ne permettent plus de garantir la solidité de la glace en tout temps. Il est d’ailleurs frappant de constater qu’à quelques centaines de mètres à peine de ce chemin emprunté chaque jour par de nombreux marcheurs l’eau du fleuve demeure visible.

Interrogée sur de possibles cas de chutes ou d’accidents, la Ville indique ne pas disposer d’informations permettant de confirmer si de tels événements ont eu lieu sur le fleuve.

Pour ce qui est des marcheurs, tous semblent très confiant et heureux de pouvoir profiter pleinement des extérieurs, certains s’aventurant même au-delà du chemin balisé. En attestent les nombreuses traces de pas qui forment parfois des dessins. 

Fait divers, on a récemment appris qu’un jeune homme de 18 ans a pris la fuite à pied en traversant le fleuve, alors qu’il était poursuivi par le Service de police de l’agglomération de Longueuil (SPAL) à la suite d’un accident.