Briser le silence

Dans un contexte où la santé mentale masculine demeure trop souvent reléguée au silence, le Groupe de Partage pour Hommes de la Montérégie (GPHM) offre depuis plus de vingt ans un espace rare : un lieu où verbaliser son mal-être ne rime pas avec faiblesse, mais avec humanité, partage et changement.

Fondé par Normant Legros en 1999, l’organisme réunit chaque semaine des hommes de tous horizons venus échanger sur leurs émotions, leurs difficultés et leurs expériences de vie, sans jugement ni tabou.

« La mission du GPHM, c’est d’aider les gens en difficulté psychologique à pouvoir évacuer leur mal-être et verbaliser comment ils se sentent à l’intérieur », déclare Réal Houle, président de l’organisme, qu’il a rejoint il y a maintenant plus de 19 ans, d’abord comme membre, puis comme animateur, avant d’accéder à la présidence. « Il serait temps que les gars prennent conscience de leur mal-être et qu’ils soient capables de l’évacuer. Il leur faut une place pour ça. »

Le GPHM, qui compte une dizaine de bénévoles, propose des groupes de discussion les mardis et mercredis de 19h à 21h à Boucherville. Chaque groupe est composé de six à huit membres, d’un animateur et d’une psychanalyste. Des ateliers sont souvent proposés à la suite des discussions.

« On veut que les gens aient le temps de parler. C’est la raison pour laquelle on fait des petits groupes. »

Tisser des liens

« On a toujours dit aux hommes que les hommes, ça pleure pas, qu’ils sont capables de s’arranger tout seuls, qu’ils n’ont pas besoin d’aide, et on l’a cru », souligne M. Houle, qui regrette que les politiques actuelles ne soient pas davantage orientées vers l’accompagnement. « Les femmes ont beaucoup de ressources et c’est super. Mais pour les hommes, le gouvernement a misé sur la répression et non sur la prévention. »

Pourtant, des problématiques, le président du GPHM en voit tous les jours. « Il y a l’estime de soi, il y a l’angoisse, la colère, les problèmes de couple et récemment on a commencé à voir des gens victimes d’arnaques amoureuses. »

Par le dialogue, le partage et l’entraide, l’organisme invite ses membres à remonter aux sources de leur mal-être afin de mieux comprendre ce qu’ils peuvent transformer dans leur manière d’agir, de parler ou de penser. « Faut être capable de les amener à faire une introspection par rapport à eux-mêmes, et de là, ils seront capables d’avoir une prise de conscience. »

« Il y a 2 ans et demi ma vie était en danger parce que je n’en voulais plus. Je me faisais peur. J’ai cherché de l’aide chez un médecin, un psychothérapeute et au groupe de partage pour hommes de la Montérégie. Le groupe a contribué à mon rétablissement en m’aidant à mettre les choses en perspective. » Témoigne un membre préférant rester anonyme. « Un thérapeute ça aide, mais tu ne fais que te regarder, toi, face à tes problèmes. Un groupe de partage, ça t’aide à relativiser les choses. Tu rencontres d’autres hommes qui ont vécu la même chose ou pire que toi. »

Si les résultats sur la santé mentale de leurs membres sont probants, Réal Houle regrette que certains préjugés tiennent encore de potentiels usagers à distance, « les hommes ont beaucoup de difficulté à verbaliser leur mal-être. » Pourtant, le président du groupe en est convaincu, « les personnes peuvent s’aider mutuellement dans leurs problématiques. »

Pourtant, il en est convaincu, « les personnes peuvent s’aider mutuellement dans leurs problématiques. »

Des défis persistants

Le groupe fait également face à des enjeux financiers qui limitent ses activités. « Le principal défi, c’est d’aller chercher de l’argent. On aimerait ça avoir un local à nous autres. Si on avait plus de ressources, on pourrait payer les animateurs, avoir un local, ce genre de trucs. »

À cela s’ajoute un manque de reconnaissance à l’échelle gouvernementale. « J’ai fait des représentations auprès des organismes gouvernementaux, mais c’est comme si ça tombait dans le vide. »

Pourtant, les résultats sont là. « Quand t’aides un homme à être mieux dans sa peau, tu l’aides lui, t’aides sa famille et t’aides la société. »