Cambriolages à Boucherville, les magasins de cartes à collectionner pris pour cible

Deux magasins de cartes à collectionner ont été cambriolés à plusieurs reprises dans les derniers mois à Boucherville. 

Après plusieurs incidents survenus dans la région, les propriétaires s’inquiètent d’une tendance grandissante qui fragilise leurs activités et mine le sentiment de sécurité au sein de la communauté commerçante.

Des crimes répétés

Se faire réveiller par un appel sur son téléphone portable au beau milieu de la nuit n’est jamais porteur de bons augures. C’est à la fin du mois d’août, un matin, à 4 h 50, que celui d’Isaac Benoit-Cossette, propriétaire du magasin de cartes de collection Poké Jeux, s’est mis à sonner. Au bout de la ligne, sa compagnie de sécurité. « Il m’ont demandé si moi ou l’un de mes employés était au magasin. Je leur ai dit que non. Alors, on a appelé la police. »

Trop tard. À l’arrivée des agents, les cambrioleurs sont déjà partis, emportant avec eux un butin de près de 15 000 $ de cartes Pokémon et cartes de hockey, deux segments de collection très recherchés par les acheteurs.

« C’étaient deux voleurs habillés tout en noir, assez costauds, avec deux bacs de poubelle. Ils ont brisé la serrure et ils sont entrés. Ils ont pris toutes les cartes qu’ils pouvaient en à peine une minute. Ils sont partis par un itinéraire où il n’y avait pas de caméra » se rappelle tristement Isaac Benoit-Cossette.

Si cette affaire peut sembler étonnante, elle n’a en réalité rien de particulier à Boucherville, où les cambriolages se sont multipliés ces derniers mois. À ce titre, les boutiques de cartes à collectionner semblent être devenues des cibles de prédilection. 

Quelques mois après ce premier incident, dans la nuit du 7 au 8 novembre, Isaac a de nouveau été réveillé par un appel : un second cambriolage venait de frapper sa boutique. Cette fois, les pertes seront évaluées à 3 000 $. 

« C’est un monsieur qui a brisé la vitre avec un coup de marteau. Il est entré avec un sac d’épicerie et il a pris des cartes Pokémon. Ça a duré une minute », déclare le propriétaire, qui souligne que beaucoup de magasins de cartes ont été visés par des vols sur la Rive-Sud. « Ce monsieur-là a fait la tournée des magasins de cartes toute la nuit. Il a cambriolé le Coffre aux jouets et trésors, à McMasterville, et le Gamer zone, à Cowansville. »

La boutique TopDeck, également spécialisée en cartes de collection à Boucherville, aurait elle aussi subi deux cambriolages et quatre tentatives d’intrusion au cours des derniers mois. Un véritable acharnement criminel sur ce magasin, dont le propriétaire, qui n’a pas souhaité répondre à nos questions, en est réduit à dormir sur place pour protéger son commerce, selon une déclaration publiée récemment sur les réseaux sociaux.

Une denrée rare

Si ces magasins sont des cibles récurrentes, c’est parce que les cartes de collection représentent aujourd’hui un marché en pleine expansion, où certaines pièces rares peuvent atteindre plusieurs centaines, voire des milliers de dollars à l’unité. Précisons que la carte la plus chère de l’histoire a été vendue, en 2022, à 5 227 000 $. Cette valeur, combinée à leur petit format et à leur forte demande, en fait des cibles de choix pour les cambrioleurs.

« C’est facile à revendre. Les cartes Pokémon, ça représente beaucoup d’argent, il y a des boîtes qui valent 400 $ », précise le propriétaire de Poké Jeux. « C’est rendu un marché de collection et les gens peuvent revendre ça dans des marchés aux puces en toute discrétion. »

Le SPAL sur le dossier

« La police était très professionnelle et très rapide. » À deux reprises, M. Benoit-Cossette est allé porter plainte. S’il se dit satisfait du travail, il regrette la longueur du traitement de dossiers. « Ils nous disent que s’ils ne sont pas capables de relier les voleurs à plusieurs dossiers, ça ne sera pas pris en charge avant des mois. »

Le Service de police de l’agglomération de Longueuil (SPAL) confirme être au fait de ces incidents. « Il y a présentement une recrudescence des vols dans les commerces de cartes sportives, souligne François Boucher, agent au Service de police de l’agglomération de Longueuil (SPAL). Une enquête est actuellement en cours afin d’identifier les auteurs de ces actes criminels. »

Un climat anxiogène

Après de multiples récidives, la crainte demeure chez les commerçants, qui se voient plongés dans un climat anxiogène guidé par la peur du lendemain.

« On est dans le stress et la peur, surtout la nuit. On se demande s’ils vont revenir cette semaine, s’offusque Isaac Benoit-Cossette. Quand je me suis installé en tant que commerçant à Boucherville, j’étais sûr et certain que c’était une ville paisible. Là,  ce que je comprends, c’est que des voleurs d’autres villes viennent jusqu’ici pour cambrioler nos commerces parce qu’ils savent que l’on est moins sécuritaires qu’à Montréal. On est rendus au point où il nous faudrait un bunker comme magasin pour ne plus se faire cambrioler par ces criminels-là. »