Camionneurs surveillés à Boucherville
Une intervention majeure à Boucherville a permis d’arrêter un conducteur de poids lourd qui roulait depuis plus de 87 heures sans repos adéquat.
« Lors d’une opération au poste de contrôle de Boucherville en novembre, nos contrôleurs ont procédé à une intervention qui a mis en lumière un cas grave de non-respect des heures de conduite et de repos prévues par la réglementation. Cette situation démontre une fois de plus l’importance du travail de surveillance effectué quotidiennement sur le réseau routier », a indiqué la Fraternité des constables du contrôle routier du Québec.
C’est après une enquête qui aura duré plusieurs heures que les contrôleurs routiers ont démontré que le conducteur avait travaillé 87 h 43 de manière ininterrompue, sans prendre la période minimale de 8 heures de repos consécutives par jour exigée par la réglementation.
Pour Jean-Claude Daignault, président de la Fraternité des constables du contrôle routier du Québec, ce cas n’est qu’un arbre qui cache la forêt. « Quand nous étions sur les routes, nous avions 70 % de nos tâches qui se faisaient dans les autopatrouilles et 30 % dans les postes de pesée. En ce moment, imaginez tous les camions qui évitent les postes de pesée comme celui de Boucherville. »
Un secteur sensible
« Avant le jugement nous interdisant, pour notre sécurité, d’intervenir sur le réseau routier ailleurs qu’aux postes de contrôle, on attrapait tous les jours des camionneurs transportant des choses dangereuses et qui voulaient passer dans le tunnel. Nous avions d’ailleurs en permanence une autopatrouille à cet endroit », nous indique-t-il. Rappelons que les contrôleurs routiers avaient demandé au gouvernement d’être armés. Ce dernier a accepté, en octobre, les obligeant toutefois à suivre une formation au tir.
Une décision du Tribunal administratif du travail a interdit, dès mars 2025, toute patrouille sur les routes des contrôleurs en attendant qu’ils soient formés. Le retour sur les routes est prévu en 2026.
Le secteur de Boucherville semble très touché par les inconduites de camionneurs ces derniers temps. Les décès de Tanya et Elliot Lalonde, survenus le 27 août 2025 sur l’autoroute 30 à Boucherville, fait l’objet d’une enquête publique afin de dégager une réflexion élargie sur les enjeux de sécurité routière impliquant des poids lourds dans des accidents.
En octobre 2025, un camion transportant une pelle mécanique avait bloqué le tunnel Louis-Hippolyte-La Fontaine en direction sud, car le chargement dépassait la hauteur permise, et il a endommagé le plafond, provoquant une fermeture totale pendant plusieurs heures et d’importants embouteillages. M. Daignault explique la chose par l’absence de leurs équipes sur les routes depuis mars 2025.
Hausse de la délinquance
« C’est un fait rare d’avoir vu quelque chose d’aussi grave », avoue M. Daignault. Il nous explique qu’il arrive de plus en plus que le carnet de bord électronique, qui est censé enregistrer le plan de route du conducteur, soit facilement piraté, aussi bien par le chauffeur que par son employeur à distance. Pour M. Daignault, ceux qui sont appelés »chauffeurs au rabais » sont de plus en plus présents sur les routes du Canada depuis dix ans. « Les conducteurs risquent une amende de 600 $ et la compagnie, le double. Le chauffeur peut se voir interdire de conduire jusqu’à ce qu’il soit conforme, mais pour la compagnie, il n’y a pas de conséquence. Il suffit pour elle de prendre un autre chauffeur. Dans les accidents impliquant un véhicule lourd, 10 % sont dus à la fatigue au volant », rappelle le président.
Sans contrôleur sur les routes, il n’est pas rare que les chauffeurs choisissent aussi des voies de contournement pour éviter les postes de pesée et donc les contrôles.
À l’initiative de Xavier Barsalou-Duval, le Comité permanent des transports, des infrastructures et des collectivités, dont il est vice-président, s’est attaqué au phénomène des »chauffeurs au rabais » dans l’industrie du camionnage.
« Je vais poursuivre mes actions pour exiger d’Ottawa des mesures fermes pour l’industrie du camionnage, bien au-delà des simples T4A. Les élus doivent légiférer au bénéfice de la sécurité publique pour protéger la population et non faire ouvertement la promotion du modèle des » chauffeurs au rabais » », a indiqué dans un communiqué le député.
La police en attendant
L’Association des directeurs de police du Québec a rappelé qu’« Au cours du mois de novembre, les policiers de la province ont mené 1 160 opérations dans le cadre du Plan de surveillance des véhicules lourds, en collaboration avec Contrôle routier Québec. Ces opérations ont permis d’intercepter 1 845 véhicules lourds et de remettre 1 909 constats d’infraction. Ce plan de surveillance vise à intensifier la surveillance, à prévenir les comportements à risque et à rappeler l’importance du Code de la sécurité routière, en particulier pour les conducteurs de véhicules lourds ».
