Chronique : une histoire de transport
Un texte de René Coutu,
Membre de la Société d’histoire des Îles-Percées
Je débute aujourd’hui, avec vous, une série de chroniques qui viseront à vous faire découvrir un Boucherville souvent méconnu, celui d’époques révolues mais ô combien captivantes. Je vais ainsi remonter avec vous le temps et tenter de mettre en lumière des aspects de ce quotidien aujourd’hui oubliés.
J’amorce donc cette première rubrique en reculant la pendule et en vous ramenant à l’été de 1857, alors que la population du « village incorporé de Boucherville » s’élevait à peine à 3 000 habitants et que Montréal était, avec ses 90 000 habitants, la plus grande ville du Canada. Or, il faut savoir qu’à ce moment de l’histoire, le pont Victoria est en construction depuis trois ans et qu’il ne sera officiellement inauguré qu’en 1859.
Si, de nos jours, se rendre à Montréal peut être perçu, pour bon nombre de résidents de Boucherville, comme un désagrément que l’on cherchera souvent à éviter, essayons un instant de comprendre la réalité qui s’imposait en 1857. Pour nous y aider, on peut se tourner vers les archives de la BAnQ (Bibliothèque et Archives nationales du Québec) et consulter les journaux de l’époque. Ils regorgent notamment d’annonces en tout genre qui illustrent à merveille le quotidien de cette époque.
Ainsi paraissait, le 13 juillet 1857, dans le journal La Minerve, l’annonce de l’établissement d’une ligne régulière et quotidienne de diligence entre Verchères et Montréal, laquelle faisait arrêt à Boucherville, sur la rue Sainte-Famille (Marie-Victorin). Pour un résident désireux de se rendre à Montréal, cela signifiait de monter, dès 7 h 30, à bord de la diligence, d’emprunter les routes de terre jusqu’à Longueuil, de prendre le traversier et de se faire déposer à l’Hôtel Rasco vers 9 h. En reprenant la diligence à 15 h 30, vous pouviez espérer être de retour à Boucherville vers 17 h. Ce service, on le comprendra, n’offrait pas l’option « confort » et l’espace pour les bagages était très limité.
Qu’à cela ne tienne, le même journal, dans son édition du 12 août 1882, annonçait les services du vapeur Saint-Lambert entre Boucherville et Longue-Pointe, avec neuf départs tous les jours. La traversée prenait alors 30 minutes. Le voyageur avait la possibilité d’embarquer avec son attelage et ses bagages, un avantage apprécié par plusieurs. C’est d’ailleurs ce qui favorisa grandement l’essor de ce mode de transport jusqu’aux années 1920.
Et il ne faut pas croire que le froid hivernal et la glace venaient complétement isoler le village. De fait, la mise en place d’un pont de glace entre Boucherville et Longue-Pointe constituait, à cette époque, un moyen économique et rapide de se rendre à Montréal. Pendant plusieurs années, messieurs Bénard et Quintal, de Boucherville, offraient même, trois fois par jour, un service d’omnibus (long véhicule monté sur des patins et tiré par des chevaux) pour la somme de 50 cents. Et si cette somme n’était pas à la portée de tous, le trajet bien balisé pouvait, dit-on, se faire à pied en une heure.
Il faut également savoir que l’inauguration du service ferroviaire du pont Victoria ne viendra modifier la réalité des Bouchervillois qu’en 1885, année de l’inauguration d’un service quotidien de train, lequel prenait deux bonnes heures avant d’atteindre, à partir de Montréal, la gare de Boucherville sise sur la rue Saint-René (Pierre-Boucher).
Le pont Victoria ne fut d’ailleurs ouvert à la circulation automobile qu’en 1927.
À la lumière de toutes ces informations, on peut se demander ce qu’Auguste Laviolette, résident de Boucherville et capitaine du vapeur Boucherville de 1909 à 1918, aurait pensé du succès, 100 ans plus tard, de la navette fluviale entre Boucherville et Montréal.
