Comment se portent nos producteurs locaux dans un monde en mutation?

Malgré les défis, les exposants du marché Lionel-Daunais demeurent optimistes et continuent de miser sur l’attachement des consommateurs aux produits d’ici.

Du 6 juin au 17 septembre, le marché Lionel-Daunais reprend du service. Deux fois par semaine, les citoyens sont invités à venir découvrir les produits du terroir et à rencontrer les producteurs, les agriculteurs et les entrepreneurs qui font vivre l’économie locale.

Mais derrière les étals colorés et les saveurs d’ici, les producteurs doivent composer avec une réalité de plus en plus complexe. Hausse des coûts de production, droits de douane, fluctuations du prix du carburant et pouvoir d’achat fragilisé, les répercussions des bouleversements économiques et géopolitiques se font ressentir jusque dans les marchés publics de Boucherville. Face à ces défis, les commerçants ne se découragent pas et demeurent bien décidés à promouvoir les produits locaux.

Afin de mieux comprendre ces enjeux et de voir comment les commerçants et leurs clients s’adaptent à cette nouvelle réalité, nous sommes allés à la rencontre des exposants du marché Lionel-Daunais.

Un monde en changement

Derrière un étal de fleurs aux parfums délicats, nous retrouvons Julia, productrice de fleurs écoresponsables des Jardins de la Renarde, qui participe pour la première fois au marché de Boucherville. « Ce sont des fleurs produites, récoltées, mises en bouquet et vendues au Québec dans un rayon de 200 kilomètres. C’est super-local », explique-t-elle.

Si l’enthousiasme est au rendez-vous à l’aube d’un été qui s’annonce chargé, la productrice fait également part de certaines inquiétudes. « Dans le contexte socioéconomique actuel, être producteur, agriculteur ou maraîcher, c’est vraiment difficile, nous explique t-elle. Les gens ont moins d’argent pour faire leur épicerie et on le sent. On attend des mesures si l’on veut que les producteurs comme nous continuent d’exister. »

Une clientèle fidèle

Les répercussions des tarifs douaniers et de la hausse du prix du pétrole ne touchent toutefois pas tous les commerçants de la même façon. Pour Sourey, de Champignologue, présente au marché depuis trois ans, c’est surtout le pouvoir d’achat des consommateurs qui est affecté. « Nous sommes cultivateurs et cueilleurs de champignons, explique-t-elle. L’inflation a surtout un impact sur les clients. Les gens ont moins de moyens. »

Malgré tout, la commerçante demeure optimiste. « On va voir comment se déroule la saison, mais les gens aiment encourager les produits locaux. Je suis confiante et nous avons une clientèle régulière qui revient année après année. »

Un constat que partage Julie, de la ferme Majulea, une entreprise bovine qui participe au marché pour sa deuxième année. Malgré une hausse des coûts de production, la marchande se veut confiante. « Souvent, les gens nous disent qu’ils préfèrent acheter des produits de meilleure qualité et payer un peu plus cher, parce qu’ils savent qu’ils proviennent d’animaux élevés localement et le plus naturellement possible. Jusqu’à présent, notre clientèle est demeurée très fidèle », se réjouit-elle.

Deux rendez-vous

Jusqu’en septembre, le marché s’animera selon deux formules distinctes.

Le jeudi, de 14 h à 18 h, des producteurs et des marchands de la région se joindront aux maraîchers permanents afin de proposer leurs produits frais aux visiteurs.

Le samedi, de 10 h à 14 h, le marché misera davantage sur le plaisir de la table avec des dégustations et des animations, transformant l’endroit en véritable lieu de rencontres et de découvertes culinaires.

Pour Julia, la présence de tels marchés est essentielle à la vitalité des producteurs locaux. Elle salue d’ailleurs les efforts de la Ville de Boucherville pour l’organisation et le maintien du marché. « Il faut acheter local. Nous avons plein de petits producteurs au Québec, mais il faut aussi du soutien des municipalités et des gouvernements pour mettre en place davantage de marchés publics. Il faut qu’ils existent et qu’ils soient nombreux », conclut-elle.