Cultures à partager à Boucherville
C’est une belle histoire de coopération et d’engagement qui existe depuis 30 ans à Boucherville. Mais pour des raisons que les codirecteurs de l’organisme à but non lucratif (OBNL) ignorent, Cultures à partager reste peu connu.
L’organisme recueille près d’un million de livres par année afin de promouvoir la culture et l’éducation dans la francophonie internationale ainsi qu’au Québec. Dans le cadre de ses activités quotidiennes, il emploie 15 personnes en situation de handicap en leur offrant un milieu de travail favorisant le développement de leur autonomie. Sa mission comporte également un important volet environnemental. RECYC-QUÉBEC ne s’est d’ailleurs pas trompé en lui attribuant la reconnaissance de niveau Or. L’OBNL donne une deuxième vie aux ouvrages, tandis que les livres trop abîmés ou désuets sont triés, puis recyclés.
Depuis 30 ans, cette triple mission est accomplie avec un budget très limité. Aujourd’hui, l’organisme souhaite accroître sa notoriété et attirer davantage de donateurs. « Le recyclage du papier constitue notre principale source de revenus. Nous vendons aussi, à petit prix, des livres sélectionnés dans nos locaux de Boucherville. Nous vivons grâce aux dons et recevons très peu de subventions. Nous faisons ce que nous pouvons avec les moyens dont nous disposons, mais nous avons besoin de soutien supplémentaire. La location du local représente 50 % de notre budget, tandis que les factures de chauffage ou encore d’électricité absorbent l’autre moitié », explique Julie Valois, résidente de Saint-Bruno-de-Montarville et nouvelle codirectrice générale de Cultures à partager aux côtés de Martin Goyette, absent lors de notre visite.
Un endroit inclusif
Situé sur la rue Newton, dans le parc industriel de Boucherville, l’organisme peut compter sur une trentaine de bénévoles qui, chaque jour, trient, classent, emballent et recyclent les livres reçus.
Parmi eux, Emmanuelle, présente depuis 19 ans et vivant avec un trouble du spectre de l’autisme, se dit heureuse de son implication. « J’adore ce que je fais ici. Ça me permet de faire ce que j’aime. Je m’amuse et je me suis fait des amis », confie-t-elle au journal. Quatorze autres personnes en situation de handicap fréquentent également l’organisme chaque semaine, encadrées par des bénévoles venant des quatre coins de la Montérégie. Plusieurs, comme Emmanuelle, y sont engagées depuis de nombreuses années. Martin, par exemple, s’y rend depuis 16 ans. Parmi les tâches qui lui sont confiées, il affectionne particulièrement le travail à la machine de coupe servant à retirer la reliure des livres usagés afin d’en recycler le papier. Pour Émilie, Michel, Mathieu, Marc-André et Anne-Sophie, rencontrés lors de notre visite, le constat est unanime : « On s’est fait des amis. »
Simon, qui célébrait son 40e anniversaire, affirme pour sa part que « c’est toujours un bonheur de venir ici avec une directrice comme Julie ». Sa mère, Hélène Gagné, estime d’ailleurs que son fils a trouvé sa place au sein de l’organisme. « Il nous arrive de discuter de ses différentes expériences dans d’autres milieux de travail. Ce qu’il apprécie chez Cultures à partager, c’est la diversité des tâches, contrairement à certains plateaux de travail où les tâches sont souvent répétitives et où l’on exige parfois une cadence soutenue », écrit-elle dans un courriel transmis au journal.
Des livres en partage
Lors de notre visite, la semaine dernière, l’organisation venait tout juste de recevoir 127 palettes de livres provenant du Centre de services scolaire de Montréal. « Les établissements scolaires comptent parmi nos partenaires. Nous recevons des livres de leur part et, parfois, des classes viennent nous rencontrer pour enrichir leur bibliothèque. Nous effectuons aussi d’importantes livraisons dans des pays en développement. En ce moment, nous préparons un envoi de 40 000 livres vers la République démocratique du Congo. Le demandeur assume les frais de transport, tandis que nous nous occupons de la collecte et de l’emballage des livres dans des cartons », explique Mme Valois.
Depuis 1997, Haïti demeure de loin le principal pays bénéficiaire de l’organisme, avec plus de 350 000 livres expédiés.
La Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) figure également parmi les partenaires de Cultures à partager, tout comme la bibliothèque de Chambly, qui doit régulièrement libérer de l’espace afin de renouveler sa collection offerte aux citoyens. Sans la solution proposée par Cultures à partager, ces ouvrages finiraient dans les bacs de recyclage, comme l’avait fait la bibliothèque de Saint-Bruno-de-Montarville en 2019.
Trente ans
En 1997, Mme Jeanne L. Blackburn, alors députée de Chicoutimi et présidente de la Commission permanente de l’éducation de l’Assemblée nationale du Québec, effectue un séjour à Madagascar. À son retour au Québec, elle sensibilise ses collègues parlementaires aux besoins en livres des Malgaches et organise une collecte d’ouvrages dans chaque région du Québec. De cette initiative naît, l’année suivante, la Fondation internationale Cultures à partager (FICAP). L’organisation à Boucherville est l’une des trois de la sorte qui existent au Québec, les deux autres se trouvant à Saguenay et à Rimouski.
Aujourd’hui, Julie Valois en appelle à tous pour faire vivre l’organisme par des dons de livres, d’argent et d’aide de toutes sortes. « Nous aimerions avoir un endroit à Boucherville pour vendre des livres à petit prix en intégrant les personnes atteintes d’un handicap », espère mettre en place la nouvelle directrice.
