Des départs en cascade au CHSLD Jeanne-Crevier

Largement décriés par plusieurs familles de résidents, médecin, préposés et résidents qui le peuvent, quittent le CHSLD Jeanne-Crevier à Boucherville.

« Depuis trois mois, l’un des deux médecins attitrés du premier étage, qui avait laissé un préavis de trois mois, n’a pas été remplacé. Cela fait donc depuis six mois qu’une vingtaine de patients concernés n’ont pas de médecin attitré et doivent se référer au médecin de garde qui répond au téléphone à l’infirmière sur place en cas d’urgence. » « À la fin du mois, trois préposés aux bénéficiaires quitteront le centre en raison du climat toxique qu’il y règne pour s’en aller dans une Maison pour aînés. » « Après l’épisode de la panne des deux ascenseurs qui a confiné les résidents de l’étage dans leur chambre pendant 10 jours, le deuxième ascenseur, en panne depuis près de deux ans, n’est toujours pas réparé. »

Les témoignages négatifs sur la gestion et le climat qui règne au CHSLD Jeanne-Crevier à Boucherville se succèdent depuis que le journal avait constaté, entre le 9 et le 18 mars, la panne de deux ascenseurs dans le centre qui empêchait 46 résidents, en perte d’autonomie, de pouvoir prendre l’air pendant 10 jours.

Lettre ouverte 

Dernièrement, Huguette Poirier-Côté, l’épouse d’Albert Côté, recevait la nouvelle qu’une place se libérait au sein de la Maison des aînés de Longueuil. Dans un courrier aux lecteurs envoyé au journal, qu’il est possible de lire en intégralité en page 9 de notre édition, cette dernière soulignait son soulagement de voir son mari quitter le CHSLD Jeanne-Crevier.

« Cruellement atteint de la maladie d’Alzheimer, il a passé les quatre épuisantes années en résidence à Jeanne-Crevier avant que sa famille obtienne récemment qu’il soit transféré à la Maison des Aînés et Alternatives de Longueuil », peut-on lire dans ce courrier. Mme Poirier-Côté ajoute que « Son dossier volumineux des quatre dernières années vécues au CHSLD Jeanne-Crevier de Boucherville, et ceux de plusieurs autres résidents, furent transmis à Santé Québec, à la députée Mme Nathalie Roy et transmis à la ministre de la Santé des Aînés et des Proches-Aidants, Mme Sonia Bélanger. »

Le journal avait déjà contacté le cabinet de la ministre de la Santé afin de savoir comment elle comptait répondre à cette situation. Le cabinet de la ministre nous avait alors invités à contacter Santé Québec. « Dès que des préoccupations sont portées à notre attention concernant un milieu d’hébergement, des suivis sont réalisés auprès de l’établissement. Dans le cas du CHSLD Jeanne-Crevier, des vérifications ont été effectuées et n’ont pas permis de corroborer la présence de situations correspondant aux manquements décrits. Nous rappelons que les soins et services font l’objet d’une évaluation continue et que des mesures correctrices sont mises en place sans délai lorsque nécessaire. Aucune plainte en lien avec les éléments évoqués n’a été déposée jusqu’ici. Un signalement récent a toutefois fait l’objet de suivis et la famille concernée s’est dite satisfaite des échanges », avait indiqué au journal Santé Québec.

Au moment d’écrire l’article, nous n’avions pas eu la réaction de Nathalie Roy, députée de Montarville.

Action collective 

Cependant, le cabinet Larochelle Avocats nous a confirmé qu’une action collective intentée par le Conseil pour la protection des malades contre 22 centres intégrés de santé et de services sociaux (CISSS) intègre le CHSLD Jeanne-Crevier de Boucherville. « Ce recours est fondé sur le motif que les CHSLD n’offrent pas un milieu de vie substitut répondant entre autres aux exigences de la Loi sur les services de santé et les services sociaux. Il est allégué notamment que les soins de santé et services sociaux offerts en CHSLD sont inadéquats, insuffisants et/ou de mauvaise qualité. On ne parle pas ici de maltraitance, c’est plutôt des conditions de vie dans les résidences qui ne sont pas respectées », a expliqué au journal Me Philippe Larochelle.

Contacté à ce sujet, le CISSS de la Montérégie-Est a indiqué au journal que « comme le dossier suit actuellement son cours devant les instances judiciaires, nous ne formulerons aucun commentaire à ce sujet pour le moment ».

Les ascenseurs 

En mars, le CHSLD devait confiner, pendant une dizaine de jours, les résidents situés à l’étage du centre en raison d’une panne des deux ascenseurs. Le deuxième ascenseur (monte-charge) ne pouvait pas non plus être utilisé, étant en panne depuis plus d’un an et aujourd’hui près de deux ans. Le CISSS de la Montérégie-Est nous avait alors répondu en mars que « L’ascenseur 1 (le monte-charge) nécessite une mise à niveau du système hydraulique afin de respecter les normes et de garantir la sécurité des utilisateurs.

Le projet, déposé l’an dernier, attend une autorisation budgétaire; l’ascenseur ne peut donc pas être utilisé pour le transport de personnes d’ici là. » La situation reste inchangée aujourd’hui pour le monte-charge.

En mars, plusieurs membres du personnel, rencontrés à l’extérieur de l’édifice, nous avaient alors signalé leur indignation. « C’est indigne pour les résidents du CHSLD. Ceux qui sont à l’étage ne peuvent même pas sortir prendre l’air. On nous a dit que les pompiers et les policiers étaient au courant de la situation en cas d’urgence. »

Aujourd’hui, Mme Poirier-Côté et ses prochent se disent « maintenant soulagés », du transfert de M. Côté dans une Maison pour Aînés qui remplit toutes leurs attentes.