Étudiants et enquêteurs collaborent à la Sûreté du Québec de Boucherville
Des étudiants en criminologie de l’Université de Montréal prêtent main-forte aux enquêteurs de la Sûreté du Québec à Boucherville afin de revisiter d’anciens meurtres jamais élucidés.
De février à avril 2026, cinq étudiants en criminologie ont troqué les bancs de l’Université de Montréal (UdeM) contre les bureaux de la Sûreté du Québec (SQ).
Une fois par semaine, ces apprentis enquêteurs ont épaulé la Division des disparitions et des dossiers non résolus, confrontée à un important volume d’affaires à traiter.
Imaginé par Vincent Denault, Rémi Boivin et Sophie Allard, professeurs à l’École de criminologie de l’UdeM, ce projet pilote, baptisé ADN-REC, a généré des retombées si positives qu’il sera reconduit et considérablement élargi dès l’automne 2026. Retour sur une initiative audacieuse qui insuffle un regard neuf sur de vieux dossiers tout en rapprochant le milieu universitaire du travail policier.
« L’objectif, c’est d’appuyer les équipes d’enquêteurs et d’offrir un nouveau regard sur les dossiers. » – Vincent Denault
Dépoussiérer les affaires
Chaque lundi durant la session d’hiver, cinq étudiants de deuxième et troisième années en criminologie à l’UdeM ont rejoint les enquêteurs chevronnés de la Division des disparitions et des dossiers non résolus dans les bureaux de la Sûreté du Québec, à Boucherville, dans le cadre de leur cours Expérience pratique. « Ce sont des étudiants qui ont reçu plusieurs cours pertinents pour avoir un regard éclairé sur ces dossiers-là, qu’ils vont examiner sous un autre œil », nous confie Vincent Denault en entrevue.
Inspiré par des initiatives similaires déjà implantées à l’étranger, notamment aux États-Unis, le professeur a cherché à mettre sur pied un projet comparable au Québec. « Des programmes comme celui-là existent déjà dans d’autres pays, nous explique-t-il. J’ai contacté des professeurs aux États-Unis qui m’ont donné beaucoup d’informations. Ce savoir a été très important pour pouvoir mettre en place ce projet. »
Pour concrétiser l’initiative, Vincent Denault a ensuite pris contact avec le lieutenant par intérim Éric Bolduc, responsable de la Division des disparitions et des dossiers non résolus de la Sûreté du Québec. L’accueil réservé à la proposition a été des plus enthousiastes, un soutien supplémentaire au traitement des dossiers étant le bienvenu.
Besoin de main-d’œuvre
Depuis sa création, en 2016, la division a procédé à l’analyse de près de 800 dossiers. Toutefois, une soixantaine d’affaires, principalement datées de la fin des années 1990, n’avaient toujours pas été réexaminées, faute de temps et de ressources. C’est dans ce contexte que les étudiants ont été appelés à prêter main-forte aux enquêteurs. « Une vingtaine d’étudiants avaient soumis leur candidature et cinq ont été retenus », souligne Vincent Denault en rappelant les exigences d’un tel projet.
Les cinq étudiants sélectionnés se sont chacun vu confier un dossier d’envergure. Pour chaque affaire, ils ont reçu une boîte contenant l’ensemble des éléments recueillis au fil des ans : déclarations de témoins, interrogatoires filmés, photographies des scènes de crime et des autopsies, ainsi que divers rapports d’enquête. « Progressivement, ils se sont approprié leurs dossiers », se félicite le professeur.
Afin de préserver l’intégrité des enquêtes, tous ont signé une entente de confidentialité leur interdisant de discuter du contenu des dossiers à l’extérieur des bureaux de la SQ. Sur place, téléphones cellulaires et autres appareils électroniques devaient être laissés dans une autre pièce. Les étudiants travaillaient uniquement sur des ordinateurs dépourvus d’accès à Internet et consultaient exclusivement des documents papier, aucun des dossiers n’ayant encore été numérisé.
De la théorie au terrain
En participant à l’analyse approfondie d’affaires criminelles demeurées en suspens pendant plusieurs décennies, les étudiants ont pu mettre en pratique les connaissances acquises sur les bancs d’école. Une expérience enrichissante, selon leur professeur. « Les étudiants ont beaucoup apprécié leur expérience, car elle donnait un sens et une matérialité au contenu de leurs cours. »
Et les résultats de ce projet pilote sont encourageants. Chaque étudiant a permis, à sa manière, de faire avancer les dossiers. « Il faut bien comprendre que ce n’est pas comme dans les films, lance Vincent Denault en riant. Parmi les dossiers sur lesquels les étudiants ont travaillé, certains offrent moins d’espoir d’être résolus que d’autres. Mais, dans certains cas, les étudiants ont mis en évidence des pistes ou des démarches qui pourraient être entreprises pour aller plus loin, et c’est encourageant. »
Au-delà des dossiers eux-mêmes, leur contribution a permis aux enquêteurs d’expérience de consacrer davantage de temps à d’autres enquêtes et pourrait également bénéficier, plus largement, à la recherche en criminologie. « L’objectif, c’est d’appuyer les équipes d’enquêteurs et d’offrir un nouveau regard sur les dossiers. Il y a un apport pour les services de police, un apport pour les étudiants et un apport global pour la recherche », se réjouit le professeur.
Devant les nombreuses retombées du projet pilote, les professeurs responsables et les enquêteurs de la SQ ont décidé de reconduire la collaboration et même de l’élargir. « D’autres services de police embarqueront dans l’exercice à l’automne, conclut Vincent Denault. Il y aura trois groupes de cinq étudiants répartis dans trois services de police. Ce sera une nouvelle cohorte et de nouveaux dossiers. »
Une expansion qui témoigne de l’intérêt suscité par cette collaboration inédite entre le milieu universitaire et les corps policiers, et qui pourrait bien contribuer à faire avancer d’autres enquêtes non résolues dans les années à venir.
