Fraudes en hausse

Derrière les chiffres officiels, un phénomène en pleine expansion coûte cher aux victimes et demeure largement sous-déclaré.

On vous en parlait la semaine dernière, plusieurs cas de fraude impliquant des individus se faisant passer pour la Sûreté du Québec afin d’obtenir des informations bancaires auprès de leurs victimes nous ont récemment été signalés à Boucherville.

Cas isolés ou véritable phénomène? Ces signalements nous ont amenés à nous interroger sur l’état de la situation dans l’agglomération.

Un phénomène important

Lorsqu’on s’intéresse aux chiffres, on constate que les fraudes continuent de représenter un enjeu préoccupant sur le territoire.

Selon les plus récentes données du Service de police de l’agglomération de Longueuil (SPAL), 1 417 cas de fraude ont été enregistrés en 2025, dont 158 à Boucherville, soit environ 11 % du total. Ces chiffres incluent à la fois les fraudes visant des citoyens et celles touchant les entreprises, également ciblées de manière régulière.

Toutefois, ces données sont à interpréter à la hausse, le SPAL rappelant que la fraude demeure l’un des crimes les moins signalés aux autorités. « Le nombre réel de victimes est plus élevé que ce que reflètent les données policières », souligne l’agente Jacqueline Pierre.

Le portrait est d’autant plus préoccupant que les cas de fraude sont en hausse à Boucherville. En effet, le nombre d’incidents est passé de 131 en 2024 à 158 en 2025, ce qui représente une augmentation de 21 %. Cette progression survient après une période de diminution observée entre 2023 et 2024, confirmant un retour à la hausse du phénomène.

Faux représentants

Parmi les types de fraudes les plus répandus, les stratagèmes impliquant de faux représentants ainsi que les fraudes liées à l’identité dominent largement en 2025.

Cette tendance se maintient depuis le début de l’année 2026, indiquant que ces méthodes continuent d’être privilégiées par les fraudeurs.

Ce sont notamment ces mêmes méthodes qui ont récemment été signalées à la pharmacie Jean Coutu du Fort-Saint-Louis, où des clientes affirment avoir reçu des appels frauduleux d’un individu se faisant passer pour un représentant de la Sûreté du Québec afin de soutirer leurs informations bancaires. Là aussi, les cas se multiplient. Depuis notre précédent article, paru le 29 avril sur ce sujet, deux autres clients de la pharmacie disent avoir été contactés par des fraudeurs. « Dans un premier cas, il s’agissait d’un soi-disant policier qui demandait des coordonnées bancaires. Dans l’autre, c’était un homme prétendant travailler à la pharmacie, qui évoquait une fraude pour justifier une vérification de carte bancaire, indique Geneviève Labonté, pharmacienne, rapportant les propos de ses clients inquiets. Nous avons recontacté la police, qui nous précise que les personnes visées doivent elles-mêmes appeler le 911 ou leur service de police afin de déposer une plainte pour tentative de fraude », ajoute-t-elle.

Des pertes financières 

Les répercussions financières de ces fraudes sont loin d’être négligeables. En moyenne, les pertes s’élèvent à environ 14 000 $, tous types de fraudes confondus, selon les données qui nous ont été transmises par le SPAL.

Dans le cas spécifique des fraudes impliquant de faux représentants, la moyenne se situe autour de 4 700 $.

Là encore, ces chiffres doivent être interprétés à la hausse, car les sommes déclarées correspondent souvent à celles rapportées au moment du dépôt de la plainte, alors que les enquêtes peuvent révéler des pertes additionnelles par la suite.

Le projet SALUT

Loin de rester impassible face à ce phénomène inquiétant, qui vise en grande partie les aînés, le SPAL a annoncé, en mars dernier, le lancement de la deuxième édition du projet SALUT, une initiative visant à identifier des suspects impliqués dans des dossiers de fraude, principalement de type faux représentants.

Mis en place dans le but de mobiliser la population, le projet SALUT permet notamment de diffuser publiquement, par l’entremise des plateformes numériques officielles du SPAL et des médias, des images de suspects captées par des caméras de surveillance lorsque ceux-ci n’ont pas encore été identifiés dans le cadre d’enquêtes policières.

Cette démarche vise à renforcer la collaboration citoyenne en sollicitant le public pour identifier et localiser les suspects, et ainsi freiner la progression de ces stratagèmes frauduleux.

Le SPAL invite donc toute personne détenant de l’information pertinente à communiquer, de façon confidentielle, avec ses services au 450 463-7211. Chaque signalement est traité avec sérieux et confidentialité.