Grégoire Laroche a bouleversé le Québec avec son œuvre Les mystérieux toutous.
À seulement 10 ans, Grégoire Laroche a bouleversé le Québec avec son œuvre Les mystérieux toutous. Un ouvrage, imaginé en plein cœur de sa lutte contre une leucémie, devenu un livre à succès.
Décédé le 18 novembre dernier après environ deux ans de combat contre une leucémie rare, Grégoire Laroche laisse derrière lui un héritage lumineux grâce à son imagination débordante, sa résilience extraordinaire et son livre Les mystérieux toutous, écrit au cœur de sa lutte contre la maladie.
Aujourd’hui, ce projet né sur un lit d’hôpital dépasse toutes les attentes : plus de 3 500 exemplaires vendus, 14 illustrateurs mobilisés, un soutien massif du public et des profits de plus de 100 000 $ remis à la Fondation de l’Hôpital de Montréal pour enfants et à Leucan.
Une vague de courage, d’espoir et d’amour que continue de perpétuer la famille Laroche.
Un courage exceptionnel
L’histoire de Grégoire bascule le 3 janvier 2024, lorsqu’on diagnostique chez lui une forme rare de leucémie. Durant deux ans, la vie de ce petit garçon oscillera entre de lourds traitements, de brèves améliorations et des rechutes soudaines.
Des montagnes russes face auxquelles Grégoire, dont tout l’entourage salue la maturité, le courage et la résilience, n’a jamais lâché.
« Il a fait tous ses traitements sans jamais se plaindre. Il est passé à travers deux greffes de cellules souches, déclare son père, Matthieu Laroche, en entretien. Il n’a jamais abandonné le combat. »
Curieux, intelligent et passionné par les études, le jeune garçon suivra assidûment son programme scolaire durant toute son hospitalisation à l’Hôpital de Montréal pour enfants, puis aux soins intensifs lors de ses traitements expérimentaux à Toronto.
« Dans tous les hôpitaux que l’on a faits, il a toujours fait de l’école. C’était un passionné des études, des mathématiques et des sciences, se souvient son papa. C’est pour ça qu’il a continué l’école à l’hôpital, même quand il était faible. »
C’est durant son hospitalisation, et malgré de nombreux coups du sort, que Grégoire, accompagné de sa professeure Marie-Josée Longpré, inventera une histoire de toutous et d’un mystérieux médicament.
« Un jour où il était aux soins intensifs, sa professeure est venue pour lui faire son cours, dans le cadre duquel il fallait faire un texte. Il ne pouvait pas écrire, mais il lui a récité à voix haute son histoire. C’est cette histoire qui est devenue son livre, se remémore Matthieu Laroche. Quand on est allés à Toronto pour la suite de son traitement, on a eu l’idée de faire un vrai livre avec ça. Alors on a contacté des illustrateurs. »
Un premier illustrateur répond à l’appel, Jean-Paul Eid. Voyant l’ampleur du projet, il propose d’en faire une œuvre collaborative. « C’est de là qu’est parti le collectif des 14 illustrateurs qui ont chacun participé bénévolement à l’illustration d’une page dans le livre », explique Matthieu Laroche.
Le best-seller
Les mystérieux toutous est alors publié en autoédition. Quatre mille exemplaires sont imprimés et, rapidement, le succès est au rendez-vous. « On a vendu 3 500 livres en autoédition, par nous-mêmes sur notre propre site Web, souligne Matthieu Laroche, plein de fierté. Ça motivait pas mal Grégoire de suivre les ventes de ses livres. »
Devant cet engouement, un nouvel objectif se dessine, remettre 125 000 $ à la Fondation de l’Hôpital de Montréal pour que le nom de Grégoire Laroche soit apposé sur une chambre.
Grégoire devient l’un des plus jeunes auteurs invités à participer au Salon du livre de Montréal, du 19 au 23 novembre. Un événement auquel il ne pourra malheureusement pas se rendre. Mais ses parents s’y rendront pour lui, en son honneur et malgré le deuil. Le succès est une fois encore au rendez-vous.
« Quand on était là-bas, on se sentait poursuivre son œuvre, c’était thérapeutique et libérateur », déclare le papa. Au total, 225 exemplaires seront vendus, un exploit majeur pour un livre jeunesse indépendant. Pour répondre à la demande, les parents de Grégoire ont réimprimé 4 000 ouvrages il y a trois semaines et, depuis deux semaines, les livres sont distribués dans toutes les grandes librairies du Québec.
Une vente aux enchères
Grand fan de hockey et des Canadiens de Montréal, Grégoire aimait regarder son équipe jouer, à la télévision comme au Centre Bell lorsque sa santé le lui permettait.
Nick Suzuki, capitaine du CH, est d’ailleurs l’un des personnages de son livre. Le joueur lui a signé 25 exemplaires, mis aux enchères et ayant permis d’amasser 13 600 $.
À ce jour, ce sont près de 100 000 $ qui ont été remis à la Fondation de l’Hôpital de Montréal pour enfants et à Leucan.
« On est vraiment proche de l’objectif des 125 000 $ et on continue à vendre des livres sur notre site et dans les librairies, rappelle Matthieu Laroche, qui invite les Québécois à soutenir la cause de Grégoire. Les gens peuvent aussi faire des dons sur le site de Grégoire. On pense que c’est le plus jeune best-seller québécois pour un jeune enfant. »
Un héritage
Grégoire n’a pas seulement touché sa famille. Grâce à son livre, c’est une communauté entière, des illustrateurs aux médecins, des lecteurs aux joueurs de hockey, qui se souviendra à jamais de son courage.
Son ouvrage, écrit entre deux traitements, demeure un symbole puissant de résilience et d’imagination. Comme en témoigne le message sur le signet qui accompagne chaque exemplaire : « À toutes les personnes qui vivent des épreuves difficiles dans la vie, il ne faut surtout pas abandonner. »
« Grégoire, il n’a jamais abandonné, conclut son papa. C’est un bel héritage et c’est une belle leçon de vie qu’il nous laisse. »
