Guerre commerciale, des entreprises inquiètes

La nouvelle vague de tarifs douaniers américains sur l’exportation des produits canadiens ravive l’incertitude dans le milieu des affaires. Pour les entreprises de Boucherville et de la région, le conflit commercial soulève des questions sur la croissance économique des entreprises locales.

Les nouveaux tarifs américains de 50 % sur certains produits canadiens compliquent la planification des entreprises depuis leur imposition le 22 août dernier. Dans la région de Boucherville, la transformation des métaux et l’aérospatiale comptent parmi les secteurs principalement touchés. Selon Développement économique de l’agglomération de Longueuil (DEL) et la Chambre de commerce et d’industrie de la Rive-Sud, l’incertitude pousse des entrepreneurs à reporter leurs investissements ou à revoir leurs marchés.

Des entreprises sous pression

Si l’Ontario est reconnue pour son industrie automobile, la Montérégie l’est dans le domaine de l’aérospatiale, explique Jean-François Lévesque, PDG de la Chambre de commerce et d’industrie de la Rive-Sud (CCIRS). Certaines pièces d’avion traversent plusieurs fois la frontière avant d’être assemblées dans un appareil complet, ajoute-t-il. Cette chaîne de montage rend les fournisseurs de l’aérospatiale particulièrement vulnérables aux barrières commerciales. « Nos deux économies fonctionnaient de façon imbriquée depuis au moins 40 ans », souligne-t-il.

Plus précisément, dans le parc industriel de Boucherville, plusieurs entreprises qui œuvrent dans le domaine de l’aluminium ressentent déjà les effets des droits de douane, ont-elles mentionné au Journal. 

Les conséquences varient toutefois d’une entreprise à l’autre. Selon Geneviève Bourgoing, responsable de la croissance chez DEL, les difficultés peuvent toucher autant les ventes que les coûts de production. « Parfois, c’est le marché de l’entreprise qui est attaqué. D’autres fois, c’est la forte hausse du prix des matières premières qui affecte sa rentabilité », explique-t-elle. L’organisme évalue donc la situation de chaque entreprise pour déterminer les changements qui pourraient atténuer ces pressions.

Une croissance freinée 

Au-delà des coûts, les entrepreneurs peinent à établir une stratégie à long terme. Geneviève Bourgoing constate que les changements dans les discussions commerciales entre les deux pays compliquent la situation. « Ils veulent se faire un plan clair, mais les négociations bougent tellement qu’ils ont vraiment de la difficulté à se positionner en ce moment », explique-t-elle.

Cette difficulté à prévoir la suite se traduit donc par une prudence dans les dépenses en développement. Selon Jean-François Lévesque, le climat d’incertitude freine les investissements. « Ce qu’on voit en ce moment, c’est des entreprises, par exemple, qui avaient des ambitions de croissance, des ambitions d’investissement qui vont attendre un peu, qui vont devoir être plus prudentes », observe-t-il.

Préserver les emplois

La pression financière amène aussi certaines entreprises à revoir leur nombre de salariés. « On accompagne plusieurs entreprises qui réfléchissent malheureusement à une diminution d’effectifs », indique Geneviève Bourgoing. Au moment de l’entrevue, Jean-François Lévesque précise toutefois qu’aucune entreprise n’avait porté à l’attention de la CCIRS des pertes d’emplois ou des perspectives de licenciements.

Pour aider les employeurs à conserver leur personnel, DEL a développé une plateforme de partage de main-d’œuvre. Une entreprise qui n’a besoin que d’un employé pour trois jours par semaine peut ainsi proposer ses services à une autre entreprise pour les deux journées restantes. Cette formule vise à préserver le lien d’emploi et les compétences acquises. « Il y a un coût astronomique à les laisser aller, puis les réembaucher après. C’est pour ça qu’on a développé cette plateforme », souligne Mme Bourgoing.