Immobilier et logement à Boucherville : un marché sous pression
Si les vendeurs et les propriétaires se portent à merveille, les primo- accédants et les locataires sont mis à mal par le marché immobilier. Les prix des maisons bondissent de 11 % en un an, un reflet de la crise du logement québécois.
À Boucherville, le marché immobilier poursuit sa montée en 2025. Le prix médian des maisons unifamiliales a grimpé de 11 % en un an pour atteindre 812 500 $, un sommet historique, selon les plus récentes données de l’Association professionnelle des courtiers immobiliers du Québec (APCIQ).
La demande, toujours soutenue, se heurte donc à une offre limitée et hors de prix. « On se trouve dans un contexte où il y a un fort déséquilibre entre l’offre et la demande. Beaucoup de demandes pour un inventaire de propriétés qui a un niveau très bas selon les standards historiques. Ça explique pourquoi les prix augmentent si rapidement », explique Charles Brant, directeur de l’analyse de marché à l’APCIQ.
Une crise démocratisée
La part de la population touchée par la crise du logement s’élargit d’année en année. Avec cette hausse marquée des prix de l’immobilier, de nombreux citoyens de Boucherville sont exclus de la course à la propriété.
« Le marché est essentiellement dynamisé par les acheteurs expérimentés – ceux qui sont propriétaires et qui peuvent monter en gamme – alors que les primo-accédants sont mis à l’écart », déclare Charles Brant, qui souligne que pour s’acheter une maison, il faut un gros salaire ou bien une aide familiale. « Aux alentours de 25 à 30 % des primo-accédants bénéficient d’aide parentale. »
Le prix moyen d’une maison unifamiliale se situe aujourd’hui à 952 272 $, avec des propriétés allant jusqu’à 4 998 000 $ et 4 995 000 $ sur la rue des Châtaigniers.
Des locataires démunis
La flambée des prix n’épargne pas le secteur locatif. « Dans les dernières années, le prix de tous les types de propriétés a augmenté, notamment celui des multilogements (plex). Et quand le prix des plex augmente, c’est là que l’on voit des phénomènes d’éviction pour hausser les loyers », souligne Julia Posca, membre de l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS). « Ces deux phénomènes-là se nourrissent. »
« On voit une accentuation de la détresse, les problèmes de logement se sont démocratisés, ça impacte n’importe qui », déclare Marco Monzon, directeur général du Comité logement Rive-Sud (CLRS), un organisme qui travaille sur la crise du logement locatif dans la région.
« Boucherville est la ville où les loyers ont augmenté de la manière la plus importante sur la Rive-Sud depuis le début de la crise du logement », ajoute Marco Monzon, qui souligne que les loyers ont bondi de 67 % entre 2018 et 2024.
Cette pression se reflète aussi au sein de son organisme, qui a vu ses demandes d’aide au logement augmenter de 200 % entre 2018 et 2024. « On est passés de 1000 à plus de 3000 demandes par an. On a été obligés de mettre en place un quota et on ferme les lignes téléphoniques quand la demande augmente trop. Non seulement il y a plus de demandes, mais les gens sont plus vulnérables, les dossiers demandent plus d’accompagnement. »
Des solutions attendues
L’enjeu de la crise repose sur un déficit d’offre auquel tente de répondre le gouvernement Carney. Celui-ci a annoncé, le 14 septembre dernier, la construction de 4000 logements abordables au Canada, dont certains à Longueuil.
Mais ces démarches sont jugées insuffisantes. « On est pris avec un marché déséquilibré pour encore plusieurs années, parce qu’il faudrait 30 000 logements par an sur le marché, au cours des prochaines années, pour pouvoir retrouver un certain équilibre », souligne Charles Brant.
Pour Marco Monzon, le défi est plus large : « Sans une intervention vraiment structurante de l’État, j’ai l’impression que l’on verra la crise du logement s’empirer. Il faut un contrôle des loyers, des logements sociaux, il faut en faire un projet de société. Les logements qui sont construits aujourd’hui sont hors de prix, ils ne répondent pas du tout aux personnes qui risquent de se retrouver à la rue. Il faut miser sur le logement social. »
Julia Posca abonde dans le même sens : « Il faut repenser l’accès au logement et avoir des politiques d’habitation qui ne soient pas axées uniquement sur le soutien à la propriété, mais développer d’autres moyens de se loger, comme le logement à but non lucratif, hors marché. »
Ce modèle, qui garantit l’abordabilité à long terme, a déjà fait ses preuves ailleurs, notamment à Burlington, au Vermont, où des initiatives communautaires ont permis de stabiliser durablement les loyers.
