Inquiétudes des retraités 

L’Association des retraités de l’éducation et des autres services publics du Québec (AREQ), un syndicat affilié à la CSQ, a conclu, mercredi dernier à Boucherville, la quatrième et dernière étape de sa tournée régionale, un exercice qui a permis d’entendre des centaines de membres à travers le Québec. 

« Boucherville a été choisie parce qu’elle se trouve au croisement de deux régions ciblées pour cette dernière étape, soit la Montérégie et Montréal. C’était un lieu central et accessible pour rassembler les personnes déléguées de ces deux territoires et tenir une rencontre représentative des réalités des grands centres et de la Rive-Sud.

Cette étape complétait ainsi notre parcours provincial amorcé au Bas-Saint-Laurent, dans les Laurentides et en Mauricie », d’indiquer au journal Louis-Jérôme Doran, porte-parole de l’AREQ. 

L’organisation prépare ainsi son congrès, qu’elle tiendra en juin 2026, en recueillant les préoccupations régionales afin d’orienter les interventions de l’AREQ auprès des décideurs publics. Trois grandes priorités émergent du bilan : le soutien à domicile, l’accès à un logement abordable et adapté, ainsi que l’accès à des soins de première ligne.

Le portrait que dégage l’AREQ après sa tournée est clair. « Les inquiétudes liées au vieillissement sont partagées partout, mais elles se manifestent avec une intensité particulière dans les grands centres urbains où la croissance démographique, l’accessibilité aux services et l’abordabilité posent des défis spécifiques », indique le Syndicat.

« Les préoccupations exprimées à Boucherville correspondent aux grands constats observés dans les autres régions : le soutien à domicile, l’accès à un logement abordable et adapté, la disponibilité des services de première ligne et la hausse du coût de la vie.

Cela dit, comme dans d’autres centres urbains, certains enjeux sont plus accentués, par exemple la rareté des logements adaptés et les défis d’accessibilité aux soins, ce qui rejoint les observations faites dans les régions métropolitaines durant notre tournée », précise M. Doran.

Soutien à domicile

Dans toutes les régions visitées, les membres ont fait état de défis persistants liés au soutien à domicile. Les problèmes rapportés sont récurrents, soit le manque de personnel, les visites trop courtes ou irrégulières, les difficultés d’accès aux services dans certains secteurs et la pression accrue sur les proches aidants. Dans les grands centres urbains, les membres ont aussi évoqué la fragmentation des services et le roulement élevé du personnel, qui compromettent la continuité des soins.

« Les aînés veulent rester chez eux, mais ce souhait devient de plus en plus difficile à réaliser sans un virage réel, financé et cohérent du soutien à domicile », rappelle Micheline Germain, présidente de l’Association.

Logement

L’accès à un logement abordable et adapté ressort comme l’une des préoccupations principales. Dans les zones où la demande est la plus forte, notamment dans les régions métropolitaines, les loyers élevés, la rareté des logements accessibles et la qualité variable du parc immobilier placent de nombreux retraités en situation de précarité. La fermeture de résidences privées pour aînés a également forcé des déplacements non souhaités dans plusieurs régions.

Les données montrent que près d’un quart des aînés au Québec vivent dans un logement jugé non acceptable, une situation qui s’aggrave dans les secteurs où le coût de la vie est particulièrement élevé.

« L’enjeu du logement est devenu critique pour de nombreuses personnes retraitées. C’est une crise silencieuse qui doit être reconnue et traitée de front », affirme Mme Germain.

Accès à un médecin

Les membres rencontrés à travers le Québec ont été nombreux à mentionner la difficulté d’obtenir un rendez-vous médical, tant dans les centres urbains que dans les régions. Les délais d’attente, la saturation des cliniques et la disponibilité limitée des services en soirée ou la fin de semaine figurent parmi les obstacles les plus courants.

Ces constats, observés dans l’ensemble de la tournée, illustrent la nécessité de renforcer la première ligne et d’assurer un accès simple et humain aux soins.

« Les aînés nous le répètent, ils veulent un accès stable et rapide à la première ligne. Ce n’est pas un luxe, c’est un besoin essentiel », souligne Micheline Germain.

Un appel à bâtir

Le Québec s’apprête à vivre un choc démographique majeur. Les projections montrent une hausse marquée du nombre de personnes âgées de 75 ans et plus dans les prochaines années, particulièrement dans les régions en croissance et dans les grands centres. Ce contexte exige une planification rigoureuse, une collaboration étroite entre les paliers de gouvernement et des investissements conséquents dans les services aux aînés.

« Ces réalités ne sont pas abstraites. Elles doivent guider, dès maintenant, les décisions publiques. Si nous voulons que les personnes aînées vieillissent dans la dignité, il faut agir, et il faut agir ensemble », conclut Mme Germain.