Joey le kangourou, l’histoire complète 

S’il a finalement été capturé par le ministère de l’Environnement et emmené sain et sauf au Zoo de Granby, l’histoire du kangourou roux de Boucherville aura soulevé de nombreuses questions.

Laissé plusieurs jours à lui-même dans un champ situé près de l’autoroute 20, le kangourou s’est rapidement attiré la sympathie du public. Organismes spécialisés en protection animale, citoyens curieux et observateurs attendris l’ont collectivement rebaptisé Joey.

Capturé le mardi 16 juin en soirée, Joey a finalement été transféré au Zoo de Granby. Son histoire a toutefois soulevé de nombreuses interrogations concernant ses origines, sa prise en charge et les circonstances entourant sa capture.

« On a fait une plainte pour une garde illégale de kangourou. » – Angie Cadorette

Un premier signalement

L’histoire remonte au mercredi 10 juin. Une agente de Galahad SPCA, en visite dans une écurie-pension de Boucherville, découvre alors, à sa grande surprise, un jeune kangourou gardé seul dans un box. Selon les informations recueillies, l’animal ne bénéficiait ni d’installations adéquates ni des conditions minimales requises pour assurer son bien-être. L’agente sonne alors l’alarme. « À ce moment-là, on a fait une plainte pour une garde illégale de kangourou, déclare Angie Cadorette, fondatrice et directrice générale de Galahad SPCA.  J’ai vu qu’il n’y avait pas de permis donc j’ai appelé SOS Braconnage. »

Mais le vendredi suivant, la situation prend une nouvelle tournure. L’animal s’est échappé de l’endroit où il était gardé et erre désormais dans le secteur de Boucherville. « J’ai alors rappelé SOS Braconnage et ils m’ont dit qu’il ne pouvait pas se déplacer tout de suite », regrette Angie Cadorette.

Engouement citoyen

Très vite médiatisée, la nouvelle suscite beaucoup d’intérêt chez les citoyens et plusieurs organismes spécialisés dans la protection animale sont dépêchés sur place. Parmi eux figure notamment Sauvetage Animal Rescue, un service d’urgence dédié aux animaux en détresse, contacté par Angie Cadorette.

Alors qu’il s’apprêtait à intervenir afin de capturer l’animal et de le mettre en sécurité, l’organisme a été contraint de suspendre ses opérations à la demande du ministère de la faune. « Une fois sur place, la Faune nous dit que personne ne peut l’attraper, explique Éric Dussault, directeur général de Sauvetage Animal Rescue. Seul le propriétaire légal de l’animal peut le récupérer. »

Pourtant, selon son directeur, l’organisme disposait à ce moment de tout l’équipement nécessaire pour procéder à la capture.

Une colère grandissante

Bloqués sur place pendant plusieurs jours, les organismes présents n’ont pas tardé à faire connaître leur mécontentement face aux directives du ministère les empêchant d’agir, sans qu’une solution ne soit proposée en parallèle. « Ce n’est pas normal qu’une organisation bénévole soit capable d’arriver plus vite sur les lieux et que, malgré cela, on ne profite pas de son aide », souligne Éric Dussault.

Un constat partagé par Chamie Angie Cadorette. « Nous avons fait une première plainte lorsque nous avons vu le kangourou mais les agents ont tardé à se déplacer et, entre-temps, le kangourou s’est échappé. Il aurait dû être saisi dès notre premier signalement. »

Interrogé à ce sujet, le ministère de la Faune rappelle que le succès d’une capture repose sur une approche rigoureuse et encadrée par la Loi. « La capture d’un kangourou est une opération complexe et délicate qui exige une planification précise. »

Une capture réussie

C’est finalement le mardi 16 juin, une semaine après le premier signalement, que Joey a été capturé par les agents du ministère. L’opération a mobilisé une équipe composée de vétérinaires spécialisés en médecine zoologique, de techniciens en santé animale ainsi que d’agents de protection de la faune. « Au moins c’est fait mais je trouve que le temps était vraiment trop long, souligne Chamie Angie Cadorette. L’important c’est qu’il soit en sécurité. »

Le Ministère indique que l’animal est désormais en bonne santé et qu’il est arrivé sans encombre au Zoo de Granby.  Une information que confirme le Zoo.  « Dès son arrivée, nos équipes spécialisées en soins animaliers ont pris le relais et gardent un œil vigilant sur le jeune marsupial. Bonne nouvelle, il est stable, alerte et s’alimente normalement. Mais après une période de stress aussi importante, ce dont il a le plus besoin aujourd’hui, c’est de calme, de sécurité et de tranquillité. »

Le kangourou ferait 16 kg , c’est un mâle et son âge est estimé par les experts entre 14 et 18 mois. Il est maintenant installé dans un environnement adapté à son espèce et entièrement à l’abri du public afin de favoriser son rétablissement. « Il ne sera pas visible dans nos installations et ce, pour assurer son bien-être. Nos équipes veillent sur lui de près, avec toute l’expertise et l’attention nécessaires, permettant aux autorités de déterminer la solution à long terme la mieux appropriée pour répondre à ses besoins. »

Après plusieurs jours d’attente et une importante mobilisation citoyenne, l’aventure de Joey semble donc connaître un dénouement heureux. Si cette histoire semble bien se finir, elle a également permis d’ouvrir de nombreux questionnements concernant le commerce des animaux exotiques et les actions du ministère de l’environnement face à celui-ci. Une enquête est actuellement en cours concernant l’écurie-pension de Boucherville d’où provenait le kangourou. Nous vous tiendrons informés des développements dans ce dossier.