La Fondation Sashbear organise sa marche annuelle
L’organisme, qui soutient les familles de personnes vivant avec un trouble de la personnalité limite, souhaite encourager une meilleure compréhension de cette réalité encore trop souvent méconnue.
Selon la Canadian Mental Health Association (CMHA), une personne sur cinq au Canada vit avec une maladie mentale. Un chiffre important qui invite à questionner les conditions de vie des personnes atteintes et de leurs proches.
Alors que se termine le mois de mai, également connu comme le Mois de la sensibilisation à la santé mentale, nous nous sommes entretenus avec un organisme pancanadien qui développe de plus en plus son offre en français au Québec, principalement dans la région du grand Montréal, la Fondation Sashbear.
Soutenir les proches
Fondée il y a 14 ans, la Fondation Sashbear rassemble aujourd’hui plus de 150 bénévoles à travers le Canada. Elle se spécialise notamment dans l’accompagnement des familles de personnes vivant avec un trouble de la personnalité limite (TPL), une condition de santé mentale encore trop méconnue, sous-diagnostiquée et stigmatisée au Québec.
Grâce à son programme « Connexions familiales », l’organisme est de plus en plus présent et reconnu dans la région du grand Montréal. « C’est un programme pour les gens qui soutiennent quelqu’un atteint de TPL, nous explique Andrée-Anne Simard, Bouchervilloise et animatrice d’un des programmes. Les familles et les proches jouent un rôle essentiel au quotidien. Ils soutiennent, écoutent et accompagnent, souvent dans des contextes exigeants. Cette réalité peut entraîner un stress important, de la fatigue, des conflits, ainsi qu’un sentiment d’isolement. À cela s’ajoutent parfois des enjeux financiers et une pression constante liée à la peur de mal intervenir. »
Animé par des personnes ayant vécu des situations semblables, ce programme permet de mieux comprendre le TPL, d’acquérir des connaissances et des compétences concrètes pour gérer le stress et améliorer la communication avec les personnes atteintes. « J’ai fait le programme en 2024 et j’ai été assez convaincue. Donc, j’ai commencé à m’impliquer comme bénévole. J’ai été observatrice, puis animatrice, nous indique Andrée-Anne Simard. C’est pour améliorer la vie des gens avec un TPL, mais c’est surtout nous, en tant que proches, que ça aide. Dans un contexte de manque de ressources en santé mentale, c’est précieux. »
Un trou systémique
La mission de l’organisme vient répondre, selon Andrée-Anne Simard, médecin de formation, à un manquement important dans le système de santé en ce qui a trait aux problèmes de santé mentale et, surtout, à l’accompagnement des proches de personnes atteintes. Une zone grise qui nécessite pourtant un soutien réel. « La famille est souvent laissée à elle-même dans notre système de santé. C’est un trou épouvantable, les services de santé mentale sont débordés dans les CLSC, ils n’arrivent même pas à répondre aux besoins des personnes atteintes elles-mêmes. Alors, la première étape du programme, c’est de nous redonner de l’espoir. »
Cette fragilité en ce qui touche les problèmes de santé mentale est notamment palpable, selon la Fondation Sashbear, pour les personnes atteintes de TPL. « Les recherches entourant la maladie sont minimes alors que sa prévalence est importante. Le TPL se caractérise par des émotions très intenses, des réactions impulsives et des relations interpersonnelles complexes. C’est sous-diagnostiqué, mais on pense que 2 à 3 % de la population est atteinte. Il y a très peu de fonds de recherche investis là-dedans. »
Un manque d’investissement qui engendre une méconnaissance de la maladie, un sous-diagnostic et, par extension, de la stigmatisation. « Je suis médecin de formation et je me promenais avec un paquet de préjugés médicaux, nous confie Andrée-Anne Simard. La stigmatisation est encore présente autour du TPL. Il y a des gens qui peuvent souffrir toute leur vie sans jamais recevoir de diagnostic. »
Or, la maladie est bien réelle et exige un accompagnement adéquat, sans quoi les conséquences peuvent être graves. « Le TPL, c’est le trouble de santé mentale avec l’un des plus hauts taux de mortalité, regrette l’animatrice. Les gens sont suicidaires à répétition, il faut savoir comment agir. »
En effet, selon une étude de l’Institut national de la santé du Québec (INSQ) datant de 2015, 10 % des personnes atteintes de TPL vont décéder par suicide.
Selon Andrée-Anne Simard, ces chiffres se sont accentués avec le temps. « Ce sont 70 % des personnes atteintes qui font des tentatives. »
Marche annuelle
Pour souligner le Mois de la santé mentale et mettre en lumière ses actions, la Fondation Sashbear organise sa marche annuelle le 14 juin à Montréal.
Cet événement se veut un moment de solidarité, de sensibilisation et de soutien envers les personnes touchées et leurs proches. « La marche à Montréal s’adresse à toute la région. En fait, elle est la seule pour le Québec, mais il y en a une dizaine à travers le Canada », conclut Andrée-Anne Simard en invitant toute personne qui se sentirait concernée ou qui voudrait plus d’informations à entrer en contact avec la Fondation.
