La MDJ au service de la santé mentale des jeunes

Selon un récent rapport de l’organisme Tel-jeunes, les jeunes seraient de plus en plus vulnérables aux problèmes de santé mentale.

Alors que la rentrée scolaire se profile à l’horizon, l’organisme Tel-jeunes vient de dévoiler son Portrait croisé des réalités adolescentes 2026, réalisé à partir de l’expertise de première ligne de Tel-jeunes, d’une recension scientifique du Centre RBC de l’Université de Sherbrooke et d’un récent sondage national mené auprès des adolescents avec la firme Léger.

Globalement, ce portrait met en lumière une réalité préoccupante, les enjeux de santé mentale des adolescents au Québec s’intensifient, leurs facteurs de protection s’affaiblissent et les freins à la demande d’aide demeurent importants et nombreux.

Pour comprendre ce phénomène et confronter ces données à la réalité du terrain à Boucherville, nous nous sommes entretenus avec Daphnée et Alex, travailleurs de milieu à la Maison des jeunes (MDJ) de Boucherville, qui tentent chaque jour de rejoindre les jeunes afin de les épauler dans les difficultés de leur quotidien.

« On veut connaître la réalité des jeunes et qu’ils nous voient. » – Alex

Un décalage important

Le rapport de Tel-jeunes met notamment en lumière un paradoxe préoccupant, alors que la proportion d’élèves du secondaire se déclarant en bonne santé mentale est en baisse constante depuis 2016, 84 % des jeunes de 12 à 17 ans disent hésiter à demander de l’aide lorsqu’ils sont confrontés à un problème qu’ils estiment impossible à surmonter seuls.

Parmi les principaux freins à la demande d’aide figurent notamment la peur du jugement, la crainte d’inquiéter leurs proches, le sentiment de ne pas être compris et la peur de déranger.

Interrogés à ce sujet, les travailleurs de milieu de la MDJ de Boucherville soulignent que les problèmes de santé mentale font en effet partie des sujets les plus complexes à aborder auprès des jeunes. « Il faut quand même avoir des liens solides avec les jeunes pour rentrer dans ce sujet-là, souligne Alex. C’est quelque chose de présent dans les écoles, qu’on peut voir, mais qui est difficile à aborder. »

Rejoindre les jeunes

Parallèlement à cette fragilisation de la santé mentale des jeunes, les facteurs de protection s’effritent, selon le rapport de Tel-jeunes, privant les adolescents de repères essentiels à leur développement et à leur bien-être.

À Boucherville, Daphnée et Alex font, à ce titre, partie des seuls travailleurs de milieu présents sur le terrain. Un petit nombre pour une ville qui compte plus de 42 000 habitants et deux écoles secondaires, dont l’école secondaire De Mortagne qui, avec ses quelque 2 900 élèves, figure parmi les plus grandes écoles secondaires de la Rive-Sud. « Il pourrait y avoir plus de travailleurs de milieu, souligne Daphnée. Mais c’est difficile de développer ce secteur-là dans le communautaire. »

En poste depuis quelques mois, Daphnée se dit consciente de l’enjeu que représente le fait de rejoindre les jeunes, qui peuvent parfois être réticents à se confier aux intervenants. « C’est notre premier été, on n’est pas beaucoup connus auprès des jeunes, mais on a commencé à être plus actifs sur les réseaux sociaux pour les rejoindre. Ça va venir. »

Renforcer les liens

Selon le rapport, ces décalages entre les besoins des jeunes et leur recours à l’aide rappellent l’importance de renforcer non seulement les réseaux de soutien autour des adolescents, mais aussi la qualité des liens qu’ils entretiennent avec les adultes.

Pour cela, les travailleurs de milieu de la Maison des jeunes se préparent à être particulièrement visibles à l’approche de la rentrée. « On a des sacs à dos avec des patchs « travailleur de milieu », j’ai aussi un bandana vert, qui est la couleur des travailleurs de milieu, et on s’est fait faire des vêtements, des casquettes qui indiquent qu’on est travailleurs de milieu, souligne Daphnée. On est faciles à reconnaître. »

Leur implication ne se limite toutefois pas aux zones scolaires. « Ça fait partie de notre mandat de faire de l’observation dans les parcs, le skateparc ou les commerces », souligne Alex, qui regarde régulièrement les événements à Boucherville susceptibles d’attirer les jeunes afin de s’y rendre. « On veut connaître la réalité des jeunes et qu’ils nous voient. C’est davantage nous qui allons à la rencontre des jeunes actuellement. »

Afin de s’imposer comme personnes-ressources à Boucherville, les deux travailleurs de milieu sont également en contact avec la police et les différents commerces dans lesquels les jeunes ont l’habitude de se rendre. « On est en contact avec la police, mais aussi avec les commerces et les écoles. On est allés porter des cartes là-bas pour qu’ils nous appellent avant d’appeler la police en cas de besoin », souligne Daphnée.

Passionnés et dévoués, les deux travailleurs envisagent également de se rendre sur le terrain de nuit afin de discuter avec les jeunes qui se retrouvent dans les espaces publics en soirée. S’ils sont déterminés à élargir leurs heures d’intervention, ils soulignent toutefois les enjeux de sécurité que peuvent entraîner certaines situations. « En tant que femme, ma boss ne m’autorise pas à aller me promener le soir toute seule, déclare Daphnée. Je veux le faire, mais je ne peux pas le faire toute seule. Mais on sait que des jeunes se promènent tard et c’est dans notre mandat, on peut travailler jusqu’à trois heures du matin. »

« Niveau sécurité le soir, il vaut mieux être deux », ajoute Alex, également motivé à se rendre sur le terrain de nuit. « Quand c’est des jeunes sous consommation et qui ne nous connaissent pas, on ne sait pas comment ils peuvent réagir. On est des travailleurs de milieu, mais on n’est pas la police. Il y a des situations qu’on ne peut pas contrôler, mais on ne veut pas se mettre en danger pour rien. »

À propos de Tel-jeunes

Tel-jeunes est un service d’aide professionnelle de première ligne gratuit destiné aux adolescents du Québec ainsi qu’à leurs parents. « Depuis près de 40 ans, Tel-jeunes accueille des milliers de demandes d’aide d’ados, chacune reflétant une réalité qui mérite d’être mieux comprise, affirme Annie Papageorgiou, directrice générale de Tel-jeunes et de sa Fondation. En croisant les observations de nos équipes d’intervention, les plus récentes connaissances scientifiques et la parole des ados eux-mêmes, nous avons voulu approfondir notre compréhension des défis auxquels ils sont confrontés. »

Fondé en 1991, cet organisme à but non lucratif offre une écoute attentive et sans jugement aux jeunes qui contactent son équipe d’intervention professionnelle, quelles que soient leurs questions, leurs craintes ou leurs difficultés. 

Les services de Tel-jeunes sont offerts sept jours sur sept pour les jeunes, par téléphone au 1-800-263-2266, par texto au 514-600-1002 et par clavardage en ligne. Une ligne téléphonique est aussi accessible pour les parents au 1-800-361-5085.

Les travailleurs de milieu de la MDJ de Boucherville sont également disponibles par téléphone au 514-298-8346 ou sur leur Instagram @tm.boucherville.