La suppression de la ligne 87 suscite l’incompréhension
La suppression de la ligne 87 par le Réseau de transport de Longueuil (RTL) suscite l’incompréhension chez plusieurs usagers de Boucherville.
À compter du 6 avril, la ligne d’autobus 87, qui relie Boucherville-Est au centre-ville de Montréal, sera retirée du service par le Réseau de transport de Longueuil (RTL).
Une décision qui suscite l’incompréhension et la grogne chez plusieurs usagers réguliers, qui estiment ne pas avoir été entendus. « Cette ligne évitait de devoir faire des transferts et permettait à de nombreux citoyens de Boucherville-Est de se rendre au centre-ville de Montréal de manière rapide et simple, nous explique Jules Emmanuel Mercier, qui prend la ligne deux fois par semaine. Je trouve cette décision décevante. »
En réaction à ce retrait, certains envisagent de se détourner du transport en commun pour prendre leur voiture.
Une annonce de suppression
La ligne 87 était en service uniquement en semaine, avec deux départs vers Montréal tôt le matin et deux retours vers Boucherville en fin d’après-midi. Selon le RTL, ce retrait s’explique par un faible achalandage. « La décision a été prise le 12 mars dernier, nous explique Isabelle Ouellet, directrice de la planification des transports au RTL. Le choix a été fait parce que les habitudes de déplacement des usagers ont évolué au fil du temps et que nous constatons que l’achalandage de la ligne 87 n’était plus au rendez-vous. Cela nous a amenés, dans un souci de saine gestion de nos ressources, à supprimer cette ligne. »
Pour compenser, le Réseau de transport a annoncé des ajustements à la ligne 86, qui assure elle aussi une liaison entre Boucherville et le centre-ville de Montréal. Un départ supplémentaire sera notamment ajouté à 6 h 15, ainsi qu’un arrêt au terminus De Montarville. « La ligne 86 dessert la même destination, même si elle n’emprunte pas exactement le même parcours, souligne Isabelle Ouellet. Elle affiche une fréquentation un peu plus élevée, mais pas tant, ce qui fait que jumeler les deux achalandages est tout à fait envisageable. »
Un retrait regretté
Mais pour plusieurs citoyens rencontrés, ces modifications sont loin de répondre aux besoins réels des usagers de Boucherville-Est. Plusieurs remettent en question l’argument du faible achalandage avancé par le RTL, affirmant que la ligne était bel et bien utilisée, en particulier par des travailleurs aux horaires fixes. « En tant qu’étudiant universitaire, j’utilise la ligne 87 pour me rendre à mes cours matinaux deux ou trois fois par semaine, déclare Josué Marcil. Selon mon expérience, en ce qui concerne le second autobus du matin, il y a presque toujours plus de 20 personnes. Bien d’autres lignes que j’emprunte sont moins remplies que celle-ci! » Un avis que confirme Michel Hudon, qui utilise la ligne deux fois par semaine. « Quand je la prends, les trois quarts des places assises sont occupées. »
Comparativement à ces constats citoyens, les chiffres du RTL diffèrent. « Ce sont environ 10 personnes par départ sur la ligne 87, et la capacité d’un bus est de 55 places, nous mentionne Isabelle Ouellet. L’adéquation ne fonctionne pas très bien. »
Certains utilisateurs pointent également ce retrait alors que le retour au travail en présentiel se généralise. « J’emprunte ce trajet depuis plusieurs années, presque 10 ans, déclare Chantal Martin. Le retrait de la ligne 87 est un non-sens alors que plusieurs entreprises ou organismes gouvernementaux imposent le retour au travail en présentiel. »
À ce jour, le RTL affirme avoir reçu pas moins de 43 plaintes citoyennes et se dit sensible aux réclamations de ses usagers. « On les comprend et on les accueille, déclare Isabelle Ouellet. Nos équipes du service à la clientèle s’assurent d’expliquer les alternatives aux usagers. On est conscients que c’est un changement dans leurs habitudes. »
Des solutions rejetées
Pour les utilisateurs de la ligne 87, la solution de remplacement proposée via la ligne 86 n’est pas adaptée à leur réalité quotidienne. Ils évoquent des trajets plus longs, moins directs ou mal synchronisés avec leurs obligations professionnelles. « Elles répondent très peu aux besoins que ce retrait vient inutilement créer, déclare Josué Marcil. Chacune des options proposées ajoute des transferts qui, surtout en heure de pointe, allongent la durée totale du trajet vers l’école ou le travail. »
Quelle que soit l’option choisie, les utilisateurs de la ligne 87 devront passer de l’unimodalité à l’intermodalité. « Au lieu de me prendre 30 à 40 minutes, ça va me prendre 1 h 15 », ajoute Michel Hudon. Selon ses calculs, le RTL parle plutôt d’une augmentation de 10 minutes des trajets.
Pour pallier ce problème, certains envisagent de se tourner vers la voiture, une perte pour le transport collectif et un recul pour le développement durable. « Je devrai prendre ma voiture pour la stationner au terminus De Montarville, regrette Chantal Martin. Tant qu’à y être, pourquoi ne pas me rendre en ville en voiture? »
Un constat que partage Jules Emmanuel Mercier. « En prenant une autre ligne, comme l’autobus 82, ou en faisant un transfert sur la ligne 86, comme le suggère le RTL, cela allonge mon trajet d’une trentaine de minutes. L’option la plus intéressante redevient la voiture. »
Manque de prise en compte
Au-delà des aspects pratiques, c’est aussi le processus décisionnel qui est critiqué. Plusieurs usagers estiment que leur réalité n’a pas été prise en compte et dénoncent un manque de consultation. « J’ai l’impression que nous sommes laissés à nous-mêmes et qu’aucune étude sérieuse de la question n’a été faite, regrette Josué Marcil. J’aurais bien aimé pouvoir voir les chiffres qui ont mené à cette décision. »
Les usagers peuvent se référer au Centre de relation et d’information clientèle (CRIC) du RTL pour obtenir plus d’information à ce sujet.
Interrogée, la Ville de Boucherville rappelle qu’elle n’est pas responsable de cette décision et précise avoir « demandé au RTL de tenir une soirée d’information pour expliquer les changements aux citoyens ».
Réorganisation du réseau
Le retrait de la ligne 87 s’inscrit dans une réorganisation plus large du réseau du RTL, qui prévoit également l’abolition de la ligne 192 à Saint-Bruno-de-Montarville. Une rationalisation du service qui, pour certains, soulève des questions quant à l’accessibilité et à l’attractivité du transport collectif dans les secteurs moins densément desservis.
Alors que les changements entreront en vigueur dans les prochains jours, plusieurs usagers espèrent encore que leur voix sera entendue et que des ajustements supplémentaires pourront être envisagés afin de mieux répondre à leurs besoins.
