Le commerce d’animaux exotiques au Québec

La présence d’un kangourou roux à Boucherville n’a rien d’anodin. Au-delà de son caractère improbable, voire presque folklorique, cet événement invite à s’interroger sur ses origines. Que fait une espèce originaire d’Australie à Boucherville?

Cette question met en lumière les rouages d’un commerce d’animaux exotiques qui sévirait au Québec, à la fois lucratif et largement accessible, et qui se déroulerait, selon certains, parfois au vu et au su de tous.

Commerce illégal

Malheureusement, cette histoire dépasse largement le cas d’un seul kangourou. Elle implique un problème plus vaste, le commerce et la circulation d’animaux exotiques, qui sembleraient encore trop faciles entre les États-Unis, l’Ontario et le Québec. « Ça part des États-Unis, ça passe par l’Ontario, et ensuite des gens vendent ça au Québec. En dix minutes, j’aurais pu m’acheter un singe à 10 000 $, des kangourous et des tortues », nous explique Chamie Angie Cadorette, fondatrice et directrice générale de Galahad SPCA, qui souligne avoir, après quelques recherches, trouvé plusieurs offres pour des animaux exotiques sur Internet. « C’est très lucratif. Il y a des passeurs qui envoient ça vers l’Ontario. »

Un constat partagé par le Miller Zoo, qui s’était initialement proposé pour prendre en charge le kangourou de Boucherville, et qui souligne récupérer chaque année des animaux exotiques après qu’ils ont été achetés impulsivement, revendus ou gardés dans des conditions inadéquates par des particuliers.

Le Zoo de Granby, où l’animal est actuellement pris en charge, abonde dans le même sens. « Ce type de situation rappelle aussi une réalité importante, la garde d’animaux exotiques est strictement encadrée par la loi au Québec. Ces règles existent pour assurer le bien-être des animaux, mais aussi la sécurité du public. Elles doivent être respectées rigoureusement. »

Le kangourou de Boucherville

Dans le cas du kangourou de Boucherville, il semblerait, selon les premières informations divulguées, que l’animal provient d’un commerce illégal.

Contacté à ce sujet, le Ministère de la Faune indique que l’enquête est toujours en cours, mais que les premières informations vont dans ce sens. « L’enquête n’est pas terminée, mais pour le moment, les informations en notre possession indiquent que l’animal était gardé illégalement dans des installations non conformes à la réglementation québécoise. Considérant que le dossier est en enquête, nous ne pourrons malheureusement pas donner plus de détails. »

Un constat partagé par Galahad SPCA, qui avait été le premier organisme à signaler la présence de l’animal dans un box d’une écurie-pension de Boucherville. Selon les informations obtenues, l’animal ne bénéficiait ni d’installations adéquates ni des conditions minimales requises pour assurer son bien-être. « Il voulait faire une ferme éducative, mais il n’avait aucune connaissance des animaux ni des installations nécessaires. Il ne détenait pas non plus de permis. Mais c’est tellement facile de se procurer des animaux exotiques au Québec que ça devient une vraie blague. Il y a une grosse lacune dans la loi par rapport à ça », regrette Chamie Angie Cadorette, sans vouloir communiquer le nom de l’écurie-pension ni celui du propriétaire en question.

Selon l’organisme, le fait que l’animal ait réussi à s’échapper soulève de sérieuses questions quant aux compétences, aux installations et à l’encadrement des personnes qui choisissent de posséder des animaux exotiques sans être en mesure d’en assurer la sécurité et le bien-être.

Une réglementation 

Le Ministère de la Faune rappelle que la garde en captivité d’animaux exotiques est encadrée au Québec. Elle exige notamment l’obtention d’un permis pour plusieurs espèces, des installations sécuritaires pour l’animal et le public, ainsi que le respect de normes strictes visant à assurer leur santé et leur bien-être.

Mais pour la SPCA, la réglementation actuelle serait insuffisante pour assurer une protection adéquate des animaux sauvages en captivité. « Non seulement ce régime permet à des personnes sous-qualifiées de détenir des animaux sauvages, mais les normes qu’il impose ne sont pas assez exigeantes. Elles ne suffisent pas à assurer le bien-être de ces animaux intelligents, sensibles et aux besoins physiques, sociaux et comportementaux complexes. Ces animaux méritent des soins rigoureux, des installations hautement spécialisées et une expertise que peu de personnes possèdent réellement. »