Le déraillement de Repentigny soulève l’enjeu ferroviaire à Boucherville

Le déraillement d’un train de marchandises survenu à Repentigny ravive les débats autour de la voie ferrée au cœur de Boucherville. Pour certains résidents, l’événement rappelle que le risque ferroviaire plane dans la ville.

À Boucherville, le passage des trains fait partie du quotidien de nombreux résidents. Les bruits et les vibrations s’avèrent des réalités du secteur. Après le récent déraillement à Repentigny, certains citoyens disent voir la présence des rails autrement.

Avec le déraillement qui a touché Repentigny vient la perception du risque. Selon Julie Tancrède, qui réside près des rails, l’événement démontre qu’un incident ferroviaire peut survenir dans un secteur qui semblait sécuritaire. « À Lac-Mégantic, c’était une courbe. Ici, on disait que l’on est en sécurité parce c’est une ligne droite, mais avec Repentigny, on voit que la ligne droite n’est plus si sécuritaire » , affirme-t-elle. Pour elle, cette nouvelle réalité ajoute une inquiétude supplémentaire aux résidents qui vivent déjà avec le passage régulier des trains. « C’est sûr que ça devient inquiétant », résume-t-elle.

« On disait que l’on est en sécurité parce c’est une ligne droite, mais avec Repentigny […] la ligne droite n’est plus si sécuritaire. » – Julie Tancrède 

L’effet de Lac-Mégantic

L’événement de Repentigny réveille un souvenir pour Julie Tancrède. Après la tragédie de Lac-Mégantic, sa famille avait déjà réfléchi à ce qu’elle ferait si un accident ferroviaire survenait devant sa résidence. « Après Lac-Mégantic, on a tout de suite imaginé un plan d’urgence au cas où ça arriverait en face de chez nous, raconte-t-elle. Si ça déraille, on est préparés. »

Le projet à Contrecœur

À ces inquiétudes s’ajoute le projet d’extension Port de Montréal à Contrecœur, qui va certainement entraîner une hausse du trafic ferroviaire. Pour Mme Tancrède, l’idée de voir passer des trains plus longs, plus lourds ou plus fréquemment près des résidences accentue les craintes. « Présentement, quand un train passe, ça dure seulement trois minutes, mais avec l’extension, ils seront beaucoup plus longs », explique-t-elle. Selon elle, les répercussions ne se limiteraient pas au bruit ou aux vibrations. « Le sommeil sera compromis éventuellement, si le train passe la nuit », ajoute la résidente.

La réponse du maire

Le maire de Boucherville, Jean Martel, estime que la sécurité ferroviaire doit être traitée en envisageant des conséquences beaucoup plus importantes pour les autorités et les compagnies concernées. Il soutient que la prévention ne peut pas se limiter à des intentions ou à des protocoles. « Je plaide que ce soit une obligation de résultat qu’il n’y ait pas de déraillement » , affirme-t-il. Selon lui, les dirigeants responsables du réseau ferroviaire devraient être relevés de leurs fonctions lors d’un déraillement de train. « Ces dirigeants devraient autant avoir la frousse de perdre leur emploi que nous de perdre nos vies », ajoute le maire.

Pour Julie Tancrède, la présence du train fait partie du quotidien, au point où « on finit par s’y habituer », raconte la Bouchervilloise. « Il n’y a pas tant de problèmes, d’habiter à côté du chemin de fer, c’est une décision que tu prends, puis tu t’y fais », explique-t-elle.