Le mouvement reprend la rue face au « silence » du gouvernement

Plus de 500 personnes issues du mouvement Le communautaire à boutte! se sont rassemblées, le lundi 8 juin à Saint-Constant, afin de déposer une motion de blâme devant les bureaux de la première ministre, Christine Fréchette.

Après 40 jours d’attente depuis leur dernière mobilisation, qui s’était conclue le 2 avril à Québec, les membres du mouvement Le communautaire à boutte! sont retournés dans la rue pour dénoncer ce qu’ils considèrent comme le « silence » de la CAQ et de la nouvelle première ministre, Mme Christine Fréchette, face aux revendications du milieu communautaire.

« Après des demandes répétées pour l’ouverture d’une table de négociation avec le mouvement, le silence du gouvernement est révélateur », explique le groupe sur ses réseaux sociaux.

Motion de blâme

Après deux semaines de mobilisation intensive, du 23 mars au 2 avril, dans 17 régions du Québec et avec la participation de 1 622 organismes, les manifestants croyaient avoir suffisamment fait entendre leur voix. Ils avaient alors décidé de suspendre leurs actions afin de laisser le temps au gouvernement de réagir.

Cependant, six semaines plus tard, les organismes dénoncent un manque d’action et de suivi au coeur d’une situation qu’ils jugent pourtant urgente. « Ce n’est pas seulement du silence, écrivent-ils sur leurs réseaux sociaux. C’est du mépris envers les organismes qui tiennent le filet social à bout de bras. C’est de l’indifférence face à une crise pourtant bien réelle. »

En réaction à ce constat, plusieurs représentants du mouvement se sont rendus devant les bureaux de la première ministre, le lundi 8 juin à Saint-Constant, afin de faire entendre leur mécontentement et d’y déposer une motion de blâme.

Parmi eux se trouvaient des citoyens de Boucherville, entre autres la directrice générale de l’Escale familiale, Sylvie Lamy, dont l’organisme avait participé à une journée de grève le 2 avril dernier. « Les manifestations se poursuivent, car nous n’avons eu aucun signe de vie du gouvernement, nous explique-t-elle. Je serai personnellement parmi les manifestants tant et aussi longtemps que nous n’aurons pas une oreille attentive à nos besoins ou, à tout le moins, une invitation à la table des négociations. »

En Montérégie, pas moins de 219 organismes avaient rejoint le mouvement entre le 23 mars et le 2 avril, dont 72 dans l’agglomération de Longueuil. Parmi eux figuraient plusieurs organismes de Boucherville, notamment Carrefour pour Elle, la Maison des jeunes (MDJ) et le Carrefour jeunesse-emploi (CJE) Marguerite-D’Youville. Ceux-ci n’ont toutefois pas donné suite à nos plus récentes demandes d’entrevue concernant leur implication actuelle.

Des demandes claires

Cette mobilisation est l’occasion pour les organismes de dénoncer le sous-financement du milieu communautaire et de réclamer un meilleur soutien gouvernemental afin de répondre à l’augmentation des besoins de la population. « Nous demandons un financement adéquat à la mission plutôt qu’un financement par projet », souligne Sylvie Lamy, qui s’exprime à titre personnel sur le sujet, le conseil d’administration de l’Escale familiale ne s’étant pas prononcé depuis la reprise du mouvement. Voici un message repris dans une lettre ouverte, publiée le 8 juin dans le Journal de Montréal par Tristan Ouimet Savard, du Réseau québécois de l’action communautaire autonome (RQ-ACA), et Mathieu Gélinas, coporte-parole du mouvement Le communautaire à boutte!. « Il y a six semaines, des milliers d’organismes ont dit haut et fort ce que tout le monde savait tout bas : le communautaire est à boutte. À bout de ressources pour tenir le filet social. À bout de moyens pour accompagner les plus vulnérables à défendre leurs droits et combler leurs besoins de base. À bout de capacité à retenir des gens dévoués que des conditions indignes poussent, un à un, vers la sortie de secours. »

De faux espoirs

L’élection de Christine Fréchette comme première ministre du Québec, le 15 avril dernier, avait suscité une certaine lueur d’espoir chez les organismes mobilisés.

Durant sa campagne, alors que la mobilisation battait son plein, celle-ci semblait réceptive aux revendications des manifestants. « Une rencontre a eu lieu avec son cabinet. Des échanges prometteurs. Une fenêtre entrouverte. De l’espoir. Des demandes simples, documentées et urgentes », rappellent Tristan Ouimet Savard et Mathieu Gélinas.

Cependant, un mois plus tard, les représentants du mouvement déplorent toujours le manque de communication et l’inaction du gouvernement. « Pendant que le gouvernement multiplie les annonces et les dépenses à visées électoralistes, les besoins continuent de grandir. Et pourtant, rien pour le communautaire. Notre appel de détresse est complètement ignoré. »