Le succès croissant de la navette fluviale

La navette fluviale devait être en fonction jusqu’au 13 octobre à partir de Boucherville. Or, les usagers en demandaient plus et ils ont été entendus. 

« L’achalandage pour les deux navettes en partance et à destination de Boucherville est prometteur. Les deux liaisons présentent une augmentation de l’achalandage en 2025 comparativement à la même période en 2024 », nous indique-t-on à l’ARTM. Pourtant, l’initiative de navette fluviale est un projet pilote, depuis 2019, reconduit chaque année. 

L’exploitant, Navark, qui construit les navettes, emploie les capitaines et les matelots, puis assure le service à la clientèle à bord, aimerait pouvoir proposer ce service de mars à décembre. « L’arrêt est prévu en octobre, mais nous pourrions naviguer de mars à Noël. Il n’y aurait pas de problème de circuler neuf mois par année », d’indiquer Gilles Tanguay, capitaine directeur des opérations. De plus, année après année, les records d’affluence sont battus. L’an dernier, 350 000 passagers ont été enregistrés sur l’ensemble des navettes.

Cette année, juste le mois de juillet a battu un record avec 107 000 passagers. Pour répondre à la demande, la navette de Boucherville au Vieux-Port, prévue du 17 mai au 13 octobre, sera prolongée jusqu’au 31 octobre.

Toujours dans l’attente

« L’ARTM collabore étroitement avec le ministère des Transports et de la Mobilité durable afin d’évaluer la meilleure façon de mettre en place des solutions de mobilité complémentaires et abordables au réseau de transport collectif et les navettes s’inscrivent dans cette démarche. Le projet pilote permet de recueillir et d’analyser un maximum de données, en vue de prendre la décision la plus éclairée pour l’avenir, mais nous ne pouvons nous prononcer pour l’instant sur la suite. » Un bilan sera produit à l’automne, ajoute l’ARTM. 

Pour M. Tanguay, « On travaille très fort à pérenniser notre service. Cela permettrait de minimiser les coûts et d’avoir une vision à plus long terme qu’une année ».

Les travaux routiers liés au tunnel Louis-Hyppolyte-La Fontaine ont favorisé l’intérêt pour les navettes en y associant les réseaux de transport en commun et les modes de transport actif.  

Plébiscite  

Le journal a fait la traversée de Boucherville en direction du Vieux-Port de Montréal en septembre, lors d’une belle journée d’été. Les passagers au rendez-vous ont embarqué avec le sourire, vélo ou trottinette à la main, avant de s’asseoir en cabine ou de profiter de l’air marin sur le pont arrière du bateau. 

« Je travaille au Vieux-Port. La navette m’y amène directement. L’avantage que j’y trouve, c’est que je n’ai pas à affronter la circulation. C’est plus reposant, on peut lire, relaxer. Si l’on prolonge ce service plus longtemps, je serai le premier à continuer à la prendre », exprime Gilles, un citoyen de Boucherville travaillant à Montréal. Julie, elle, habite à Varennes. « Je prends la navette fluviale deux fois par semaine pour mes jours de travail en présentiel. Les avantages que j’y trouve, c’est la tranquillité, la beauté des paysages. J’ai commencé à la prendre pendant la pandémie et je n’ai pas arrêté depuis trois ans. »

Raphaël prend la navette pour se rendre au travail aussi. « J’habite Boucherville, ce qui me permet de venir prendre le traversier en trottinette électrique. Elles sont interdites dans le métro et dans les bus. Avec ma carte OPUS, c’est super pratique pour payer le trajet. Si le service continue, je serai le premier à être là tous les jours. » 

Pour M. Tanguay, c’est une évidence. « Le fleuve est un chemin qui marche, pas un obstacle. »

Navark 

Lors de notre passage, le capitaine Colin Caroit, de la navette XL5, était à la barre du bateau, duquel il a aidé à la construction.

« Cela fait plus de 20 ans que je travaille avec Navark. J’étais étudiant en ébénisterie. À la fin de mes études, j’ai intégré Navark. J’ai participé à la construction de ce bateau. La timonerie du XL5, c’est moi qui en ai dessiné les plans. » Il vogue désormais sur un fleuve qu’il connaît par coeur. « C’est l’une des voies navigables les plus difficiles au monde. » Le capitaine ne jetterait pour rien au monde sa casquette. « On ne travaille pas ici si l’on n’aime pas le monde. Des passagers qui ont d’ailleurs toujours le sourire, car lorsqu’ils viennent à bord, ils ont fait ce choix et ils n’ont jamais de surprise. »

L’entreprise familiale, qui a vu le jour il y a plus de 20 ans, est aujourd’hui le plus grand réseau de transport fluvial de la région montréalaise. Elle compte 135 employés et 18 capitaines. Outre leur travail de navigation, les employés de Navark aident la SIMEC (Organisme d’intervention maritime canadien agréé) en prélevant des échantillonnages dans le Saint-Laurent et en contrôlant les déversements pétroliers. 

En attendant la fin de la saison, les passagers de la navette continuent de passer sous les ponts embouteillés.