Les oubliés de Boucherville

Sur une portion de la rue De Montbrun, des résidents affirment vivre sans raccordement à l’aqueduc municipal malgré la proximité du réseau. Dépendants de puits privés et de bidons d’eau potable, ils dénoncent une situation qui pèse sur leur quotidien depuis des décennies.

Sur la rue De Montbrun, au sud du chemin de Touraine, l’aqueduc municipal ne se rendrait pas jusqu’à toutes les maisons. À moins d’un kilomètre d’un réseau déjà installé en 2023, des résidents disent encore dépendre de bidons remplis à l’extérieur de leur domicile pour assurer leurs besoins en eau potable.

Ces résidents affirment ne pas demander un privilège, mais une solution à un problème qu’ils jugent essentiel. À leurs yeux, l’enjeu dépasse le simple confort domestique. Il touche à la qualité de vie, à la sécurité et au sentiment d’être laissés à l’écart dans une ville où l’eau courante est, pour la majorité des citoyens, une évidence.

De son côté, le conseil municipal ne bouge pas. Lors de leurs échanges avec la Ville, les résidents disent s’être fait répondre que le dossier relevait du principe de l’utilisateur-payeur. Autrement dit, le raccordement au

réseau d’aqueduc devrait être assumé par les propriétés directement desservies. Selon eux, le coût évoqué pour amener l’aqueduc devant les maisons restantes serait autour de 1,2 M $, à partager entre les résidences.

Pour les demandeurs, cette approche rend la solution pratiquement inaccessible. « Si tu veux avoir de l’eau, tu paies », résume Roger Yvon.

Eau contaminée 

À l’intérieur des maisons, le problème se voit d’abord dans l’eau elle-même. Maria Panto, une résidente du secteur, dit observer des particules dans l’eau du robinet, qui est connecté à un puits privé. En plus de ces sédiments, une forte présence de minéraux rend l’eau inconsommable et presque inutilisable. 

Cette réalité se répercute sur les appareils de la maison. Les lave-vaisselles, les laveuses, la plomberie et les chauffe-eau s’usent à un rythme effréné en raison de la piètre qualité de l’eau. « On doit changer notre lave-vaisselle tous les deux ans à cause des dommages causés par l’eau » affirme-t-elle.

La tige d’anode (une pièce conçue pour protéger contre la corrosion) de leur chauffe-eau se détériorerait beaucoup plus vite que prévu. « Quand on la sort après quelques mois, elle est complètement désintégrée », raconte la résidente. La durée de vie d’une tige d’anode est de trois à cinq ans, en moyenne, lorsqu’elle est en magnésium.

Au-delà des appareils, les effets se font sentir dans les gestes ordinaires. Le linge blanc ne resterait pas blanc, l’eau peut dégager une odeur désagréable dans toute la maison et chaque utilisation de l’eau devient une décision à prendre judicieusement.

Un casse-tête financier

Cette gestion devient encore plus importante lorsque revient la crainte de voir le puits s’assécher. Selon les résidents rencontrés, il ne s’agit pas seulement d’un manque d’eau temporaire : lorsqu’un puits devient trop sec, il peut s’effondrer et forcer un propriétaire à en faire creuser un nouveau, une manœuvre d’environ 50 000 $. Certains disent avoir déjà vu des voisins manquer d’eau ou devoir faire forer un autre puits. « C’est une anxiété constante », résume Mme Panto. Elle ajoute que l’état du puits devient également un enjeu financier préoccupant. « Si mon puits s’effondre et que je n’ai pas 50 000 $, je n’ai plus d’eau » déplore-t-elle.