Mathieu Lavoie pour le Parti libéral du Québec
Vous êtes entrepreneur, artiste, enseignant et, désormais, politicien. Quel est le poste qui vous définit le mieux ?
Bâtisseur ! Parce que c’est ce qui caractérise tout ce que j’ai fait. À l’université, déjà, dès mon doctorat, j’ai réalisé la première thèse de doctorat en musique à l’image de l’Université de Montréal. Donc, j’ai un peu contribué à créer cette voie-là.
J’ai participé à la création des premiers programmes de musique à l’image et de jeux vidéo à l’Université de Montréal. J’ai écrit le premier cours sur l’histoire de la musique de film canadienne à l’Université de Montréal. J’ai aussi publié un livre à partir de mon mémoire de maîtrise, qui aborde l’histoire de la musique de film québécoise. Donc, pour moi, le volet créateur et éducateur, ce n’était pas nécessairement d’enseigner des matières traditionnelles, mais plutôt de créer de nouveaux contenus.
Au niveau de l’entreprise, à l’âge de 18 ans, j’ai eu ma première expérience entrepreneuriale avec une boîte de jeux vidéo qui s’appelle Beenox, qui existe toujours. Mais, en fait, ma toute première expérience entrepreneuriale, c’était bien avant : je vendais déjà des bandes dessinées à l’âge de 12 ans.
Puis, ma deuxième entreprise, Vibe Avenue, je l’ai créée avec un associé parce qu’on voulait travailler sur de grands projets. Et, ce faisant, on a réussi à créer une entreprise qui a grandi au point d’intéresser une entreprise internationale, qui nous a rachetés en 2023. Puis, la politique, c’est un peu la même chose.
Comment crée-t-on en politique ?
Il faut constamment créer des solutions aux problèmes qui changent, eux aussi, constamment. Est-ce qu’on aurait pu prévoir facilement, il y a dix ans, que Trump serait encore au pouvoir une deuxième fois, avec tous les bouleversements économiques et sociaux que cela a entraînés à l’échelle planétaire ? Ça fait qu’on doit réorienter un peu nos priorités et nos objectifs.
Donc, il faut créer des solutions pour répondre à ces nouveaux enjeux, et ce ne sont pas nécessairement les mêmes solutions que celles qui ont été appliquées auparavant.
Moi, j’étais à un tournant de ma carrière. Après avoir vendu mon entreprise et quitté mon poste à l’UQAM pour me consacrer à la vente de mon entreprise et à la gestion de sa transition, qui était quand même une grosse étape, je suis devenu directeur principal dans la boîte qui avait acheté la mienne. Du coup, je suis resté pendant deux ans et demi à créer carrément une nouvelle formule pour mon entreprise afin qu’elle puisse fonctionner d’une façon plus internationale. Puis, je me suis dit : » Bon, j’ai le goût de passer à autre chose. Est-ce que je continue dans la voie entrepreneuriale ou est-ce que je fais quelque chose d’autre ? »
J’ai deux jeunes filles qui ont sept et dix ans. Et puis, comme plusieurs Québécoises et Québécois, je commençais à être un peu inquiet de la direction dans laquelle on s’en allait. Je trouvais qu’on dépensait mal notre argent au Québec. Je trouvais que le débat public était de plus en plus divisé et qu’on détournait le discours des enjeux les plus importants.
Parler de souveraineté, selon moi, parler de division, de séparation, dans un moment aussi important de notre histoire, ce n’est pas ce que je souhaite pour les jeunes, puis je ne crois pas que c’est ce que les jeunes veulent.
Les jeunes veulent qu’on s’attaque aux problèmes réels d’aujourd’hui, qui sont à la fois économiques, environnementaux et technologiques. On est dans une transition numérique majeure.
D’ailleurs, j’ai été professeur pendant dix ans, comme vous le savez, et j’ai enseigné dans un contexte où l’intelligence artificielle ne faisait pas partie des enjeux auxquels on était confrontés. On ne parlait pas de ChatGPT, puis les étudiants allaient davantage sur Wikipédia. Quand je parle à mes anciens collègues aujourd’hui, ils me disent que c’est une toute autre réalité. C’est une transformation qui s’est faite en seulement deux ans.
Et aujourd’hui, est-ce qu’on empêche nos jeunes d’utiliser l’intelligence artificielle ou est-ce qu’on trouve une manière de repenser notre façon de nous adapter aux nouvelles technologies de façon responsable ? Comment est-ce qu’on réussit à outiller nos jeunes pour qu’ils puissent fonctionner dans le monde d’aujourd’hui, mais aussi dans un monde qui est en pleine transformation ?
Quelles sont les problématiques que vous avez ciblées sur le territoire de Montarville ?
Donc, ce sont des problématiques qui sont un peu en mode vase communicant avec des problématiques nationales. Je veux dire, on vient de parler d’enjeux en éducation, mais aussi, par exemple, des transformations numériques. Or, ça affecte tout autant les petites et moyennes entreprises, les grandes entreprises, le système scolaire, le système de santé dans tout ce virage-là. Donc, ça affecte évidemment aussi les enjeux dans notre comté. Moi, parmi les trois priorités que j’ai mises de l’avant pour le comté, la numéro un, c’est le transport.
J’aime dire que je ne pensais pas me lancer en politique pour parler d’une autoroute, mais on est dans une situation où c’est urgent de le faire. C’est urgent parce qu’on a maintenant la confirmation du port de Contrecœur et de l’aéroport métropolitain, et que ça change toute la donne au niveau des transports dans notre région. Et ça, ça arrive en 2030. Donc, si on ne trouve pas une solution aujourd’hui, si on n’agit pas rapidement sur ces propositions-là et qu’on ne se bat pas pour ça, on va peut-être se retrouver avec 1 200 camions de plus par jour, puis devoir ensuite trouver une solution. Et ça, ça va coûter plus cher.
Puis là, on en revient à ce qui me dérangeait le plus : mal dépenser notre argent. Donc, c’est une de mes priorités. Je pense qu’à Saint-Bruno particulièrement, le conseil municipal le dit aussi, et c’est également dans les priorités de M. Grisé.
À Boucherville aussi, parce que c’est tout l’écosystème qui en souffre. Boucherville parle beaucoup de la voie ferrée, puis on peut en jaser aussi. Mais je pense qu’il y a un problème de mobilité qui va s’aggraver jusqu’à atteindre un point de crise. Donc, on n’a plus le choix. On n’a plus le choix d’en parler.
Ça, c’est la problématique liée à Contrecœur. La solution, c’est d’aborder cette problématique dès aujourd’hui, le plus rapidement possible, pour trouver une solution.
Vous avez la solution?
La solution, c’est quelque chose sur lequel j’ai déjà travaillé à l’interne et dont il faut que je discute beaucoup aussi avec les candidats des autres comtés et avec le parti, parce qu’ensuite, ce n’est pas à moi de faire des annonces. Vous comprenez, c’est un enjeu qui affecte plusieurs comtés également. C’est un enjeu qui coûte potentiellement de l’argent.
Donc, ce que je peux promettre pour l’instant, c’est que c’est un enjeu important pour moi. Mais des solutions sont déjà envisagées. En fait, il y en a plusieurs qui ont été mises de l’avant, notamment l’élargissement de l’autoroute 30. Ce n’est pas compliqué.
Par contre, comment est-ce qu’on élargit la 30 ? Est-ce qu’on le fait tout simplement pour ajouter une voie qui servirait au transport des camions, ou est-ce qu’on peut intégrer le transport collectif ? Personnellement, je pense que le transport collectif est extrêmement important, puis il faut miser là-dessus pour régler les problèmes de transport.
Vous m’avez parlé de trois enjeux.
Il y a un problème au niveau du logement dans le comté. C’est un problème qui affecte énormément les jeunes qui grandissent dans le comté et qui, une fois qu’ils arrivent sur le marché du travail, n’ont plus les moyens de rester ici.
C’est un problème qui affecte aussi les personnes âgées qui veulent se trouver une RPA, mais qui n’en trouvent tout simplement pas qui soit abordable, ou qui doivent faire face à des listes d’attente qui sont vraiment très longues.
Donc, eux aussi, après avoir passé leur vie dans un comté où il fait quand même bon vivre, arrivent à la retraite et se retrouvent dans une situation où leurs amis sont ici, leur communauté est ici, mais ils se disent : « Je ne peux plus rester ici, je n’ai plus les moyens. » Parlons de densification. Ce n’est pas un mot qui est très populaire dans le comté. Surtout pas, je pense que les gens veulent être rassurés qu’on ne touche pas au cadre de vie, qu’on n’ait pas des tours énormes qui poussent à côté de chez eux.
Je pense que Boucherville et Saint-Bruno sont quand même des villes qui ont réussi à protéger leurs espaces verts et leurs milieux bien établis. Boucherville particulièrement. Boucherville est très attachée au Boucherville d’antan.
C’est quoi pour vous le bilan de Nathalie Roy?
Je vous dirais que la CAQ a promis l’agrandissement de la 30, puis il n’est jamais arrivé. Il a été budgété, puis débudgété. Les soins de santé, ce n’est pas réglé non plus. Les gens me disent qu’il y a un paquet de cliniques privées, mais qu’ils n’ont toujours pas de médecin de famille dans le comté.
Je ne veux pas partir dans un débat négatif contre M. Roy. Ce n’est pas ça, mon objectif. Ce que je peux dire, c’est que je vais faire mieux. Je vais être plus présent que M. Roy. Je pense que c’est important. Le rôle de président de l’Assemblée nationale est un rôle très important. Ça demande un devoir de réserve à l’Assemblée, mais dans le comté, il faut quand même être là pour défendre les intérêts de notre comté.
