Navettes fluviales, quel avenir ?

Depuis maintenant plusieurs années, les navettes fluviales sont reconduites en projet pilote. Une situation incertaine qui étonne face aux succès incontestables de l’initiative et qui inquiète alors que les travaux du pont-tunnel Louis-Hippolyte-La Fontaine prennent fin.

Avec l’approche de la fin des travaux de réfection du pont-tunnel Louis-Hippolyte-La Fontaine, qui doivent se conclure définitivement en 2027, plusieurs questions se posent concernant l’avenir des transports en commun.

Pour pallier la congestion sur les principaux axes routiers reliant Montréal et la Rive-Sud, différentes mesures ont été mises en place au cours des dernières années. Parmi celles-ci figure la ligne N1 de la navette fluviale, qui relie Boucherville à Montréal-Mercier.

Ces mesures avaient toutefois été pensées pour accompagner les usagers pendant la période des plus importantes entraves. Or, avec le retour graduel à la normale sur le pont-tunnel, certains financements vont prendre fin, des lignes vont sauter et l’avenir de la navette fluviale demeure incertain malgré une popularité croissante et chiffrée.

« S’il n’y a pas de changement, on va devoir couper des transports en commun. » – Jean Martel

Des financements de projet

Les navettes reliant Boucherville à Montréal connaissent chaque année un achalandage important. Sur les trois lignes proposées, une dessert les îles de Boucherville (N3), tandis que deux relient la ville à Montréal : la N1 vers Montréal-Mercier et la N2 vers le Vieux-Port.

Les lignes N2 et N3 ont été mises en place en 2021 par la Ville et l’Autorité régionale de transport métropolitain (ARTM). Il s’agit de projets pilotes financés par la Stratégie maritime et reconduits depuis leur mise en service. La ligne N1, reliant Montréal-Mercier et Boucherville, ainsi que la partie Est de la ligne N3, entre Pointe-aux-Trembles et Varennes, ont quant à elles vu le jour en 2022. Elles sont financées par les mesures d’atténuation liées aux travaux du pont-tunnel Louis-Hippolyte-La Fontaine. « C’est comme des autobus de ville, mais sur l’eau », résume Gilles Tanguay, directeur des opérations chez Navark, la compagnie qui offre le service des navettes fluviales.

Contactée au sujet de la reconduction du projet pilote et du maintien de la ligne N1, l’ARTM a affirmé son souhait de préserver les navettes fluviales. « Avec nos partenaires, nous partageons la volonté de soutenir le développement des navettes fluviales et d’en assurer la pérennité. »

Un soutien gouvernemental

Cependant, malgré ce soutien à l’initiative, l’ARTM ne peut confirmer que le service sera maintenu à long terme. « Le maintien du service à long terme demeure toutefois conditionnel aux enveloppes de financement gouvernementales, qui permettent d’en assurer l’exploitation. L’ARTM complétera prochainement le bilan de la saison 2026, qui viendra alimenter les décisions à venir. »

Ainsi, selon l’ARTM, la décision concernant la prolongation des navettes relève désormais du gouvernement. « Un soutien gouvernemental à la hauteur des besoins demeure essentiel, puisque l’exploitation du service en dépend directement. L’ARTM poursuivra ses démarches afin de sensibiliser les décideurs à l’importance d’un financement confirmé et prévisible, sans lequel la continuité du service ne peut être assurée. »

Contacté à ce sujet, le ministère des Transports et de la Mobilité durable nous informe qu’il est encore trop tôt pour se prononcer sur un éventuel financement. « Pour la saison 2027, il est actuellement prématuré pour le Ministère de se prononcer. »

Selon le Ministère, le dossier devra être présenté au cours de l’automne au prochain ministre responsable de la Stratégie maritime afin de connaître les intentions des autorités gouvernementales pour les prochaines années.

Positions des candidats

À l’approche des élections provinciales, qui détermineront notamment les représentants appelés à siéger au gouvernement, la question du financement de la navette fluviale s’invite donc dans la campagne.

Il s’agit d’ailleurs de l’une des demandes formulées aux candidats de Montarville par le maire de Boucherville, Jean Martel, qui fait du transport en commun et de la navette fluviale l’un de ses chevaux de bataille. « Les navettes fluviales vers le vieux port de Montréal, qui sont extrêmement appréciées par la population, l’année prochaine, ça risque de disparaitre s’il n’y a pas une volonté au niveau provincial, s’il n’y a pas de l’argent du fond vert qui va vers là. C’est malheureux parce que ce sont des services qui sont très utilisés et, s’il n’y a pas de changement, on va devoir couper des transports en commun. C’est une demande vraiment prioritaire. »

Contactés au sujet de leur position sur le maintien de la navette, les candidats rencontrés abondent dans le même sens, avec toutefois des nuances dans leurs réponses. « La navette fluviale, c’est nous autres. Je veux que ça reste, scande Nathalie Roy, candidate pour la Coalition Avenir Québec (CAQ) dans Montarville. C’est moins de voiture, ça désengorge les routes et les gens aiment ça. Moi, je suis pour à 100 %. Je veux qu’elle reste là. Je suis très fier qu’on le fasse, car c’est une idée qui vient du milieu. »

Un soutien que rejoint Mathieu Lavoie, le candidat du parti libéral du Québec (PLQ) dans Montarville. « Au cours de ma campagne, j’ai rencontré les dirigeants de Navark et nous avons eu l’occasion de discuter de cet enjeu. À titre de député du comté de Montarville, je défendrai la pérennisation des navettes fluviales et le développement du transport collectif et actif.  Ce mode de transport est nécessaire au développement socio-économique des villes desservies. »

Du côté péquiste, le soutien est également présent, même s’il est exprimé avec davantage de nuances. « Absolument. Je peux dire qu’en principe, oui, je suis favorable. Je défends l’idée d’une mobilité, d’une fluidité dans les transports, déclare Jean-François Cloutier, candidat pour le Parti Québécois (PQ) dans Montarville. Je pense que oui, la navette fluviale s’inscrit dans une optique de déplacement actif et de mobilité améliorée dans la circonscription. »

Contactée à ce sujet, Ginette Langlois, la candidate de Québec Solidaire, n’avait, au moment de la rédaction de cet article, pas donné suite à nos sollicitations.