Plusieurs clients se disent victimes de tentative d’extorsion
Des appels frauduleux ciblant des aînés se multiplient sur la Rive-Sud, notamment à la pharmacie où des individus se font passer pour des représentants de la Sûreté du Québec afin d’obtenir des informations bancaires.
La fraude constitue un enjeu important sur la Rive-Sud, où de nombreux cas sont répertoriés chaque année. Les stratagèmes employés par les fraudeurs sont multiples mais visent en grande partie des citoyens vulnérables, en particulier les aînés, afin de leur soutirer des informations bancaires.
Un cas récemment signalé au Jean Coutu du boulevard du Fort-Saint-Louis a notamment retenu notre attention. Plusieurs personnes âgées ont reçu des appels téléphoniques les invitant à divulguer leur numéro de carte de crédit.
Le téléphone sonne
Le samedi 18 avril, deux clientes de la pharmacie Jean Coutu du Fort-Saint-Louis ont signalé avoir reçu, à quelques heures d’intervalle, des appels frauduleux d’un individu se faisant passer pour un représentant de la Sûreté du Québec.
Préférant conserver l’anonymat par crainte de représailles, chacune a accepté que son témoignage soit relayé par sa pharmacienne, Geneviève Labonté. « Une première cliente est venue nous voir après avoir reçu un appel d’une personne affirmant travailler pour la Sûreté du Québec. Cette dernière lui expliquait qu’il y avait un problème de fraude à ma pharmacie et qu’elle devait de l’argent. Elle devait alors transmettre ses coordonnées bancaires pour régler la situation », explique-t-elle.
Plus tard en après-midi, une seconde cliente rapporte avoir reçu un appel similaire, cette fois d’un homme se présentant comme « Alain », toujours de la Sûreté du Québec. « L’individu lui demandait de confirmer ses informations bancaires afin de vérifier si elles correspondaient bien à celles d’une personne identifiée comme potentiellement victime de fraude dans ses dossiers », précise Mme Labonté.
Prudentes, les clientes, doutant de la légitimité de l’appel, ont indiqué à leur interlocuteur qu’elles allaient raccrocher afin de contacter elles-mêmes la Sûreté du Québec. Un excellent réflexe en cas de doute quant à la provenance d’une communication. « Elle a appelé la Sûreté du Québec en demandant s’il y avait un Alain, et on lui a confirmé qu’aucun employé de ce nom n’était connu. »
Des cibles privilégiées
Le phénomène est loin d’être anodin. Geneviève Labonté souligne que ce n’est pas la première fois que des clients rapportent de tels événements. « À la fin novembre et au début décembre, avec le temps des Fêtes, il y a davantage d’achats en ligne ou par téléphone. Dans ces périodes, il y a beaucoup de tentatives de fraude. Des clients m’ont rapporté avoir reçu des appels frauduleux mentionnant un problème avec une commande à la pharmacie. »
Bien que des stratagèmes similaires existent dans d’autres secteurs, les pharmacies semblent être des cibles privilégiées par les fraudeurs, notamment en raison de leur clientèle, souvent composée d’aînés, qui y laissent parfois des informations sensibles et personnelles. Ce sont également des lieux où les clients se rendent de façon régulière et où un lien de confiance s’établit. « Il arrive que des clients laissent leur numéro de carte de crédit pour des paiements récurrents ou des livraisons hebdomadaires, nous indique la pharmacienne. Nous pouvons les appeler si une transaction ne fonctionne pas, mais dans ces cas-là, la procédure est de leur demander de nous rappeler. »
Craintes et représailles
Le fait que les victimes hésitent à témoigner publiquement n’est pas non plus anodin. Elles ont peur des représailles. Et pour cause, certaines disent avoir subi des tentatives de fraude à plusieurs reprises et sous plusieurs formes. « Une de mes clientes a déjà été victime d’une autre tentative de fraude par téléphone, et quelqu’un s’est même déjà présenté chez elle. Elle veut s’assurer de ne pas subir de représailles », nous indique Geneviève Labonté.
Le cas est édifiant, des fraudeurs se font passer pour des enquêteurs travaillant sur des dossiers de fraude bancaire. Un climat de méfiance et de crainte s’installe ainsi progressivement, même dans le rapport que les victimes entretiennent avec les autorités. Un phénomène pris très au sérieux par les forces de l’ordre et notamment le SPAL, qui multiplie les initiatives pour contrecarrer les tentatives de fraude, qui ont tendance à proliférer. En 2024 seulement, les enquêteurs déclarent avoir traité plusieurs centaines de dossiers de fraude, notamment des stratagèmes ciblant des citoyens vulnérables, en particulier les aînés.
Le projet SALUT
Le SPAL a d’ailleurs annoncé, en mars dernier, le lancement de la deuxième édition du projet SALUT, une initiative visant à identifier des suspects impliqués dans des dossiers de fraude, principalement des fraudes de type « faux représentants ».
Mis en place dans le but de mobiliser la population, le projet SALUT permet notamment de diffuser publiquement, par l’entremise des plateformes numériques officielles du SPAL et des médias, des images de suspects captées par des caméras de surveillance, lorsque ceux-ci n’ont pas encore été identifiés dans le cadre d’enquêtes policières.
Cette démarche vise à renforcer la collaboration citoyenne en sollicitant le public pour identifier et localiser les suspects, et ainsi freiner la progression de ces stratagèmes frauduleux.
Le SPAL invite donc toute personne qui détiendrait de l’information pertinente à communiquer, de façon confidentielle, avec ses services au 450 463-7211. Chaque signalement est traité avec sérieux et confidentialité.
