Réseaux d’eau vieillissants pour de futurs logements

Le potentiel de 447 400 nouveaux logements dans le grand Montréal est en péril en raison du déficit d’entretien et de développement des infrastructures en eau.

La Ville de Boucherville a mis sur pied un comité dans le cadre de son Plan de gestion des actifs en eau (PGA-Eau), un outil de planification visant à assurer la pérennité des infrastructures liées à l’eau.

Encadrée par Québec, cette démarche devra dresser le portrait de l’état et de la durée de vie des installations afin de mieux planifier les interventions aux réseaux d’aqueduc et d’égout, aux conduites, aux réservoirs, aux postes de pompage et aux installations de traitement.

Les municipalités ont jusqu’au 31 décembre 2026 pour s’y soumettre, car la situation semble urgente, selon la plus récente note de l’Observatoire Grand Montréal. Ce dernier révèle que la capacité d’accueil de 447 400 nouveaux logements sur le territoire de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM), tel que le prévoit le Plan métropolitain d’aménagement et de développement (PMAD) 2026-2046, est sérieusement remise en cause si des investissements importants dans le maintien et le développement des infrastructures en eau ne sont pas réalisés.

À Boucherville

Comme un peu partout au Québec, les infrastructures en eau à Boucherville sont vieillissantes. Elles datent des années 60, 70 et 80.  Cependant, aucun quartier n’a d’interdiction de développement immobilier en raison de ces infrastructures et la Ville nous mentionne que la capacité de traitement d’eau à Boucherville n’est pas proche de son maximum.

Dans le cadre de la Stratégie québécoise d’économie d’eau potable 2019-2025, la Ville a procédé à l’installation de compteurs d’eau chez 380 propriétaires bouchervillois qui se sont portés volontaires. « Ces ajouts ont été effectués dans le but de se soumettre à une directive du ministère des Affaires municipales et de l’Habitation (MAMH). L’objectif est de recueillir des statistiques de consommation résidentielle d’eau potable. » La Municipalité nous précise que « toutes les industries, les commerces et les institutions sont dotés de compteurs d’eau « .

Une autre avenue pour les experts d’optimiser les infrastructures en eau est de favoriser la densification des projets immobiliers. Sur ce point, « Boucherville privilégie une densification douce. La Ville vise un développement urbain peu rapide et toujours axé sur l’intérêt de la population, afin de respecter l’environnement et de préserver notre qualité de vie et nos espaces verts ».

Un réseau à 100 %

Selon Gilles Rivard, ingénieur hydraulicien inondation et ruissellement urbain pour la CMM, « certaines villes ont déjà arrêté des développements. Dans le cas de l’agglomération de Longueuil, on est très près d’une utilisation à 100 % de la capacité du réseau. Pour l’agglomération, il y aura des coûts importants à investir pour son usine d’épuration ».

Une situation que ne minimise pas l’agglomération de Longueuil. « Compte tenu du vieillissement de nos infrastructures, du déficit d’entretien historique, des défis que représentent les changements climatiques, les nouvelles normes environnementales et la crise du logement, il est évident que nos infrastructures doivent être mises à niveau afin d’être à la hauteur de ces réalités. C’est pourquoi des engagements ont été pris, comme indiqué dans la Stratégie de l’eau 2020-2030 – Stratégie de l’eau | Ville de Longueuil », indique au journal le Service des communications de la Ville de Longueuil. Rappelons que la Direction de la gestion des eaux évalue les prévisions de développement des villes liées relativement à la capacité des usines de traitement de l’agglomération de Longueuil et formule, au besoin, des recommandations à celles-ci.

De gros travaux

Parmi les projets du Programme triennal d’immobilisations (PTI) et du Programme décennal d’immobilisations (PDI), l’agglomération de Longueuil envisage la mise aux normes et l’agrandissement du Centre d’épuration Rive-Sud (CERS), où les eaux usées de Boucherville sont traitées, la reconstruction de l’usine d’eau potable Mario Pétrone, ou encore la mise à niveau de l’usine d’eau potable Le Royer.

L’agglomération ne cache pas qu’il y a déjà des conséquences négatives à la construction de logements par manque d’infrastructures en eau. « L’impact des nouveaux projets immobiliers majeurs sur la capacité des ouvrages est analysé dans chacun des cas. Au chapitre des ouvrages principaux d’agglomération, la construction de logements a donc pu être mise en chantier, mais il est évident que des investissements sont nécessaire pour répondre aux besoins futurs. Toutefois, certains secteurs ont des interdictions de développement localisé et des plans d’action sont en place. »

Les solutions

Pour le Groupe tactique sur les infrastructures en eau liées au logement de l’APCHQ, il existe des solutions simples à mettre en place aux trois paliers de gouvernement : implanter des compteurs d’eau, accroître les investissement dans le Plan québécois des infrastructures (PQI) ou encore bonifier les transferts au Québec. 

La densification des logements est une autre avenue pour minimiser les extensions des infrastructures en eau.

Quelles que soient les solutions, le maintien et la mise à niveau des infrastructures en eau constituent désormais une priorité pour les villes de l’agglomération.