Se raccrocher à l’école orientante l’Impact de Boucherville
Chrystal-Anne Talbot entame sa deuxième année comme directrice à l’école orientante l’Impact, la seule école à vocation exclusive Pré DEP du Centre de services scolaire des Patriotes (CSSP). Elle a accepté de nous recevoir dans son établissement.
Comme c’est le cas pour beaucoup d’écoles secondaires, en poussant les portes d’entrée de l’Impact, vous tomberez sur le secrétariat et le bureau de la directrice. À l’instar de beaucoup d’écoles, les tableaux affichant des photos de finissants ornent les murs des couloirs qui n’en finissent plus. Comme dans toutes les écoles, au moment de la fin d’un cours, une marée d’adolescents dévale les escaliers pour se retrouver dans la cour de récréation. Mais à Boucherville, au coeur d’un quartier résidentiel et patrimonial, à quelques pas des berges du Saint-Laurent se dresse l’Impact, une école secondaire pas comme les autres. « Nous sommes le seul établissement du genre au CSSP. Nous préparons nos élèves, qui sont principalement en 3e et 4e secondaire, et âgés de 15 à 18 ans, soit en vue de faire la transition principalement vers la formation professionnelle afin d’obtenir un diplôme d’études professionnelles », nous explique Chrystal-Ann Talbot, qui a accepté de présenter fièrement son établissement au journal.
Une école personnalisée
L’endroit accueille cette année 150 élèves. « Nous avons une capacité de 220 », nous indique la directrice, qui entame une deuxième année à la tête de l’école. L’établissement est dans une phase de revoir ses démarches d’intégration, car plusieurs obstacles viennent contrecarrer l’attraction d’une population à « haut risque de décrochage scolaire. C’est le terme officiel qui nous permet d’offrir un modèle de cours en dérogation de ce que demande le régime pédagogique. Ainsi, nous pouvons retrouver un plateau en ébénisterie, en cuisine, un cours d’exploration de la formation professionnelle. Le parcours scolaire traditionnel, cela ne fonctionne plus pour notre clientèle ».
Même si le divorce est presque consommé avec l’école classique pour les élèves de l’Impact, plusieurs réussiront à se diriger vers les cégeps alors qu’ils croyaient que ce n’était plus possible. L’encadrement d’un adulte pour quatre élèves n’est pas étranger à cette réussite. Mais comme l’objectif de la directrice est d’intéresser les élèves à tout ce qu’elle peut leur proposer, cette dernière, aidée par l’ensemble des professionnels de son établissement, ne manque pas d’initiatives.
Des enseignants investis
« La moitié de nos enseignants sont des enseignants d’adaptation scolaire qui sont officiellement formés pour travailler avec des élèves qui ont des défis particuliers. On a une autre moitié d’enseignants qui sont des enseignants des champs réguliers. On peut dire, cependant, que l’ensemble des enseignants qui sont ici ont un coeur d’enseignant d’adaptation scolaire », explique Mme Talbot. En se promenant dans l’école, force est de constater que la présence des adultes est flagrante. C’est ainsi que l’on a pu voir, en passant devant certaines salles, des élèves en tête-à-tête avec des professionnels qui doivent gérer un moment particulier. Dans un autre endroit aménagé pour la détente, une technicienne en éducation spécialisée (TES) discute, là encore, avec une élève. À l’heure du midi, le professeur chargé d’enseigner l’ébénisterie à ceux que le veulent revenait d’une séance de course avec quelques élèves. « Nous préparons le 10 km du Marathon de Longueuil. On s’entraîne à l’heure du midi avec les élèves qui le veulent », nous explique-t-il naturellement avant d’enfiler son tablier d’ébéniste et de rejoindre l’atelier.
Nous passons devant un local aux lumières tamisées, où une professionnelle attend, à son bureau, que des élèves viennent se détendre dans une salle transformée en café étudiant où il est possible de regarder la télévision, de faire des casse-tête, de s’asseoir dans des canapés confortables et de discuter. « Le rendez-vous du matin est devenu l’émission Salut Bonjour. J’assiste à des discussions très intéressantes. Les enseignants ont un lien avec les élèves au-delà de la matière. Ce sont des élèves qui n’aimeront pas forcément le français, mais ils apprécieront leur enseignant, leur intervenant, et voudront venir pour partager du temps avec cette personne », rappelle Mme Talbot. Pour préserver ce sentiment de proximité, les classes sont limitées à 20 élèves au maximum.
Éboriante
Pour la directrice de l’école, « notre objectif, c’est que les élèves apprennent à découvrir leurs forces, car ils ont souvent eu un parcours scolaire avec beaucoup d’échecs. Ils arrivent ici avec une estime de soi pas très haute de leurs compétences. Alors, de l’avant, un projet comme ça, cela leur permet d’être plus responsables ». C’est pour cette raison que le projet d’ébénisterie de la coopérative Éboriante est né. Éboriante, c’est une vraie coopérative que les élèves participants gèrent, à partir de la fabrication du produit en bois jusqu’à sa vente. « C’est la première année qu’elle est gérée par les élèves de quatrième secondaire. J’ai le rôle de président. Je fais attention à ce que tout le monde accomplisse sa tâche », nous explique fièrement William. Il va s’assurer que tous les achats faits à Éboriante, car tout le monde peut y passer une commande, sont livrés à temps. « J’ai eu quelques difficultés académiques.
L’école, ce n’est pas fait pour tout le monde, et comme je suis très manuel, j’ai trouvé que suivre cet atelier d’ébénisterie, c’était une belle alternative. On fabrique des produits en bois de toutes sortes et on s’occupe aussi de l’entretien du mobilier en bois de l’école. » L’argent gagné est réinvesti dans les besoins de l’atelier. Pour leur professeur, cet apprentissage est unique. « Il n’y a nulle part au Québec où l’on peut apprendre l’ébénisterie à 16 ans comme ici. »
Bien qu’il prenne du plaisir dans cette formation parascolaire, William a réussi, à travers cette expérience, à savoir ce qu’il veut faire. « Je souhaite m’inscrire en Techniques policières plus tard. J’ai vu que j’aime le travail manuel et le lien avec les gens. » Une projection vers son avenir qui démontre « l’impact » d’une formation comme celle offerte à Boucherville.
