Tendre la main

Parce que parler peut sauver des vies, la 36e Semaine de prévention du suicide, qui s’est déroulée du 1er au 7 février, invite la population à briser le silence entourant la détresse psychologique.

Initiée en 1991 par l’Association québécoise de prévention du suicide (AQPS), la Semaine de prévention du suicide est devenue un événement majeur de sensibilisation au Québec.

Pour cette 36e édition, le thème « Tendre la main, soutenir l’espoir » rappelle que la prévention passe avant tout par l’écoute, la bienveillance et la solidarité.

À Boucherville et sur la Rive-Sud, cette mobilisation prend tout son sens grâce à l’action quotidienne d’organismes communautaires dont la mission est de lutter contre l’isolement et de favoriser l’intégration sociale des personnes vivant ou ayant vécu un problème de santé mentale. Nous nous sommes entretenus avec l’un d’entre eux, le seul à couvrir actuellement la MRC de Marguerite-D’Youville et Boucherville.

Entretenir l’espoir

Créé il y a 27 ans pour offrir un espace d’entraide, d’écoute et de partage aux personnes vivant avec un problème de santé mentale, Arc-en-Ciel est un organisme communautaire qui place l’humain au centre de son approche et offre également un service de prévention des idées suicidaires.

« On offre de l’intervention individuelle ponctuelle et de l’intervention de groupe, nous explique sa directrice, Kathleen Couture. Chaque saison, une programmation comprenant des ateliers de groupe diversifiés est proposée aux personnes qui ont besoin d’aide. Cela peut être de l’art-thérapie, de l’autogestion de l’anxiété ou encore des ateliers de conscience de soi. »

Dans ses services, Arc-en-Ciel privilégie une approche relationnelle basée sur l’acceptation de la personne et le travail de groupe. Une philosophie essentielle dans un contexte où la détresse peut souvent s’installer dans le silence.

« Nous avons également un important milieu de vie. Les personnes qui vivent de l’isolement social peuvent venir pour socialiser, ajoute la directrice. Une fois par semaine, nous organisons des dîners communautaires ainsi que des ateliers d’éducation populaire afin de permettre aux personnes de bien s’informer sur différents thèmes et enjeux liés à la santé mentale. »

Manque à combler

L’organisme, qui offre ses services aux personnes de plus de 18 ans, déplore toutefois un manque d’effectifs et de services pour les plus jeunes sur la Rive-Sud.

« Les services spécialisés pour les mineurs relèvent d’une autre approche et nous sommes en sous-effectifs, nous explique Kathleen Couture. Pour le moment, il existe des équipes jeunesse dans le réseau de la santé et des services dans le secteur privé, mais dans le milieu communautaire, il y a un grand trou de service pour les adolescents et les enfants. »

Une campagne de financement intitulée « Accompagner autrement » pour les 18-30 ans est actuellement en cours sur le site d’Arc-en-Ciel.

Un enjeu bien présent

Malgré les efforts de prévention, le suicide demeure une réalité préoccupante au Québec. Selon les plus récentes données de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), au quotidien, trois personnes mettent fin à leurs jours dans la province, soit environ 1 100 suicides par année. Chaque année, plus de 3 500 hospitalisations sont liées à des tentatives de suicide, ce qui représente environ dix hospitalisations par jour.

Les statistiques révèlent également que le taux de suicide est trois fois plus élevé chez les hommes que chez les femmes.

Sur le terrain, Arc-en-Ciel observe les répercussions concrètes de ces chiffres à l’échelle locale. « Depuis avril 2025, nous recevons quatre nouvelles demandes d’aide par semaine, déclare la directrice. Cela représente environ 60 % d’augmentation par rapport à l’année précédente. Ce que nous constatons, c’est que les profils sont de plus en plus diversifiés et complexes. »

L’organisme, qui compte actuellement 120 membres, souligne également que les enjeux sociaux et les problèmes structurants jouent un rôle clé dans l’augmentation de la détresse psychologique.

« Nous remarquons que la précarité financière a un impact direct sur la santé mentale des gens, précise Mme Couture. Ce que nous pouvons offrir, c’est un accompagnement au quotidien, mais certains éléments échappent à notre contrôle. Nous faisons donc aussi de la représentation pour soutenir des actions collectives, notamment en matière de logement. »

Des ressources

Dans le cadre de la Semaine de prévention du suicide, plusieurs initiatives locales sont mises de l’avant.

La Ville de Boucherville rappelle notamment qu’une travailleuse de milieu de l’organisme Macadam Sud est présente à la bibliothèque les jeudis après-midi et les samedis matin afin d’offrir écoute, soutien et réorientation vers des ressources appropriées.

Cette année marque également le lancement de MesOutils.ca, une nouvelle application de prévention du suicide et d’autogestion de la santé mentale développée par l’AQPS et le Centre provincial d’expertise en technologie de l’information en santé mentale, dépendance et itinérance (CETI-SMDI).

L’outil vise à soutenir les personnes vivant avec des idées suicidaires grâce à des ressources d’autosoins accessibles en ligne.

Le site oseparlerdusuicide.com propose aussi de l’information, des témoignages et des outils pour reconnaître la détresse et y répondre, tant pour soi que pour un proche.

Une ligne d’aide et de prévention du suicide est accessible en tout temps au 1 866 APPELLE (1 866 277-3553). Des intervenants sont disponibles 24 heures sur 24, sept jours sur sept, pour offrir écoute et soutien.

En cette Semaine de prévention du suicide, et même au-delà, une chose demeure claire : oser parler, tendre la main et soutenir l’espoir peuvent réellement sauver des vies.