Toujours pas d’entente avec les ambulanciers paramédicaux

Un sondage mené auprès des ambulanciers paramédicaux de la Montérégie, membres d’un syndicat CSN, révèle qu’une forte majorité d’entre eux, qui n’ont plus de convention collective depuis trois ans, songent à quitter leur employeur actuel.

« Oui, on s’attendait un peu à ce résultat, mais on est surpris par le nombre. Depuis le conflit de travail et à travers ce sondage, les membres ont montré leur détresse », d’expliquer Mathieu Lacombe, vice-président VP de la Confédération des syndicats nationaux (CSN).

Dans un sondage interne, mené sur l’ensemble de la province, un grand nombre d’ambulanciers paramédicaux de la Montérégie et de partout au Québec, membres de la CSN, pensent changer de profession. « Nous avons tenu ce sondage à la grandeur de la province pour avoir la vision la plus réaliste de la situation. Il y a des endroits pire qu’en Montérégie, mais c’est quand même fort dans notre région, qui est quasiment identique, en nombre de paramédics, à Montréal », de préciser M. Lacombe. 

Trois ans sans convention

Il faut rappeler que la dernière augmentation de salaire des paramédicaux remonte au 1er avril 2022. Ils sont sans convention collective depuis le 1er avril 2023. En grève depuis le 6 juillet, avec maintien des services essentiels, les ambulanciers paramédicaux de la CSN ont pris part à une cinquantaine de rencontres de négociation sans résultat.  

La CSN, qui représente près de 750 paramédicaux en Montérégie, a demandé à ses membres où ils se voyaient dans un horizon de cinq ans. Parmi les 386 répondants de la région, 92 estiment qu’ils seront toujours à leur poste. Pas moins de 75 d’entre eux envisagent un retour aux études, et 102, un changement de carrière. Une vingtaine de répondants comptent prendre leur retraite d’ici les cinq prochaines années. « C’est un signal d’alarme qu’il faut prendre au sérieux, prévient le président du Syndicat des paramédics et du préhospitalier de la Montérégie (CSN), Gaétan Dutil. Actuellement, ce que l’on observe dans le secteur, c’est que beaucoup de paramédics font le choix d’aller ailleurs après seulement quelques années de carrière. On peut comprendre ce choix. Les paramédics ont tous une formation collégiale, au minimum. Ils vivent un niveau élevé de stress lié à l’emploi, des surcharges de travail, des risques physiques et psychologiques… Quand ils comparent leur salaire et leurs conditions de travail à ce qui est offert ailleurs, le secteur préhospitalier n’est vraiment pas concurrentiel… »

Du jamais-vu

M. Lacombe, ambulancier paramédical depuis 15 ans, n’a jamais vu une aussi longue absence de convention collective dans ce milieu. « Chaque année, nous devons renégocier la convention collective. On sait que ça va être difficile et on se dit toujours que ce sera mieux la prochaine fois, mais c’est encore pire. » 

Au cœur des enjeux qui sont en négociation : l’établissement d’un juste salaire pour les paramédicaux, la surcharge de travail et l’accès à certaines mesures octroyées par le gouvernement à d’autres groupes de la santé et des services, comme la bonification de certaines primes et la rémunération des heures supplémentaires.

Pour M. Lacombe, « depuis la pandémie, la situation se dégrade. Il y a 15 ans, être paramédic, c’était souvent un deuxième emploi. Depuis 2009 et la mise en place du diplôme, il y a beaucoup plus de jeunes pour qui c’est le premier métier. La tolérance aux conditions de travail est moins grande et c’est plus facile pour eux de se réorienter. Je ne leur jette pas la pierre, ils ont tout à fait le droit, mais c’est une réalité ».

Plus de stages

Contacté par le journal, le Service des communications des Ambulances Demers, entreprise qui couvre le territoire de Boucherville, ne nous avait pas répondu au moment de la publication. Du côté de la CETAM, qui a une réalité assez similaire à celle des Ambulances Demers sur la Rive-Sud, secteur de Montréal, la période actuelle est chargée. « À ce stade, la grève n’a pas d’impact direct sur la disponibilité de notre main-d’œuvre, car les paramédics affectés aux services essentiels demeurent en poste. La suspension des stages risque d’avoir un effet significatif dans les prochains mois. Leur interruption pourrait retarder l’entrée en fonction de toute une cohorte de nouveaux paramédics », nous explique Renaud Pilon, porte-parole de la CETAM.

Depuis le mois de juillet, le syndicat a mis en place, comme moyen de pression, de ne plus prendre les stagiaires qui ont besoin de cette formation pour obtenir un diplôme.

« Cela semble porter ses fruits, car le gouvernement souhaite interdire ce moyen de pression devant les tribunaux », d’expliquer M. Lacombe.  

Même si la CETAM se dit optimiste quant à la suite des discussions entre le gouvernement et le syndicat, « à terme, cela pourrait limiter la capacité des paramédics à prendre des congés, accroître la pression sur les équipes et réduire la flexibilité nécessaire pour absorber les imprévus, ce qui aurait un effet réel sur les conditions de travail et, ultimement, sur la continuité des services à la population », conclut-elle.