Un flot de moteurs dans le lit du fleuve asséché
Le niveau très bas du Saint-Laurent fait vivre des scènes surréalistes aux riverains et aux habitués des berges à Boucherville. Le fleuve s’est transformé en piste routière.
Ce n’est plus l’eau qui s’écoule dans le lit du Saint-Laurent du côté de Boucherville, mais plutôt un courant de véhicules à deux, trois ou quatre roues, qui profitent du niveau excessivement bas du fleuve.
« Nous allons voir les installations d’un tremplin pour le tournage d’un film à Varennes », nous indique un couple, alors que le journal se rendait aux abords du parc de la Frayère et du parc des Voiles pour constater qu’il empruntait un chemin de terre battue par les nombreux passages de véhicules dans le lit du fleuve.
Dès notre arrivée, piétons, motocross et voitures de tous genres empruntaient le sentier pour immortaliser le moment. « Cela fait 70 ans que je vis à Boucherville. Je n’ai jamais vu le fleuve se retirer autant », nous indique un riverain qui, lui, avait pris son vélo électrique pour parcourir les lieux.
Une destination
L’endroit semble être devenu un lieu de villégiature. Lors d’une fin de semaine où nous étions présents, certains installaient leurs chaises de camping proche du campement qu’ils avaient établi, des parents regardaient les exploits de leur enfant lever des nuages de poussière en moto, un adulte, toujours en moto, utilisait les roches, qui étaient jusqu’à pas si longtemps submergées, comme un tremplin pour faire des sauts, une famille faisait plonger son chien pour récupérer le bâton lancé dans ce qu’il reste du Saint-Laurent, tout cela sous les regards incrédules des bernaches ou d’un grand héron, qui préférait regarder le spectacle peu habituel de loin.
Les canettes de bières, les troncs de bois calcinés ou encore les foyers, bien délimités par un cercle de pierres, laissaient penser que quand la nuit tombe, l’activité sur ce nouvel espace, qui appartenait il y a encore quelques mois aux poissons, continue d’inonder la place. « J’habite à côté d’ici et les jeunes viennent faire des dérapages le soir ou encore lancer des feux d’artifice. Il faut bien que la jeunesse se fasse. Et tout le bruit qu’ils peuvent faire ici, il n’est pas fait sur la rue Marie-Victorin. »
Qui a le contrôle?
Contactée par le journal, la Ville admet qu’il n’est pas facile de savoir quoi faire de cette situation. Pour elle, « il n’existe pas de règlements municipaux interdisant spécifiquement cette activité. Étant donné que les activités pouvant être réalisées sur ce site relèvent de plusieurs juridictions (municipale, provinciale et fédérale), les interventions peuvent parfois être complexes », nous explique-t-on. La Ville a cependant décidé d’agir au parc des Voiles, qui donne une voie d’accès direct au lit du fleuve en voiture. « Des blocs de béton seront ajoutés à l’entrée du parc des Voiles afin de limiter l’accès aux véhicules, qui se fait principalement par cet endroit », précise la Ville.
Cette dernière demeure en communication avec le Service de police de l’agglomération de Longueuil afin d’identifier des pistes d’intervention quant à tout comportement problématique observé au parc de la Frayère et dans ses environs. « Des agents de protection de la faune ont aussi effectué des interventions ces derniers jours », indique la Municipalité. Au moment de la publication de l’article, le Service de police de l’agglomération de Longueuil (SPAL) ne nous avait pas indiqué la nature des discussions avec la Ville, ni décrit son pouvoir d’agir face à la situation.
Les 18 et 19 octobre, la Commission mixte internationale a autorisé l’ouverture des vannes du lac Ontario pour 36 heures. La publication de cet article ayant eu lieu avant ce découlement d’eau qui devrait verser, toutes les deux secondes, l’équivalent du volume d’eau contenu dans une piscine olympique, il n’a pas été possible de voir si cette opération avait submergé l’endroit. Mais le phénomène exceptionnel devrait faire monter le niveau du fleuve Saint-Laurent de façon significative.
Autrefois une plage
Selon quelques passants rencontrés, l’endroit et les environs étaient réputés, au début du XXe siècle, comme un site où il était possible de se baigner au milieu des embarcations que l’on y mettait à l’eau. En face, sur l’Île Grosbois, sur les berges du parc King-Edward, créé en 1909, il était possible de se promener et d’y profiter d’une plage où l’on pouvait se baigner, peut-on lire sur le site de la Société d’histoire des Îles-Percées de Boucherville. La pollution aura eu raison de cette activité.
