Un maire heureux
Jean Martel a été élu, par acclamation pour un cinquième mandat, premier magistrat de la Ville de Boucherville. Cet événement arrive en même temps que Le Journal de Boucherville. Nous avons demandé au maire comment il voyait l’arrivée de cette nouvelle source d’information pour ses citoyens.
Comment voyez-vous l’arrivée d’un nouveau journal à Boucherville?
Quelle belle nouvelle! On ne pouvait pas rêver à mieux. Merci de vous implanter ainsi à Boucherville. Si vous saviez combien il est important de vous avoir! Malheureusement, depuis une dizaine d’années, on parle de la crise dans les médias. Cela n’a pas été facile avec la disparition du Publisac comme moyen de distribution. Non pas que l’on était pour le Publisac, mais pour beaucoup d’hebdos, c’était le modèle de distribution dans leur plan d’affaires. Ici, à Boucherville, lorsque j’avais été élu en 2009, il y avait La Seigneurie, qui était un hebdo. Il y avait le journal La Relève aussi. Il y avait une couverture journalistique de tous les événements. Puis, La Seigneurie a disparu, La Relève a commencé à faire une cure minceur. Nous sommes rendus à un numéro de douze pages, alors que cela a été une quarantaine de pages. Aujourd’hui, avec La Relève, les éditions sont fusionnées. On parle d’une dizaine de villes, ce n’est plus distribué dans chaque foyer, mais dans des présentoirs. C’est un gros manque, quant à moi, sur le plan de la couverture de l’actualité locale à Boucherville. Un manque aussi quant à la distribution. On se demandait comment on allait faire pour informer notre population. Je pense à nos organismes accrédités en disant cela. À Boucherville, on a environ 130 organismes soccer, football, aviron, judo, école de voile, bridge, scouts, Maison Source Bleue, la chorale Tournesol, atelier de théâtre Néron, etc. Il y en a pour tout le monde. Ils contribuent à notre qualité de vie, qui contribue à son tour à l’implication des citoyens dans la communauté. Tout cela permet à Boucherville d’avoir une âme. Et si l’on peut avoir tout cela, je suis sûr que c’est grâce, entre autres, à nos hebdos. Les gens lisaient ce qui se passait. Ça leur donnait le goût de s’impliquer, de participer à notre belle qualité de vie. Avec les hebdos qui disparaissent, on avait un sérieux problème. Alors de voir un hebdo qui arrive à Boucherville, qui sera uniquement à Boucherville, avec des journalistes qui vont couvrir ce qui se passe à Boucherville, cela sera merveilleux. C’est l’espoir que j’entretiens, qui n’est pas farfelu, je crois, avec l’arrivée du Journal de Boucherville. En plus, c’est un bon nom. Ça veut dire ce que ça veut dire…
Pour vous, est-ce qu’un journal fait partie du patrimoine d’une ville?
Tout à fait, c’est central. Ici, les gens sont attachés à leur municipalité et je vous dis qu’à Boucherville, le sentiment d’appartenance est très fort. On l’a vu pendant les fusions forcées. Le sentiment d’appartenance a été complètement écarté. C’était presque du mépris. Les gens de Boucherville sont très attachés à l’information locale et à leur hebdo. Tous les commentaires que j’ai entendus sur le fait que La Seigneurie n’existait plus, que le journal La Relève n’était plus distribué, qu’il y avait moins de pages, les gens voyaient leur patrimoine disparaître là-dedans. On ne peut pas être plus dans le patrimoine que lorsqu’on parle de l’âme de la ville.
Quel est, pour vous, le rôle d’un hebdo?
Son rôle va varier en fonction de la municipalité dont on parle. Prenons l’exemple de Rimouski. C’est une population de 43 000 personnes comme Boucherville, mais elle a Radio-Canada local, elle a la télé locale. Pour Boucherville, les hebdos viennent occuper la place que les médias nationaux n’occupent pas. Les médias nationaux viendront surtout lorsque ça va mal, mais pour les nouvelles qui n’ont pas de répercussions d’envergure nationale, par exemple « Le Centre d’action bénévole célèbre son 40e anniversaire », c’est trop local. Pourtant, c’est très important pour la communauté de savoir ça, mais ce n’est peut-être pas pertinent qu’à Laval ou à Montréal ils le sachent. C’est important pour créer un tissu social fort.
Que découvrira Le Journal de Boucherville en arrivant?
Je crois que la grande découverte qui sera faite, c’est de constater l’implication des citoyens dans la communauté. Certaines fins de semaine, il y a tellement d’activités que l’on dirait une ville de 200 000 personnes. Ça bouge autant que Longueuil, parfois. Cela me fascine de voir à quel point les gens s’impliquent, de tous les âges, de toutes les classes sociales. Les gens s’impliquent bénévolement. Le Journal de Boucherville découvrira une population dynamique, généreuse, qui ne compte pas ses heures pour son implication bénévole. Boucherville se distingue sur ce plan-là. C’est cette qualité de vie qui attire les gens.
Ce qui ressort souvent, c’est le bonheur d’habiter à Boucherville. Et quand je parle de bonheur, ce n’est pas du snobisme. Tout le monde est heureux d’habiter à Boucherville, peu importe l’âge, le statut économique, la richesse. C’est un sentiment partagé. Les gens ne veulent pas quitter Boucherville. Moi, je suis né ici. Il y en a pour tous les goûts. Il y a le village avec le volet patrimonial, fluvial, on a le boisé avec les grands espaces, autour du centre multifonctionnel, c’est plus dense, mais les gens apprécient les services de proximité. Il y a des bungalows ou des maisons unifamiliales pour toutes les bourses. On part du jumelé au garage triple. Et tous ces gens là vivent ensemble.
Quels sont les défis d’une ville comme Boucherville?
C’est de garder sa qualité de vie. C’est relié à la croissance de la municipalité. À Boucherville, on est 43 000 personnes. J’ai toujours prôné un développement urbain pas très rapide. Je vois beaucoup de villes qui veulent une densification rapide. Ce n’est pas ce que l’on veut ici. On veut conserver nos espaces verts, les terres agricoles, accueillir des gens sans changer le visage de la ville. Une façon dont on a réussi, c’est de nous montrer beaucoup plus flexibles sur les logements accessoires. Sur certaines rues, les gens ont acheté dans les années 60 et aujourd’hui, ils sont seuls chez eux. S’ils peuvent louer le sous-sol ou un étage, cela permet d’accueillir plus de gens sans empiéter dans nos champs. Donc, il y a une façon de faire du développement pour préserver nos espaces verts, nos terres agricoles. Il faut penser au développement en fonction des intérêts de la population, pas des promoteurs. Je vois Boucherville comme une ville de verdure autour d’un océan de densification. Les villes autour se densifient et nous, on garde nos espaces verts à des fins de parc, de conservation. On garde nos terres agricoles. On ne dirait pas, mais Boucherville, c’est 48 % de terres agricoles. Ça lui donne son petit côté bucolique. Depuis que je suis en poste, on a acquis autour de 250 hectares de terrain pour conservation. C’est légèrement supérieur au parc du Mont-Royal et on continue d’aller de l’avant. La COP 15 favorise 30 % du territoire à des fins de conservation. Nous, on espère le dépasser. Ce sera notre contribution.
