Une fleuriste tient bon au cœur d’un chantier

Depuis plusieurs mois, la boutique Des Fleurs et Des Choses traverse l’une des périodes les plus éprouvantes de son histoire. 

Depuis plus d’un an, le magasin de fleurs, bien connu des habitués du secteur de Mortagne, apprend à composer avec un vacarme quotidien, des accès restreints et un espace progressivement démantelé. 

C’est au milieu de ce qui était autrefois un commerce accueillant, aujourd’hui transformé en décor postapocalyptique, que nous rencontrons Marie-Philippe Potvin pour évoquer sa situation. Faute de pouvoir continuer à exploiter son commerce sur place, elle a dû se relocaliser dans un espace provisoire adjacent à l’IGA.

Malgré les poutrelles, la poussière et les marteaux-piqueurs, la propriétaire et son équipe ont choisi de continuer à servir leur clientèle, quoi qu’il en coûte. Leur quotidien, fait de doutes et d’espoirs, de contraintes et de débrouillardises, prend parfois des allures de véritable parcours du combattant.

« On va survivre, on va se relever. » – Marie-Philippe Potvin

Un parcours du combattant

Il y a cinq ans, les commerçants du boulevard de Mortagne apprenaient l’existence d’un projet de construction au 141, boulevard de Mortagne. En prévision des travaux, plusieurs baux n’ont pas été renouvelés et les commerçants ont été invités à quitter les lieux. « Ils n’ont pas eu le choix de partir », se souvient avec émotion Mme Potvin.

Certains magasins, dont Des Fleurs et Des Choses, ont toutefois été épargnés, du moins en apparence. Si les travaux ont tardé à débuter, le départ des commerces voisins a rapidement eu une incidence sur la fréquentation. « J’ai vécu avec des commerces vides à côté de moi pendant cinq ans », souligne la propriétaire.

Finalement, il y a un peu plus d’un an, la fleuriste apprend qu’un IGA s’installera juste à côté de son magasin. Les travaux démarrent en août 2024, marquant le début d’une période particulièrement difficile. « C’était un véritable enfer. L’achalandage, il n’y en avait déjà plus, mais là, ça a juste renchéri. On vivait dans une cage, il y avait des clôtures partout. »

Les machines de construction, la poussière et le bruit constant des travaux rythment, depuis des mois, l’amère mélodie du quotidien pour la jeune fleuriste. « Le vacarme, c’est insoutenable. Nous, on vend des fleurs, on est dans la quiétude. Pour moi, c’est un non-sens total. »

Une relocalisation contrainte

Alors que l’épicerie IGA a ouvert ses portes le 21 août dernier, la fleuriste est entrée dans la phase la plus éprouvante de son parcours : les travaux se poursuivent maintenant dans sa propre boutique.

« Le IGA est plus haut que moi et sa neige va me tomber dessus. Donc, ils doivent structurer et mettre des poutres. C’est ce qu’ils font présentement. Depuis le début, c’est ce qui m’a fait le plus souffrir, car là, ils sont dans mon local, ils ne sont plus juste autour. »

À l’approche des Fêtes, Marie-Philippe Potvin a ainsi dû déménager tout son matériel dans un petit local provisoire.

Entre les boîtes empilées, les allées étroites et les outils qui se mêlent aux bouquets, chaque journée s’improvise dans cet espace qu’elle surnomme, avec humour « Escape Room, édition fleuriste. Trouver une paire de ciseaux ou un ruban, c’est rendu complexe. »

Mais au-delà des contraintes matérielles, c’est la résilience qui domine. « Demain, par exemple, il va y avoir de la soudure. C’est un non-sens total de faire subir à mes clients l’odeur, le bruit. C’est pas respectueux de notre environnement de travail. C’est dur, mais je suis prise devant le fait accompli. »

Une grande partie du stock est désormais entreposée dans des conteneurs. Avec le froid, les fleurs souffrent, elles aussi, de ces conditions. « Oui, ça ne nous tente pas de venir travailler. C’est pas agréable d’être dans la poussière, c’est pas notre job. » Mais la passion l’emporte dans l’esprit de la fleuriste. « Il y a pire dans le monde. C’est la passion qui m’alimente le plus, donc, c’est sûr que je vais continuer. »

Un espoir qui refleurit

Alors que le chantier touche à sa fin dans un mois, Marie-Philippe Potvin garde les yeux tournés vers l’avenir. Entre espoir de stabilité retrouvée, crainte d’autres retards et envie de renaître dans un espace rénové, elle se prépare déjà à refleurir son commerce lorsque tout sera enfin terminé.

Malgré l’incompréhension, la tristesse et la fatigue, ce qui marque le plus lorsqu’on lui parle, c’est sa force et son sourire. « Je ne peux pas me regarder le nombril. Il y a toujours mieux, mais il y a pire. Il ne faut pas alimenter cette réalité-là, je me lève et je continue. On va survivre, on va se relever et le meilleur est à venir, exprime Marie-Philippe Potvin, qui salue, à ce titre, le soutien de la communauté. Les gens de Boucherville sont très présents, très soucieux. Ça fait cinq ans que je subis tout ça et j’ai toujours pu ouvrir ma porte à quelqu’un. »

D’ici un mois, elle devrait retrouver son ancien local, désormais surmonté de poutres neuves et d’un plafond remis à neuf. Elle espère que cette étape sera la dernière d’un véritable parcours du combattant, opposant depuis cinq ans une fleuriste… à un chantier.