Dany Hétu, directeur général de Moisson Rive-Sud, présente le Bilan-Faim 2025 élaboré par l’organisme. Le nombre de personnes soutenues par une aide alimentaire chaque mois passe à 107 628 dans le réseau de Moisson Rive-Sud au sein de l’agglomération de Longueuil, une augmentation de 19 % en un an. Le journal s’est entretenu avec M. Hétu.
Quelle est la situation, aujourd’hui, des besoins alimentaires de la population en Montérégie?
J’ai envie de dire que c’est constant. Cela fait neuf ans que je suis chez Moisson Rive-Sud et la sonnette d’alarme est tirée depuis neuf ans. Le nombre de personnes qui se présentent dans les comptoirs alimentaires des organismes de notre réseau augmente année après année. J’ai l’impression aussi que l’on a commencé à ressentir les effets de la crise tarifaire avec nos voisins du Sud. Le gros de la crise n’est pas encore pleinement ressenti et j’ai l’impression que ça arrive avec les coupures de postes qui surviennent dans certaines entreprises. La fragilisation de la population est vraiment multifactorielle. Il n’y a pas qu’un élément qui explique ça. Ce que je constate depuis plusieurs années, c’est l’augmentation constante. On se dit tout le temps que cela va se stabiliser à un moment donné, mais on ne le voit pas. Il y a toujours une augmentation. C’est ça qui est très préoccupant. Cette année, en Montérégie, on voit une augmentation beaucoup plus importante.
Une ville comme Boucherville, qui fait rarement parler d’elle pour des raisons de besoins alimentaires, est-elle touchée?
Oui. On pense souvent à tort, parce que l’on est de Boucherville, que tout va bien. Ce n’est pas le cas. De la fragilisation, il y en a partout. Bien sûr, il y a une concentration de la vulnérabilisation dans des villes comme Longueuil. Il y a une concentration de la fragilisation dans les régions rurales éloignées. Dans ces petites municipalités, vous pouvez croire que les services sont loin. Donc, l’impact des communautés vulnérables dans les régions vulnérables est exacerbé par l’éloignement des ressources.
La hausse des besoins cette année est-elle plus grande que les augmentations des dernières années?
Oui. Généralement, on est entre 5 et 10 % d’augmentation. Depuis l’année passée, c’est important.
Pouvez-vous répondre aujourd’hui à la hausse de ces besoins?
On n’a jamais assez de denrées. Les banques alimentaires sont là pour faire du dépannage alimentaire. Mais ce que j’entends, c’est que l’on va au-delà du dépannage. On est plus proche d’une épicerie que d’un dépannage. La quantité de produits est beaucoup plus importante chez les groupes communautaires que l’on dessert. Ce qui me préoccupe, c’est que lorsque j’ai commencé, les aînés étaient à 7 ou 8 % de demandeurs. Maintenant, on est à 12 %. C’est aussi un signe des temps. Les baby-boomers commencent à être des retraités et tout le monde n’a pas le même coussin financier quand il arrive à la fin de sa vie. C’est préoccupant. Aussi, nous avons de plus en plus de travailleurs qui viennent à nos comptoirs alimentaires. Ils ont beau travailler, mais le coût de la vie est tel que les gens ont beaucoup de difficultés à arriver.
Le gouvernement en fait-il assez?
Poser la question, c’est y répondre. Le gouvernement doit prendre un rôle de leadership. Mais je ne pense pas que l’on doive s’attendre que le gouvernement règle tout. Moi, j’aime dire qu’il faut un village pour élever un enfant. Je pense que toutes les parties prenantes du village doivent faire partie de la solution. Mais, bien sûr que chacun des trois paliers de gouvernement au Canada doit assumer son rôle. Parlons du logement et des sans-abris et des itinérants, on est dans le municipal, le provincial et le fédéral, mais il faut que les trois paliers se parlent et que le milieu communautaire soit engagé dans ces discussions. Cela prend une réflexion de toute la société.
Que peuvent faire les gens pour venir en aide aux plus démunis?
Continuer leur implication, leur engagement social. Quand on va sur les sites Internet des organismes communautaires, il y a plein de façons de nous aider. Cela peut être des sous, des services, des produits, du bénévolat. Cela peut être aussi de faire des représentations auprès des élus municipaux, provinciaux, fédéraux. Il n’y a pas de limites à l’imagination pour que la société en général puisse participer à la solution. Il y a des artistes, par exemple, qui mettent en place des solutions d’hébergement. Si l’on est plusieurs autour d’une table, on va trouver une solution pour aider les gens vulnérables à vivre mieux et à s’en sortir.