Une journée de solidarité citoyenne pour les personnes en situation d’itinérance
Chaque automne, l’initiative citoyenne de Carolie Chartré rassemble des dizaines de bénévoles et des centaines de dons destinés aux personnes en situation d’itinérance à Montréal et sur la Rive-Sud. Cette année encore, Boucherville répond présent.
Depuis onze ans, Carolie Chartré, une citoyenne de Varennes, mène chaque automne une initiative qui change des vies avec sa Journée de bonheur, une grande collecte citoyenne destinée aux personnes en situation d’itinérance à Montréal et sur la Rive-Sud.
Cette année encore, l’appel lancé par cette chauffeuse d’autobus de profession et qui ne répond d’aucun organisme s’étend jusqu’à Boucherville, où la mobilisation est particulièrement forte.
Un mouvement collectif
L’idée est née humblement. Pendant longtemps, Carolie apportait seule des vêtements, boissons chaudes ou repas aux personnes vivant dans la rue. Puis, un jour, elle décide de partager son envie d’aller plus loin avec ses collègues, en publiant un simple message sur Facebook.
« Individuellement, c’est dur de faire une grosse différence. Alors, un jour, j’ai lancé un post à mon emploi en disant que ce serait l’fun de faire quelque chose de collectif. Et ça s’est mis à fonctionner, tout le monde a voulu embarquer », se souvient-elle.
La première édition voit alors le jour en 2014, sans plan précis, mais guidée par une philosophie simple : transmettre chaleur, écoute et humanité.
« Quand j’ai vu le bonheur dans les yeux des personnes sans-abris, mais également des bénévoles, je me suis dit qu’il fallait que je fasse ça chaque année. »
Un maillon essentiel
Cette année, l’appel lancé sur les groupes Facebook bouchervillois reçoit un accueil particulièrement chaleureux.
« À Boucherville, j’ai beaucoup de personnes qui m’écrivent pour me donner des vêtements, des cartes Tim, tout ce que l’on recherche comme dons », raconte-t-elle.
La mobilisation va même plus loin. Souhaitant aussi sensibiliser les plus jeunes à la réalité de l’itinérance, Carolie Chartré sollicite des écoles de la région pour qu’elles fabriquent des cartes de vœux destinées aux personnes rencontrées le jour de la distribution. Depuis deux ans, c’est l’école Les Jeunes Découvreurs qui répond à cet appel de solidarité.
« Je trouve ça important que l’on donne, mais encore plus important de sensibiliser le monde à ces personnes-là. L’école Les Jeunes Découvreurs de Boucherville participe depuis deux ans. Les élèves de 6e année m’écrivent des cartes », souligne la bénévole, pour qui il est primordial de créer du lien et pas seulement d’offrir des dons. « Les cartes de vœux, c’est leur plus beau cadeau. Chaque fois que l’on en donne, il y en a qui se mettent à pleurer en disant que c’est la plus belle chose qu’ils reçoivent. »
Logistique titanesque
Si la distribution se déroule le 29 novembre, les préparatifs commencent, eux, au moins deux mois plus tôt. « C’est ce qui me prend le plus de temps, mais j’aime tellement faire ça que je ne calcule pas », explique la citoyenne.
Les dons affluent de toute la Rive-Sud et une équipe de six ou sept bénévoles est chargée de les récupérer sur le terrain. Deux semaines avant l’événement, d’autres bénévoles se rassemblent pour trier vêtements, nourriture, cartes-cadeaux et petits objets essentiels. Le tri se fait souvent chez Carolie elle-même, qui accumule les stock dans son sous-sol.
Le jour J, entre 50 et 75 bénévoles se rejoignent à Montréal, avec une plus petite distribution à Longueuil. « Je demande à mes bénévoles de parler avec les gens. Je veux qu’ils commencent à s’intéresser à leurs vies et qu’ils leur posent des questions. »
Cette année, la générosité est au rendez-vous. En deux semaines, ce sont déjà près de 1 700 $ en cartes Tim Hortons et McDonald’s qui ont été récoltés. « Les cartes Tim ou McDo, ça permet aux personnes sans-abris d’aller se mettre au chaud les journées froides », explique Mme Chartré.
Une initiative citoyenne
Malgré sa croissance, Carolie refuse de fonder un organisme. « Moi, ce que j’aime, c’est le contact humain. Je n’ai rien contre les organismes, mais des fois, j’ai l’impression que le 100 % des dons ne se rend pas. Moi, je veux que chaque don aille aux personnes et que l’on s’intéresse à elles, qu’on leur parle. »
Cette liberté permet aussi à la distribution de rester ce qu’elle est, un geste de solidarité pure, directe, sincère.
L’avenir, Carolie le voit simple, continuer et, si possible, inspirer d’autres initiatives.
« Chaque année, je fais ça en me demandant si ça va marcher et finalement, ça fonctionne toujours. J’aimerais être capable de créer des journées de bonheur un peu partout. » Si l’événement prend aujourd’hui autant d’ampleur, c’est aussi parce que les citoyens commencent à la reconnaître, à la soutenir et à se passionner pour la cause.
Carolie Chartré n’a, à ce titre, qu’une chose à dire aux Bouchervillois : « Ils sont exceptionnels. Ils sont généreux avec moi. Sur les groupes Facebook, il y a beaucoup de partage. Je souhaite que toutes les populations de la Rive-Sud aient cette sensibilité. »
Pour la 11e édition du 29 novembre, Carolie Chartré recherche encore des bénévoles pour la distribution, des vêtements chauds, des cartes-cadeaux, de la nourriture et articles essentiels. Les personnes souhaitant contribuer peuvent la joindre par courriel, (caroliec@hotmail.com) ou sur les réseaux sociaux.
