Campagne de replantation dans les Îles-de-Boucherville après l'agrile du frêne

Une nouvelle campagne de replantation dans les Îles-de-Boucherville après l’agrile du frêne

Après avoir perdu des milliers de frênes à cause de l’agrile, le parc national des Îles-de-Boucherville entre dans une phase d’espoir : celle de la replantation. La Sépaq a lancé, cet automne, une vaste campagne pour redonner vie à la forêt décimée en replantant des arbres.

Depuis 2015, l’agrile du frêne, ce petit coléoptère venu d’Asie, s’est propagé à une vitesse fulgurante dans la région métropolitaine. En s’attaquant au système vasculaire des frênes, les larves de l’agrile, pondues sous l’écorce, provoquent inévitablement la mort de l’arbre en quelques années.

À Boucherville, l’espèce représentait une part importante du couvert forestier, notamment dans les milieux humides des îles.

« Quand les îles sont devenues un parc, en 1984, les gens qui étaient là ont planté beaucoup d’arbres pour restaurer le milieu, et le frêne était une essence très populaire à l’époque », précise Nathalie Rivard, responsable du Service de la conservation et de l’éducation à la Sépaq.

En août 2024, la Sépaq, le cœur lourd, a ainsi lancé une opération majeure : près de 4 000 frênes morts ou en voie de dépérir ont été abattus dans les îles. L’objectif était de réduire les risques liés à la chute d’arbres tout en préparant le terrain pour un plan de reboisement à long terme.

« On a fait ça pour une raison de sécurité, c’étaient des arbres qui se trouvaient en bordure de chemin. »

Néanmoins, une partie du bois mort a été laissée sur place pour enrichir le sol et offrir des habitats à la faune. Une approche favorisant la régénération naturelle.

Une forêt plus résiliente

Aujourd’hui, le parc est entré dans une nouvelle phase : celle de la replantation. Plus de 1 500 arbres d’une douzaine d’espèces différentes ont été plantés cet automne dans le secteur de l’île Sainte-Marguerite. « On a vraiment planté une multitude d’espèces, mais pas n’importe lesquelles et pas n’importe où », souligne Nathalie Rivard.

La sélection s’est portée sur des essences locales et résilientes telles l’érable rouge, le chêne bicolore et le peuplier, afin de diversifier la forêt et de prévenir de futures épidémies. Cette campagne vise aussi à renforcer la résistance du milieu face aux changements climatiques et aux espèces envahissantes. « Selon les milieux, on est allés chercher les espèces qui ont la meilleure chance de survie et qui sont également bien adaptées aux changements climatiques. »

Un autre facteur a été pris en compte dans la reforestation des îles : le cerf de Virginie, qui se nourrit des jeunes pousses. « On ne peut pas juste planter et dire bonne chance aux arbres. Le cerf de Virginie fait en sorte que l’on doit protéger tout arbre que l’on plante. »

En se promenant dans les îles, on remarque que chaque jeune pousse est protégée par une petite clôture. « On appelle ça des protections climatiques. On a fait le choix de la protection individuelle, donc, c’est beaucoup plus long. »

C’est donc une campagne réfléchie sur le long terme qui se met en place aux Îles-de-Boucherville. À mesure que les jeunes pousses s’enracinent, les paysages amorcent une lente transformation. Derrière les clairières laissées par l’agrile, une nouvelle génération d’arbres prend racine, symbole d’un écosystème qui, malgré les ravages, retrouve peu à peu son équilibre.

Du côté de la Ville

Si l’agrile du frêne a durement frappé les îles, les arbres de la ville de Boucherville n’ont pas été épargnés au cours des dix dernières années. « La forêt urbaine du sud du Québec était constituée en majeure partie de frênes. En milieu urbain, c’était un arbre qui se plaisait bien, et donc, on a eu beaucoup de pertes », explique Daniel Drouin, directeur de l’environnement et de la transition écologique à la Ville de Boucherville.

Pour contrer cette forte mortalité, la Ville mène une politique de l’arbre ambitieuse, avec notamment des campagnes de verdissement et des programmes d’aide financière permettant aux propriétaires de traiter leurs frênes avec un biopesticide (TreeAzin) ou de bénéficier d’un tarif préférentiel pour les remplacer.

« Depuis 2013-2014, on a mis en place des stratégies de ralentissement et de remplacement pour freiner la perte de ces frênes-là. On vise à les remplacer au fur et à mesure par de nouvelles essences », souligne André Drouin, qui voit dans le problème une « opportunité pour rendre notre forêt urbaine plus résiliente ».

Un constat que partage Nathalie Rivard : « Tous les services du parc ont contribué à cet effort-là. Ça a été un projet mobilisateur dont on est tous fiers. »