Une rencontre d’information concernant le retrait de la ligne 87

Face à la colère persistante des citoyens après la suppression de la ligne 87, la Ville de Boucherville a tenu une rencontre avec le RTL.

C’est le 15 avril que s’est tenue une rencontre qui, comme on pouvait s’y attendre, a été mouvementée. Une trentaine de citoyens étaient présents. Face à eux, plusieurs représentants du RTL, tandis que le maire et ses conseillers municipaux étaient installés en retrait pour prendre des notes.

Comme nous l’évoquions dans un précédent article, la suppression de la ligne 87, le 6 avril dernier, qui reliait Boucherville-Est au centre-ville de Montréal, a suscité la grogne de nombreux usagers. Plusieurs y voient un manque de considération de la part du Réseau de transport de Longueuil (RTL).

Bien que le RTL ait tenté de justifier sa décision en annonçant certains ajustements, notamment l’ajout de nouveaux départs sur la ligne 86, qui assure elle aussi une liaison vers le centre-ville de Montréal, ainsi que la création d’un nouvel arrêt au terminus De Montarville, la colère ne s’est pas apaisée. Pour plusieurs citoyens, ces mesures ne répondent pas adéquatement aux besoins, elles ajoutent des correspondances, prolongent les temps de trajet et accentuent l’achalandage dans les autobus. De plus, beaucoup dénoncent un manque de consultation relativement à des décisions jugées déconnectées de leur réalité.

Sur les réseaux sociaux, les citoyens ont multiplié les messages d’incompréhension. Des plaintes ont également été adressées à la Ville, aux médias, à l’ARTM et au RTL, qui affirmait en avoir reçu pas moins de 43 en date du 29 mars.

En réaction à ce mécontentement, la Ville de Boucherville a demandé aux représentants du RTL d’organiser une séance d’information. Celle-ci s’est tenue le mercredi 15 avril à 19 h, à l’hôtel de ville, afin de répondre directement aux questions des citoyens.

Séance d’information

Lors de la rencontre, les représentants du RTL ont exposé les raisons ayant mené à la suppression de la ligne 87, soulignant que les habitudes de déplacement ont évolué depuis la pandémie. « En moyenne, les données les plus récentes montrent 12 usagers par départ sur la ligne 87 », a indiqué Isabelle Ouellet, directrice de la planification du transport au RTL.

Ils ont ensuite présenté les solutions proposées, tout en reconnaissant leurs limites. « On est conscients que nos alternatives ne sont pas équivalentes, mais on veut s’assurer qu’il existe toujours des moyens pour les gens de se rendre à destination, a déclaré Nicolas Tanguay, directeur principal, stratégie, innovation et planification au RTL. On ne prend jamais ces décisions de gaieté de cœur. On aimerait en ajouter, du transport, plutôt qu’en enlever, a ajouté Isabelle Ouellet. Malheureusement, notre cadre budgétaire nous oblige à réduire le service. »

Parole aux citoyens

S’est ensuivie une longue période de questions, au cours de laquelle la grande majorité des citoyens présents ont pris la parole pour exprimer leur incompréhension. D’emblée, plusieurs ont déploré l’absence de consultation préalable auprès des usagers, estimant que la rencontre aurait dû se tenir avant la suppression de la ligne. « On prend des décisions sur quoi? On n’a pas interrogé les citoyens! », s’est indigné un participant.

Par ailleurs, de nombreux usagers ont pointé les limites des nouveaux horaires de la ligne 86. Parmi celles-ci, on retrouve la difficulté à arriver à temps au centre-ville, les trajets allongés, les correspondances supplémentaires, le manque de places assises et l’obligation, pour certains, d’utiliser leur voiture afin de rejoindre des stationnements incitatifs.

Le moment choisi pour abolir la ligne a également été critiqué, certains soulignant qu’un retour progressif au travail en présentiel se dessine. « On vient d’avoir le signal qu’il faut retourner en présentiel, a déclaré une citoyenne. Si l’on refait l’étude dans un an ou deux, je suis convaincue que l’achalandage va augmenter. » À cela, le RTL a répondu que son cadre budgétaire ne lui permettait pas d’attendre. C’est là, semble-t-il, le nerf de la guerre.

Manque de financement

De nombreux citoyens pointent du doigt le fait que certaines lignes, comme la 61, sont moins achalandées que la 87, mais sont néanmoins maintenues. Selon le RTL, tout est une question de financement. « La 61 a beau être peu utilisée, elle est financée dans le cadre des mesures d’atténuation liées au pont-tunnel. Donc, elle circule davantage », a expliqué Nicolas Tanguay, qui a également souligné que d’autres lignes pourraient subir le même sort que la 87 à l’avenir. « On a un cadre financier extrêmement serré et peu de leviers pour aller chercher du financement. On ne s’acharne pas sur les Bouchervillois. À l’avenir, c’est toute la structure du RTL sur l’ensemble du territoire qui devra être revue. »

Une restructuration du service qui soulève des inquiétudes quant à l’accessibilité et à l’attractivité du transport collectif. « Quand le chantier du pont-tunnel sera terminé, cet argent ne sera plus là. Il y a des circuits d’autobus qui disparaîtront. Là, on parle de la 87, mais c’est pas drôle, ce qui s’en vient, ça va couper partout », a déclaré le maire, Jean Martel, qui en a profité pour rappeler que la Ville, comme le RTL, dépend des financements provinciaux et de l’ARTM, de plus en plus contraints. « C’est contre-intuitif, on nous parle d’environnement, de transport en commun, mais on s’en va vers une réduction de l’offre à cause du cadre financier. Malheureusement, c’est ce qui nous est imposé. J’ai de plus en plus de mal avec l’ARTM. Au lieu d’investir dans le local, on éloigne les décisions dans les structures. »

Plusieurs propositions ont néanmoins émergé du côté des citoyens, notamment celle de rétablir temporairement la ligne 87 pendant un an afin de mieux analyser l’achalandage, tout en ajustant ses horaires. L’idée de créer un comité citoyen sur le transport collectif a également été avancée. La Ville a indiqué prendre note de l’ensemble des commentaires formulés lors de la rencontre. Le maire s’est engagé à porter ces préoccupations au conseil municipal ainsi qu’au conseil d’administration de l’ARTM. De son côté, le RTL est resté très mesuré et n’a pris aucun engagement, se contentant d’indiquer qu’il tiendrait compte des avis des citoyens pour la suite.