Vers un déclin démographique
Le Regroupement des chambres de commerce du Grand Montréal réclame une stratégie nationale et des États Généraux.
Le Regroupement des chambres de commerce du Grand Montréal dévoile aujourd’hui une étude sur l’immigration et l’avenir démographique du Grand Montréal, réalisée en collaboration avec Aviseo Conseil.
Appuyée notamment sur une modélisation économique et un sondage mené auprès de 470 entreprises, l’étude conclut que les politiques actuelles risquent de placer la métropole devant un double choc : une contraction de sa population active, en parallèle d’une hausse marquée du ratio de dépendance.
Cette combinaison aurait des conséquences économiques majeures, ajouterait une pression importante sur les finances publiques et se répercuterait dans l’ensemble du Québec.
Devant l’ampleur du défi, le Regroupement formule quatre grandes demandes au prochain gouvernement : mettre en place des politiques et des seuils d’immigration qui renverseront le déclin démographique prévu du Grand Montréal, tenir des États Généraux sur l’avenir démographique du Québec, établir un cadre d’analyse québécois indépendant de la capacité d’accueil et mieux arrimer l’immigration aux besoins du marché du travail.
« Le Québec ne peut pas se permettre le déclin démographique de sa métropole. » – Jean-Denis Charest
Moins de travailleurs
Selon le scénario de référence étudié, le Grand Montréal pourrait perdre environ 142 000 habitants d’ici 2051, dont plus de 113 000 dès 2035.
Le recul toucherait particulièrement les personnes de 20 à 64 ans. Parallèlement, le ratio de dépendance démographique, soit le nombre de jeunes et de personnes âgées par rapport à la population en âge de travailler, passerait de 51,7 en 2025 à 63,2 en 2051. Le Québec compterait ainsi proportionnellement moins de travailleurs pour soutenir une population aux besoins croissants.
Entre 2022 et 2024, la croissance démographique du Québec a entièrement reposé sur l’immigration. Dans le Grand Montréal, la croissance de l’emploi dépend également de l’apport de personnes immigrantes. « Le Québec ne peut pas se permettre le déclin démographique de sa métropole, encore moins lorsqu’il s’accompagne d’une hausse aussi importante du ratio de dépendance, souligne Jean-Denis Charest, président-directeur général de la Chambre de commerce de l’Est de Montréal. Moins de travailleurs et davantage de besoins, c’est une équation qui fragiliserait notre économie et ajouterait une pression majeure sur les finances publiques partout au Québec. La question posée aux partis est simple : acceptent-ils cette trajectoire? Sinon, quel est leur plan pour la renverser? »
La capacité d’accueil
Le Regroupement reconnaît les pressions réelles qui s’exercent sur le logement, la santé, l’éducation, les services de garde, le transport et la francisation. Il estime toutefois que la notion de capacité d’accueil demeure peu documentée, mal définie et trop souvent envisagée comme un plafond uniforme.
Cette capacité varie d’une région à l’autre, au sein même d’une région et selon le profil des personnes accueillies. Elle évolue aussi en fonction des investissements et des choix de société.
Un travailleur de la construction, de la santé, de l’éducation ou des services de garde peut, par exemple, contribuer directement à accroître la capacité que l’on cherche à protéger. Ainsi, avant de conclure qu’elle est atteinte, il est donc nécessaire de préciser où et selon quels indicateurs elle l’est. « Le Québec doit se donner une vision commune de son avenir démographique, déclare Isabelle Dessureault, présidente et cheffe de la direction de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain. C’est tout le sens des États généraux que nous proposons. »
Planifier ensemble
L’étude insiste sur la nécessité de ne plus traiter séparément l’immigration temporaire et l’immigration permanente.
Les travailleurs et étudiants temporaires vivent déjà au Québec, participent au marché du travail et constituent une partie du futur bassin de résidents permanents. Leur accession à la résidence permanente ne constitue pas une nouvelle arrivée; à l’inverse, leur départ représente la perte de personnes déjà formées, francisées et intégrées au Québec.
Le Regroupement recommande notamment d’augmenter la proportion de résidents permanents issue du bassin temporaire, de maintenir le Programme de l’expérience québécoise et d’en faire un vecteur prioritaire pour retenir les personnes dont le profil répond aux besoins du Québec. Il demande aussi de prioriser une immigration économique, qualifiée et francophone, tout en accélérant la reconnaissance des compétences dans les secteurs prioritaires.
Continuité et de prévisibilité
L’enjeu est déjà concret pour les entreprises. Parmi celles qui ont répondu au sondage, 85 % embauchent ou prévoient embaucher des personnes immigrantes et 77 % associent cette contribution au maintien de leurs activités courantes.
La principale motivation invoquée est le manque de travailleurs disponibles localement, tandis que 70 % des employés immigrants occupent des fonctions de gestion, professionnelles, techniques ou spécialisées.
Les changements fréquents de règles créent un effet de balancier qui complique la planification des recrutements et des investissements des entreprises, bouleverse les parcours de personnes qui ont étudié, travaillé et construit leur vie au Québec et complique la planification du logement, de la francisation et des services.
Cette instabilité peut même affaiblir la capacité d’accueil en faisant perdre des travailleurs nécessaires à la construction de logements ou à la prestation de soins et de services essentiels.
Alors que l’avenir de la métropole est peu présent dans la campagne électorale, le Regroupement invite chaque formation politique à préciser sa vision démographique et économique pour le Grand Montréal et l’ensemble du Québec. Il demande des engagements clairs sur ses quatre grandes demandes. (Source : Regroupement des chambres de commerce du Grand Montréal)
