Violences faites aux femmes, un enjeu toujours pressant sur la Rive-Sud
Le Carrefour pour Elle, un organisme qui accompagne chaque année des centaines de femmes victimes de violence, fait état d’une pression croissante et d’un manque de ressources.
Le 6 décembre dernier, à l’occasion de la Journée nationale de commémoration et d’action contre la violence faite aux femmes, la Ville de Boucherville a mis ses drapeaux en berne en mémoire des 14 victimes de la tragédie de l’École polytechnique du 6 décembre 1989.
Parmi elles figurait la Bouchervilloise Anne-Marie Lemay, dont un parc municipal, situé derrière l’école secondaire De Mortagne, porte le nom depuis 1991.
Trente-six ans après les événements, cette journée demeure un rappel solennel de l’urgence de poursuivre la lutte contre les violences faites aux femmes, un enjeu qui touche profondément la Rive-Sud.
À Boucherville comme ailleurs, les organismes constatent une réalité très préoccupante, marquée par une hausse des signalements et une pression accrue sur les ressources d’hébergement.
Carrefour pour Elle
Fondé en 1975, situé à Longueuil et accrédité par la Ville de Boucherville, l’organisme Carrefour pour Elle est l’une des principales ressources d’hébergement pour les femmes victimes de violence conjugale sur la Rive-Sud.
« On est la première maison d’hébergement pour femmes et enfants du Québec, déclare Marie-Christine Plante, directrice générale de Carrefour pour Elle. Chaque année, on aide des milliers de femmes. »
L’organisme, qui célèbre cette année son 50e anniversaire, indique devoir faire face à une pression croissante sur ses services. Chaque année, environ 90 femmes et 115 enfants y sont hébergés.
« On est dans le rouge. En 2024, on tournait à 117 % de notre capacité, regrette Mme Plante. On a rajouté des matelas, ouvert une chambre d’urgence et loué un appartement supplémentaire. »
La directrice observe avec effroi une hausse importante des demandes d’hébergement, combinée à un manque de places chronique, ce qui les oblige à en refuser un grand nombre.
« On doit refuser environ 450 demandes d’hébergement par année par manque de places », regrette-t-elle.
Une lutte à poursuivre
Chaque année, la journée en mémoire des victimes de la tragédie du 6 décembre 1989 invite à questionner l’état de notre société.
Elles étaient étudiantes. Elles s’appelaient Geneviève Bergeron, Hélène Colgan, Nathalie Croteau, Barbara Daigneault, Anne-Marie Edward, Maud Haviernick, Barbara Klucznik-Widajewicz, Maryse Laganière, Maryse Leclair, Anne-Marie Lemay, Sonia Pelletier, Michèle Richard, Annie St-Arneault et Annie Turcotte. Elles ont été assassinées parce qu’elles étaient des femmes.
Malgré les efforts, la violence envers les femmes demeure un enjeu. Pour répondre à cette réalité, Carrefour pour Elle s’attelle du mieux qu’il peut à offrir davantage d’aide et d’accompagnement.
« On vient d’acquérir un nouveau terrain à Longueuil, où l’on veut construire une maison administrée par notre organisme. Il y aura 20 appartements sécurisés et transitoires pour venir soutenir les besoins de notre clientèle, nous apprend Marie-Christine Plante. Notre objectif, c’est d’obtenir le financement étatique en 2026 pour pouvoir commencer la construction en 2027 et accueillir les premières familles idéalement à l’été 2028. »
La violence est également combattue en amont, par des campagnes de sensibilisation, de la publicité et des programmes de prévention en milieu scolaire.
« On fait de la sensibilisation, on est dans pratiquement toutes les écoles secondaires de notre territoire. À Boucherville, on est à De Mortagne et à l’Impact, souligne Mme Plante. On a un projet de sensibilisation qui s’appelle » Sans cris, ni haine « . C’est important d’arriver à joindre les jeunes, à les sensibiliser et à être capables d’identifier les différentes formes de violence. »
Pour la directrice générale, la mobilisation doit aussi passer par une coordination interservices entre les organismes, la Ville, les services de police et les citoyens.
« Pour faire face aux violences, on ne peut pas travailler seul, il faut absolument travailler avec des partenaires. Avec le SPAL, on a des policiers spécialisés en violence conjugale qui sont répondants et qui nous permettent de faciliter les dénonciations. »
Elle souhaite toutefois aller plus loin. « On aimerait avoir une intervenante présente dans les bureaux du SPAL afin de rejoindre systématiquement l’ensemble des femmes qui ont subi une infraction criminelle dans le cadre de violences conjugales. On aimerait déployer cette intervenante l’année prochaine. »
Une ville mobilisée
Sollicitée par le journal, la Ville de Boucherville rappelle avoir adopté, en 2024, « une politique pour le respect de la personne et le maintien d’un climat sain, dont l’une des mesures phares consiste à offrir un soutien aux employés confrontés à la violence conjugale ou familiale, même lorsque celle-ci survient en dehors du milieu de travail ».
La municipalité, dont le conseil municipal et le comité de direction sont tous deux à prédominance féminine, indique également qu’ « une formation obligatoire, offerte à l’hiver 2025, a permis de sensibiliser l’ensemble du personnel municipal à reconnaître les signes de violence et à intervenir adéquatement ».
Pour la Ville, ces actions témoignent d’une volonté d’instaurer une culture organisationnelle plus protectrice, mais aussi d’agir comme partenaire actif en matière de prévention.
À l’échelle fédérale, Rechie Valdez, ministre des Femmes et de l’Égalité des genres et secrétaire d’État, rappelle que le gouvernement a institué, il y a trois ans, un plan d’action national pour mettre fin à la violence fondée sur le sexe. Elle souligne que « le budget de 2025 prévoit de nouveaux investissements à long terme visant la sécurité, la prévention, le soutien aux personnes survivantes et les solutions communautaires ».
Comprendre les chiffres
Sollicité, le SPAL ne nous a pas communiqué de chiffres quant au nombre de violences recensées sur le territoire de la Rive-Sud et, plus particulièrement, à Boucherville.
Ces données auraient permis de déterminer si l’augmentation des plaintes auprès des organismes est corrélée à une hausse réelle des violences, ou si cette progression reflète plutôt une libéralisation de la parole qui encourage davantage de victimes à dénoncer.
