Carrefour pour elles, un organisme essentiel à bouttes !

Alors qu’il fête ses 51 ans, l’organisme Carrefour pour elles tire la sonnette d’alarme.

En ce début d’année 2026, on recense déjà six féminicides confirmés au Québec. Selon la Fédération des maisons d’hébergement pour femmes (FMHF), il s’agirait du début d’année le plus meurtrier au Québec depuis 2020. 

Une réalité alarmante qui invite à se tourner vers les organismes communautaires. Pour en prendre la mesure, nous nous sommes entretenu avec Carrefour pour elle, un organisme accrédité par la Ville de Boucherville qui accompagne chaque année des centaines de femmes victimes de violence sur la Rive-Sud.

Carrefour pour elle, qui fête cette année son 51e anniversaire, déplore des défis qui persistent voire s’accentuent en 2026. Chaque année, environ 90 femmes et 115 enfants y sont hébergés. « On est dans le rouge. À l’heure actuelle, on compte au moins 350 refus par manque de place », indique Marie-Christine Plante, directrice générale de Carrefour pour Elle,

Un problème global

Selon l’organisme, cette pression sur ses services s’inscrit dans un contexte plus large. « Il y a une montée du masculinisme et de l’antiféminisme très préoccupante dans la société québécoise, déclare Marie-Christine Plante. On observe un retour vers certaines inégalités hommes-femmes que l’on croyait dépassées. »

Alors que les cas de violence envers les femmes s’accentuent en contexte familial, mais aussi au sein des écoles, Carrefour pour Elle souligne un manque probant de financement. « Il faut un réinvestissement majeur dans les maisons d’hébergement de première et de deuxième étapes, poursuit la directrice. Le gouvernement doit investir dans les infrastructures. »

Un devoir de prévention

Au-delà des infrastructures, un travail de prévention et d’accompagnement, notamment auprès des jeunes, est également nécessaire afin d’appréhender le problème à sa source. « Il va falloir élaborer des stratégies de prévention et d’éducation pour inverser ces tendances. Il est essentiel que tous les jeunes aient accès à des ateliers favorisant le développement de valeurs d’égalité, de respect et de solidarité entre les hommes, les femmes et les personnes non binaires. »

Un organisme à boutte!

Devant cette réalité, Carrefour pour Elle a rejoint le mouvement de grève Le communautaire à boutte!, qui se tiendra du 23 mars au 2 avril. « Il y a très peu d’argent investi en prévention à l’heure actuelle. Cela fait deux années que nous déposons des demandes pour obtenir du financement afin d’aller rencontrer les jeunes, et cela fait deux années que nos demandes sont refusées, en 2024 comme en 2025. C’est pour cette raison que nous nous joignons au mouvement. Comme les autres organismes, nous avons besoin d’un rehaussement de financement et d’une indexation adéquate. »

Pour l’organisme, les solutions doivent passer par le milieu communautaire, par un rapport de proximité fondé sur une compréhension réelle des enjeux et un travail de terrain soutenu. « Chaque dollar investi dans les organismes communautaires permet d’économiser ailleurs dans la société québécoise, déclare Marie-Christine Plante. Nous constituons un filet de protection sociale essentiel. Il faut mieux nous financer pour que nous puissions aider davantage de personnes. Donnez-moi 500 000 $, je ferai des miracles là où il en faudrait 2 500 000 $ dans l’institutionnel. »