Clap de fin pour la saison de Rafistou

Après deux ans d’ateliers de réparation tenus à Boucherville, l’initiative Rafistou tire un bilan positif et marque une pause estivale bien méritée.

« On a toujours été soucieux de réparer avant de jeter. » C’est par ces mots que Suzanne Tremblay, à l’origine du projet Rafistou, débute notre entretien.

Une phrase simple qui résume parfaitement la mission que se donnent les ateliers de réparation Rafistou depuis maintenant deux ans à Boucherville.

Chaque dernier dimanche du mois, de 11 h à 16 h, les bénévoles du Centre d’action bénévole de Boucherville (CABB) s’attèlent à trouver des moyens de réparer les objets du quotidien des citoyens. Une solution de rechange à la poubelle et à l’achat de produits neufs qui porte ses fruits, avec un taux de réparation avoisinant les 70 %.

Alors que se tenait, le dimanche 31 mai, le dernier atelier Rafistou de la saison, Suzanne Tremblay et Daniel Lapierre sont revenus sur les origines de leur projet.

Changer notre approche

Rafistou est né d’un constat simple. Alors que des services semblables existaient déjà dans des villes comme Montréal et Québec, aucun ne répondait vraiment à ce besoin à Boucherville. « Un besoin était présent à Boucherville pour des services de réparation, notamment chez une clientèle plus âgée », explique Suzanne Tremblay.

C’est à l’automne 2024, lors d’ateliers pilotes tenus en octobre et en novembre, que Rafistou a pu mesurer l’intérêt de la population pour son concept. « La réponse ne s’est pas fait attendre. Il y avait beaucoup de monde », résume Daniel Lapierre.

Forts de cet engouement, Suzanne Tremblay et Daniel Lapierre ont poursuivi leurs efforts afin de donner vie au projet de façon permanente. « Je me suis dit que ça nous prenait un local. Nous avons exploré plusieurs possibilités et, de fil en aiguille, nous sommes arrivés au CABB, qui a immédiatement accueilli le projet avec enthousiasme. »

Au fil des mois, une équipe de bénévoles expérimentés s’est progressivement constituée autour du projet. « On a vite recruté des bénévoles qui sont extraordinairement bons, ajoute Suzanne Tremblay. Ce sont de véritables experts sur le plan technique et en ingénierie. »

Aujourd’hui, ce sont sept bénévoles aux compétences complémentaires qui se réunissent chaque mois pour aider gratuitement les citoyens. « On compte quatre spécialistes en électricité et en électronique, un ébéniste, une couturière et, depuis peu, un guitariste qui apporte son savoir-faire à la réparation et à l’entretien d’instruments de musique », se féliciter Daniel Lapierre.

Avec le temps, le groupe s’est également constitué une bibliothèque d’outils et de matériaux. « Tout ce qui est consommable, les colles, les fils ou certains appareils, on l’achète grâce aux dons que nous recevons ou on le récupère, explique Daniel Lapierre. On est de mieux en mieux équipés. »

En deux ans, les ateliers se sont imposés comme un incontournable du milieu communautaire à Boucherville. Chaque fin de mois, ce sont entre 14 et 45 personnes qui viennent chercher de l’aide lors des ateliers. « Certaines arrivent avec plus d’un objet, souligne Suzanne Tremblay. On fonctionne selon le principe du premier arrivé, premier servi, et on a un taux de réussite de 70 à 75 % des réparations. »

Des objets et des histoires

Cette initiative invite également à repenser notre rapport aux objets et aux histoires qu’ils portent en eux.

À une époque où les produits jetables et l’obsolescence programmée occupent une place grandissante sur le marché, la réparation de petits objets du quotidien, aussi anodins qu’un grille-pain, une paire de souliers ou une radio, permet parfois de faire ressurgir des souvenirs précieux. « Il y a beaucoup de belles histoires d’objets, souligne Suzanne Tremblay. Une fois, un monsieur de 80 ans est arrivé avec une petite enregistreuse japonaise des années 1960. On a pu la réparer et la cassette contenait la voix de sa première blonde. »

Au-delà de leur valeur matérielle, certains objets deviennent ainsi les gardiens de souvenirs irremplaçables, donnant à chaque réparation une portée qui dépasse largement le simple geste technique.

Toute une philosophie

À une époque où il est souvent plus rapide et parfois même moins coûteux de remplacer un objet que de le faire réparer, les bénévoles de Rafistou défendent à Boucherville bien plus qu’un simple service de réparation, ils promeuvent une véritable philosophie de consommation responsable.

En invitant les citoyens à prendre le temps de comprendre le fonctionnement de leurs objets du quotidien, les ateliers deviennent de véritables lieux d’échange et de rencontre. Le partage des connaissances, l’entraide et le développement de l’autonomie y occupent une place centrale, tout en contribuant à réduire le gaspillage et à prolonger la durée de vie des biens de consommation.

Après deux années d’existence, Rafistou semble avoir trouvé sa place dans le paysage communautaire bouchervillois. En attendant le retour des ateliers à l’automne, les bénévoles espèrent convaincre toujours plus de citoyens qu’un objet brisé n’est pas nécessairement un objet condamné.