INITIATIVES ENVIRONNEMENTALES

Les citoyens à l’oeuvre

Les vagues de chaleur et les épisodes de smog se sont multipliés cet été au Québec. Face à cela, Boucherville veut impliquer ses citoyens dans la solution.

La dégradation de la qualité de l’air et de la biodiversité n’est plus une menace abstraite. Même dans une ville réputée pour sa qualité de vie et ses espaces verts comme Boucherville, les épisodes de smog et les vagues de chaleur se sont multipliés au cours de l’été. Face à cette réalité, la municipalité a choisi une voie claire : placer la sensibilisation et la participation citoyenne au cœur de sa stratégie écologique, plutôt que de miser sur des mesures restrictives.

« Le conseil municipal de Boucherville au niveau de l’environnement favorise la sensibilisation, l’éducation, l’information mais aussi l’accompagnement. On est dans la réalisation de projets mais on n’est pas dans l’aspect réglementaire. On a un conseil municipal qui est vraiment favorable à accompagner le citoyen », souligne Daniel Drouin, directeur de l’environnement et de la transition écologique à la ville de Boucherville.

« Notre rôle est de donner aux citoyens les moyens d’agir, pas de leur imposer des contraintes. » – Daniel Drouin

Accompagner plutôt qu’interdire

Dès cet automne, un programme inédit sera lancé en collaboration avec l’organisme Fous de Nature. Cinquante ménages bénéficieront d’un accompagnement personnalisé, de septembre à décembre, pour réduire concrètement leur empreinte carbone. Grâce à l’application web Pasfou, chaque foyer pourra évaluer son bilan carbone, recevoir des recommandations adaptées à son mode de vie et être guidé pas à pas dans ses changements d’habitudes.

L’objectif est clair : montrer que la transition écologique peut s’opérer à l’échelle du quotidien, à travers des gestes concrets et volontaires. « Notre rôle est de donner aux citoyens les moyens d’agir, pas de leur imposer des contraintes. Les champs d’intervention sur lesquels on planche sont quand même très diversifiés. Oui il y a des mesures de réduction de gaz à effet de serre, des mesures d’adaptation aux changements climatiques, mais il y a aussi plein d’autres dossiers qui touchent aux changements de comportement », précise Daniel Drouin.

Des citoyens mobilisés

La Ville, comme c’est le cas pour d’autres municipalités de la Rive-Sud, met la population au centre de ses efforts de verdissement. Cet été, la relance du programme de distribution d’arbres et l’initiative « Une naissance, un arbre » ont permis de distribuer entre 400 et 500 arbres aux familles. « Les citoyens répondent toujours présents : les stocks s’écoulent rapidement et, cette année encore, tous les arbres disponibles avaient trouvé preneur dès le 28 août », se réjouit Andréanne Grondin, secrétaire de direction – communication et relations publiques.

En trois ans, plus de 12 800 arbres ont été plantés ou distribués. « Ça nous permet de distribuer des arbres qui sont complémentaires dans notre forêt urbaine, qui est constituée de beaucoup d’érables. C’est l’occasion d’avoir une forêt plus résiliente et avec une meilleure biodiversité », souligne Daniel Drouin. « Et ce n’est pas fini : d’autres mesures issues de la Politique de l’arbre sont en préparation. Elles viseront à renforcer notre engagement envers la biodiversité et le verdissement du territoire », ajoute Andréanne Grondin.

Des initiatives nécessaires

Malgré ces efforts, l’indice de canopée révèle que Boucherville a encore du chemin à parcourir. En 2023, selon la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM), 1 230 hectares du territoire étaient couverts par des arbres, soit 17,3 %. Une progression faible depuis 2021 (1 219 hectares) et toujours inférieure à celle de villes voisines comme Longueuil ou Saint-Bruno-de-Montarville.

La Ville est consciente que l’acceptabilité sociale joue un rôle clé dans la transition écologique. « Ce ne sont pas toutes les mesures environnementales qui reçoivent un bon accueil et c’est pour ça qu’on doit s’adapter et accompagner les gens », explique Daniel Drouin. Ce travail concerne autant les citoyens que les entreprises : « La politique du territoire s’est beaucoup attardée aux individus et moins aux entreprises, alors que les plus grands îlots de chaleur se trouvent dans le secteur industriel », ajoute-t-il.

Pour Guy Morin, président d’Environnement Nature Boucherville, le défi majeur demeure la sensibilisation à la protection des milieux naturels. « C’est irréversible. Quand un milieu naturel est perdu, il est perdu pour toujours. ». Un constat partagé par Daniel Drouin : « C’est un des chevaux de bataille les plus importants du conseil en ce moment. Régulièrement, on fait des acquisitions de terrain et on met en place des mesures de conservation pour protéger les milieux acquis. »

Le maire de Boucherville, Jean Martel, se dit confiant à ce sujet. « Depuis que je suis en poste, on a acquis autour de 250 hectares de terrain pour fin de conservation. C’est légèrement supérieur au parc du Mont-Royal et on continue d’aller de l’avant. La COP15 favorise 30 % du territoire à des fins de conservation, nous on espère le dépasser. Ce sera notre contribution. »

Cependant certaines démarches suscitent la controverse, comme le parc national des Îles-de-Boucherville, où une partie importante reste occupée par des terres agricoles. Cette situation alimente les tensions entre une famille d’agriculteurs et des écologistes impatients de voir ces îles devenir une aire protégée, illustrant la complexité des enjeux entre conservation de la nature et activité économique.