Anthony Présumé explore l’ombre et le silence dans sa nouvelle exposition
Du 3 février au 8 mars, la galerie Vincent-D’Indy accueille l’exposition d’Anthony Présumé, présentée dans le cadre du Mois de l’histoire des Noirs.
L’exposition, qui s’intitule Poétique de la caverne : l’être entre ombre, matière et silence, présente une série de 14 œuvres qui nous entraînent dans l’univers intimiste et philosophique de l’artiste bouchervillois Anthony Présumé.
« J’ai toujours eu un intérêt pour l’art, c’est un langage qui fait partie de mon identité, nous explique l’artiste en entretien. C’est une façon de m’exprimer, mais c’est aussi un outil de recherche qui me permet de trouver des réponses à toutes sortes de questionnements métaphysiques. L’art, c’est une façon d’attaquer ces questions-là et de mettre une certaine lumière dessus. »
Culture haïtienne
Issu d’un père haïtien et d’une mère québécoise, Anthony Présumé, qui a grandi à Boucherville, se sert de la création artistique pour renouer avec ses origines haïtiennes, mieux les comprendre et les partager avec son public.
« J’ai grandi à Boucherville, dans un secteur très homogène où j’étais souvent la seule personne d’origine haïtienne. Donc, j’ai toujours senti une sorte de besoin de me connecter à cette culture-là, déclare l’artiste. La peinture, c’est aussi un moyen pour moi de consolider ces liens culturels qui sont en moi, mais qui, parfois, sont absents de mon quotidien ou ne sont pas représentés autant que je le voudrais. »
Chaque œuvre proposée dans l’exposition est à la fois un mélange d’expérience personnelle vécue par l’artiste et une recherche à travers laquelle il nous entraîne.
« Aux origines de mon art, il y a mes liens personnels avec ma famille, explique Anthony Présumé. Il y a aussi une sorte de curiosité qui me mène à faire des recherches par moi-même pour mieux comprendre la culture haïtienne, et il y a des éléments qui sont intuitifs, qui font partie de moi. »
Quand on s’entretient avec Anthony Présumé, on comprend rapidement que l’art est, pour lui, un moyen à la fois de questionner et de comprendre le monde. C’est aussi une passerelle qu’il bâtit entre ses cultures haïtienne et québécoise.
Mois de l’histoire des Noirs
« J’ai grandi avec deux cultures, la culture québécoise et la culture haïtienne. Donc, j’ai toujours fait le constat que des liens essentiels nous unissent sur le plan de notre nature humaine. J’ai toujours compris ça de manière tacite, à travers mes deux parents qui vivaient ensemble notamment, mais la société ne reflétait pas cette compréhension que j’avais du monde. Donc, à travers cette exposition-là, j’explore des éléments fondateurs de la culture haïtienne, mais j’espère que les gens pourront se reconnaître à travers ça. »
Selon l’artiste, le Mois de l’histoire des Noirs, événement annuel dans le cadre duquel s’inscrit son exposition, est à la fois une invitation à mettre de l’avant les particularités de cette culture trop souvent mise de côté, mais également les liens qui unissent l’humanité.
« Dans le Mois de l’histoire des Noirs, il y a l’idée de mettre en lumière la culture d’un peuple qui a été mis dans l’ombre à travers l’histoire, déclare-t-il. Il y a l’idée d’exposer cette culture-là, mais moi, j’aimerais aussi que les gens puissent se connecter à la chose pour comprendre que l’on n’est peut-être pas si différents que ça. Je veux trouver des intersubjectivités, des points de correspondance indépendamment de la culture. »
La caverne
À travers ses œuvres, Anthony Présumé engage alors un dialogue avec son public. Dans le cadre de cette exposition, le thème central qui ressort est celui de la caverne, appréhendée par l’artiste comme un lieu, mais aussi comme un concept.
« Je me pose beaucoup de questions de sens, nous explique Anthony Présumé. C’est pour ça que je me suis intéressé à l’idée de la caverne dans l’exposition. Cela fait référence à plusieurs concepts : la caverne de Platon, l’idée d’un habitat originel ou encore la cosmologie vaudou. »
Dans sa théorie, Platon se servait de l’image de la caverne comme d’un espace dont il faut s’extraire pour atteindre la vérité. Dans son ouvrage La République, il raconte l’histoire de personnes enfermées dans une caverne qui ne voient que des ombres et croient que c’est la réalité. Quand l’une d’elles sort et découvre le monde extérieur, elle comprend que ce qu’elle voyait avant était faux. « Je me demande si, au contraire, la caverne ne serait pas l’endroit où l’on peut trouver une sorte de sens à la vie, continue l’artiste. C’est pour cela que, dans la majorité de mes toiles, j’explore cet espace d’ombre, cet espace sensoriel pour essayer d’y trouver une sorte de signification à l’essence de notre humanité. »
Une exposition qui interroge autant qu’elle émerveille et qui offre un voyage intérieur unique.
