Archéologie picturale
Le Café Centre d’art accueille, jusqu’au 19 décembre, l’artiste professionnelle Anne Peytavin pour une résidence de création intitulée Entends-tu battre les cœurs?.
Une arrivée marquante pour l’artiste, qui s’installe à Boucherville avec l’intention de faire dialoguer archives, mémoire collective et regards contemporains.
Son projet plonge dans le passé des habitants de la Rive-Sud en longeant le fleuve Saint-Laurent, témoin immuable des vies qui se sont écoulées sur ses rives.
« Chaque fois que j’arrive quelque part, mon objectif, c’est de m’enraciner le plus vite possible » souligne en entretien Anne Peytavin, qui se définit comme une « artiste exploratrice ».
Artiste exploratrice
Formée à l’Université de la Sorbonne et enrichie par des expériences dans plusieurs pays, Anne Peytavin porte depuis plus de dix ans une démarche artistique qui interroge la manière dont les humains se relient au monde.
« Dans les différentes régions du monde où j’ai vécu, je me suis toujours connectée aux gens, à la culture et à leur histoire, déclare l’artiste. J’aime donner un sens au présent par rapport au passé. Pour moi, la compréhension du passé illumine le présent. »
Pour cette résidence, qui se déroule du 17 novembre au 19 décembre, l’artiste puise dans les photographies anciennes de la Rive-Sud pour revisiter les moments du quotidien parfois effacés par le temps.
« Je fais un travail d’archéologie du souvenir et de l’émotion. J’adore faire des recherches dans les archives photographiques, c’est un voyage en soi aussi » dit elle en riant, pleine de joie et d’entrain à l’égard de ce projet qui débute. « L’idée, c’est de retrouver des photos de moments passés qui donnent du sens au présent. »
Les images deviennent ainsi la matière première d’une archéologie sensible, où se superposent peinture, collage et photographie. Une façon de recréer symboliquement des liens entre passé et présent, entre l’humain et son environnement, entre les Bouchervillois et le fleuve Saint-Laurent.
« Je suis exploratrice de matériaux, aussi, plaisante l’artiste. J’aime mélanger les matériaux, je travaille la peinture en technique mixte. Je fais aussi de la récupération de tous les petits papiers du quotidien qui ne sont pas forcément porteurs de sens, mais qui ont cette beauté du modeste. Ils sont des éléments de vie. »
Réminiscence artistique
À travers ce projet, l’artiste souhaite permettre aux Bouchervillois et aux riverains de retrouver, peut-être inconsciemment, des fragments de vie oubliés.
Le fleuve devient alors plus qu’un élément de décor. Il incarne une présence, une continuité, un fil reliant les générations et les territoires.
Les fenêtres de son atelier au Café Centre d’art offrent, à ce titre, une vue plongeante sur le Saint-Laurent, protagoniste de la résidence, dont les couleurs et le reflet du soleil sur l’eau éclairent l’inspiration de l’artiste. Ce paysage offre une résonance particulière au projet d’Anne Peytavin. « Le fleuve est une personnalité en soi, je dirais même une personne », déclare-t-elle, le regard absorbé par la fenêtre.
Sa résidence devient alors un lieu de création ouvert, où les visiteurs peuvent découvrir l’artiste au travail, poser des questions, échanger et voir le projet évoluer.
« La résidence, c’est un moment de création unique, parce que l’on est dans un lieu dédié à l’art. J’adore l’idée d’un atelier à l’extérieur, avec tous ces passionnés d’art qui gravitent autour de ma résidence. »
Pour les habitants de Boucherville, cette proximité offre une occasion rare de comprendre la genèse d’une œuvre, de saisir les intentions et les références qui nourrissent chaque étape.
L’artiste invite également les Bouchervillois à passer la voir pour lui transmettre des souvenirs, une phrase d’enfance, une photo de famille chargée d’importance ou d’émotion, qui pourront nourrir ses prochaines créations.
Un passé qui éclaire l’avenir
Au-delà de la dimension historique, Anne Peytavin revendique une vision empreinte d’optimisme. Ses œuvres montrent la beauté et la fragilité du vivant, mais aussi la capacité de l’art à maintenir l’espoir, même lorsque le temps efface les traces.
Avec Entends-tu battre les cœurs?, Anne Peytavin invite Boucherville à redécouvrir son rapport au fleuve, à la mémoire collective et à ce qui relie les êtres humains entre eux.
Une exposition à la fois sensible, documentée et profondément humaine, qui s’inscrit pleinement dans la vie culturelle locale.
