Boucherville fait revivre son passé
Le Mois de l’archéologie a permis aux Bouchervillois de découvrir, en août, une partie des trésors enfouis sous leurs pieds. Mais le territoire de la ville recèle encore de nombreux vestiges susceptibles de raconter son histoire.
Pour la Société d’histoire des Îles-Percées, le potentiel archéologique de Boucherville est loin d’avoir livré tous ses secrets.
Pendant tout le mois d’août, la Ville de Boucherville a invité la population à se plonger dans l’histoire ancienne de son territoire à l’occasion du Mois de l’archéologie. Exposition d’artefacts, ateliers de poterie et d’horticulture paléohistorique, simulation de fouilles et découverte des techniques utilisées en Nouvelle-France ont notamment permis aux citoyens de mieux comprendre les traces laissées par ceux qui ont occupé le territoire avant eux.
Pour Guy Théorêt, président de la Société d’histoire des Îles-Percées, ces activités permettent surtout de rappeler que l’histoire de Boucherville ne commence pas avec la fondation de la seigneurie.
Une histoire qui remonte loin
La situation géographique de Boucherville explique en partie la richesse de son patrimoine archéologique. Située sur les rives du fleuve Saint-Laurent, la ville se trouve sur un territoire fréquenté par les populations autochtones bien avant l’arrivée des Européens. « Hormis la période autochtone précoloniale, il faut savoir que les Bouchervillois ont une histoire vieille de 360 ans et que les déchets d’alors ne se dégradent que lentement », nous explique Guy Théorêt. « À cette échelle de temps, le cuir se dégrade complètement, le métal rouille avec des boursouflures, les os perdent leur moelle, tandis que la porcelaine et le verre demeurent pratiquement intacts. La vaisselle brisée que l’on enterrait simplement dans un trou à proximité de la maison est à ce titre très intéressante, puisqu’il est plutôt aisé de l’identifier. »
Au fil des siècles, les différentes occupations humaines ont ainsi laissé derrière elles une multitude de traces : fragments de céramique, outils, objets domestiques, structures d’habitation ou encore vestiges associés aux activités quotidiennes. « Ces résidus d’une autre époque nous renseignent sur le mode de vie de nos prédécesseurs, souligne Guy Théorêt. Ainsi, quand on trouve des os, des coquillages ou des défenses de sanglier, on devine une partie d’un régime alimentaire. »
Des études menées
Le potentiel archéologique ne se limite d’ailleurs pas au secteur du Vieux-Boucherville. Plusieurs endroits du territoire sont susceptibles de conserver des traces des différentes périodes d’occupation.
Des études sur le potentiel archéologique de Boucherville sont, à ce titre, menées depuis les années 1960 afin d’identifier les secteurs présentant un intérêt particulier. La plus récente étude, publiée en 2013, a notamment permis d’orienter différentes campagnes de fouilles. « Actuellement, ce qui préoccupe nos archéologues, c’est de retrouver des traces de pieux de la fameuse palissade de bois du bourg de Boucherville, érigée au début de son histoire, après 1667, afin de se protéger des Iroquois », nous raconte Guy Théorêt.
Des découvertes qui racontent
Depuis 2011, plusieurs fouilles ont été réalisées à Boucherville, notamment dans le Vieux-Boucherville et au parc Charles-Desmarteau-Père.
Une sélection des artefacts découverts lors de ces recherches a d’ailleurs été présentée à la bibliothèque Montarville-Boucher-De La Bruère durant le mois d’août. Habituellement conservés et exposés à la maison dite Louis-Hippolyte-La Fontaine, ces objets ont permis au public d’observer concrètement les traces laissées par les occupants successifs du territoire.
Mais au-delà de leur valeur patrimoniale, ces découvertes peuvent également contribuer à nuancer ou à compléter ce que l’on croyait déjà connaître de l’histoire locale. « Quand on étudie l’histoire, ces artéfacts viennent appuyer nos hypothèses et affirmations, se réjouit Guy Théorêt. L’histoire est une science qui évolue constamment. »
Encore beaucoup à découvrir
Si plusieurs campagnes de fouilles ont déjà permis de mettre au jour des vestiges, une grande partie du patrimoine archéologique bouchervillois demeure encore sous terre.
Guy Théorêt tient toutefois à nuancer la « valeur » de ce patrimoine. « Restons calmes, souligne-t-il avec humour. À Boucherville, il n’y a pas vraiment de trésors à proprement parler. Ou du moins, il faut se contenter de certaines trouvailles, telles qu’un foyer autochtone, un cheval et un soldat de plomb du 19e siècle ou des pipes en plâtre de 1870. »
S’ils n’ont pas de grande valeur monétaire, ces artefacts constituent bel et bien des trésors pour les archéologues aguerris. Pour la Société d’histoire des Îles-Percées et ses 130 membres, la connaissance du potentiel archéologique du territoire constitue donc une véritable richesse de connaissances historiques. « Il y a une éducation à la manière de traiter ces objets-là qui peuvent être trouvés sur notre territoire, déclare Guy Théorêt. Il est donc vivement recommandé de relancer la ville en cas de découverte fortuite pour que des professionnels en fassent l’étude. »
Faire parler le sol
Le Mois de l’archéologie aura ainsi permis de rendre visible une histoire qui, autrement, demeure souvent difficile à imaginer.
À travers les objets retrouvés lors des fouilles, mais aussi grâce aux simulations et aux ateliers proposés au public, les citoyens ont pu constater que le passé de Boucherville ne se trouve pas uniquement dans les bâtiments patrimoniaux ou les archives. Il peut aussi se trouver quelques centimètres sous leurs pieds. « À Boucherville, que ce soit en campagne ou au vieux village, on trouve facilement des artéfacts, conclut Guy Théorêt. Que ce soit dans les caves et greniers des maisons, en retournant la terre de nouvelles plates-bandes, en installant une piscine ou simplement en effectuant des travaux de fondation. »
