Chronique histoire, le grand incendie
Le 20 juin 1843, vers 17 h 00, alors que le vent souffle de l’Ouest avec violence sur le fleuve, le vapeur St-Louis qui fait la navette entre Montréal et Varennes, arrive au quai de Boucherville. Afin de faire face à ce fort vent, les chaudières du navire sont chauffées à bloc. Des étincelles s’échappent de sa cheminée.
Voilà que le vent les transporte vers le village et qu’elles atteignent la toiture du hangar de Mme Weilbrenner. Le feu se propage rapidement. De nombreux villageois se lancent à l’assaut des flammes mais, en l’absence de pompe à incendie, les simples sceaux ne suffisent pas, d’autant plus que le vent contribue à la propagation du feu. Les édifices voisins ne tardent pas à s’enflammer à leur tour. La vitesse de propagation est fulgurante.
À 18 h 00, les flammes sont si hautes qu’on les aperçoit de Montréal. Les curieux de l’endroit se massent d’ailleurs sur les quais pour assister de loin à la catastrophe.
Aussitôt, de là, les secours s’organisent. Le capitaine de la pompe l’Union offre de louer le vapeur Lady Colborne afin de se rendre sur place pour combattre le feu. Le maire de Montréal, de son côté, offre de sortir deux pompes à incendie appartenant à la ville. On rassemble également deux compagnies de pompiers. On affrète le vapeur.
Pendant ce temps, le capitaine du vapeur St-Louis, par crainte de voir son navire prendre feu, largue les amarres et prend le large en direction de Varennes. Peu avant 19 h 00, le couvent des dames de la congrégation de Notre-Dame est la proie des flammes. Puis, au grand désespoir des villageois impuissants, le feu atteint l’église. On s’empresse alors, à la demande du curé, de sauver tout ce qui peut être transporté hors du lieu sacré. L’incendie est tel que le clocher de l’église s’effondre en un immense fracas, laissant au sol une cloche fondue et une autre en morceaux.
Vers 21 h 15, le vapeur Lady Colborne arrive à Boucherville avec les trois pompes à incendie et les deux équipes de pompiers. Ils s’attaquent à éteindre le feu qui brûle dans les vastes décombres.
Il faudra attendre quelques jours avant de prendre la juste mesure du désastre. Le presbytère, les rangs et les îles ont été épargnés mais, de l’église, il ne reste que les murs en pierre. Dans le village, 55 maisons sont une perte totale. Il en va de même de l’école et du couvent. Plus de 300 villageois se retrouvent à la rue. La vaste majorité des sinistrés ont tout perdu.
On s’organise rapidement pour leur venir en aide. Des souscriptions publiques sont organisées. Un fonds de secours est mis sur pied.
Le curé Pépin, de son côté, se lance dans une quête titanesque. Il souhaite pouvoir célébrer, à Noël, la messe de minuit à l’église. Le projet de reconstruction est lancé. Il sollicite, à cet effet, le diocèse, les communautés religieuses ainsi que tous les organismes susceptibles de supporter son initiative.
Rapidement, les efforts du curé portent fruits. Les travaux de construction sont entrepris et si bien menés que le souhait du curé est exaucé. La messe de minuit sera, ce Noël là, célébrée dans une église protégée des intempéries et suffisamment réaménagée.
De leur côté, les dames de la congrégation de Notre-Dame s’installent dans une résidence sise au coin des rues Sainte-Famille (Marie-Victorin) et Saint-Joseph (De la Perrière).
En ce qui a trait au capitaine du vapeur St-Louis et son propriétaire, l’histoire ne mentionne pas qu’ils aient été l’objet de poursuites. Par contre, on sait que le vapeur, à son arrivée à Varennes, le même jour, provoqua, par les flammèches qui s’échappaient de sa cheminée, l’incendie de la galerie d’une résidence de l’endroit.
