Dessiner sa propre histoire 

L’artiste visuelle et autrice de bande dessinée Sév convie les citoyens à un projet créatif afin d’explorer les thèmes de l’autobiographie et de la BD.

Nous avons tous une histoire extraordinaire à raconter. C’est du moins ce que croit, avec conviction, Séverine Defouni, mieux connue sous le nom de Sév, artiste visuelle et autrice de la bande dessinée Tsunami, les tribulations d’une jeune reporter. L’ouvrage relate son expérience comme jeune journaliste envoyée par Radio-Canada en Asie du Sud pour couvrir le tsunami de 2004.

Cette expérience marquante et traumatisante amènera la journaliste à quitter sa profession avant de mettre, des années plus tard, son histoire en images. Une démarche que Sév a partagée avec le public de Boucherville lors d’une rencontre organisée le jeudi 4 juin, à la bibliothèque Montarville-Boucher-De La Bruère.

L’événement a été l’occasion pour l’artiste de revenir sur son parcours, mais aussi de présenter un nouveau projet estival visant à accompagner des citoyens dans la création de leur propre bande dessinée autobiographique.

Une rencontre inédite

Animée par Josée Bournival, animatrice, comédienne et écrivaine bouchervilloise, la rencontre a porté dans un premier temps sur le processus qui a mené à la création de son ouvrage.

Longtemps gardé secret par son autrice, le livre lui a permis de prendre conscience de l’autocensure qu’elle s’imposait, ne se considérant ni assez connue ni assez légitime pour raconter sa propre histoire. « Je voulais parler de l’expérience que j’ai vécue lorsque j’habitais en Inde et que j’ai couvert le tsunami pour Radio-Canada, ainsi que des questionnements que cela a fait émerger en moi sur la légitimité que j’avais à raconter ma propre histoire, nous explique Sév. J’avais le syndrome de l’imposteur et cela m’a amenée à me questionner sur le droit de se raconter. »

Dans un second temps, la discussion s’est ouverte plus largement sur le concept d’autobiographie comme outil de création et sur le projet de l’artiste, qui souhaite rencontrer des citoyens au cours de l’été afin de transformer des fragments de leur vie en récits sensibles sous forme de bande dessinée. « On va plonger dans l’univers des personnes à travers un diptyque, donc, une création de deux pages, se réjouit l’artiste. C’est une contrainte technique qui stimule la créativité. On va cocréer ensemble. Ces deux pages raconteront un moment marquant, un événement fondateur. »

Participer au projet 

Si la première rencontre a déjà eu lieu, les inscriptions au projet sont toujours accessibles et gratuites. Des formulaires sont mis à la disposition du public sur le site Web de l’artiste.

Cette initiative est rendue possible grâce à une bourse du Conseil des arts et des lettres du Québec. « J’ai soumis un projet au Conseil des arts et des lettres du Québec dans le cadre d’un programme de partenariat territorial en Montérégie, nous explique l’artiste. Il se trouve que la bibliothèque de Boucherville était intéressée par le projet. »

À l’heure actuelle, seules deux municipalités de la Montérégie accueilleront l’initiative de Sév : Candiac et Boucherville.

La BD comme thérapie

À travers ce projet, l’artiste souhaite partager avec le public les bienfaits que l’autobiographie et la bande dessinée lui ont apportés.

En mettant en récit des événements difficiles de son passé, Sév a découvert que chaque personne possède une histoire qui mérite d’être racontée et partagée.

Pour elle, le dessin est devenu un véritable refuge. « Le dessin a toujours été pour moi un moyen d’expression, ma valeur refuge. C’est par besoin de sortir cette histoire de mon corps que, dix ans après les événements, en 2014, je me suis mise à dessiner. C’est à ce moment-là que j’ai renoué avec le dessin. »

L’artiste trouve ainsi dans le dessin un moyen d’expression que ne lui offre pas l’écriture. « J’écris beaucoup dans mon travail, c’est mon principal outil d’expression, mais j’avais besoin d’un moyen plus viscéral pour raconter cette expérience. Le dessin incarnait beaucoup mieux ce que j’essayais d’exprimer. »

À travers ces rencontres et son projet de création collective, Sév souhaite avant tout encourager les citoyens à porter un regard nouveau sur leur propre parcours.