Deux enseignants De Mortagne reçoivent le Prix d’histoire du Gouverneur général
Le projet Tissés serrés, mené à l’école secondaire De Mortagne, a permis à 135 élèves de revisiter l’histoire du Québec à travers une comédie musicale.
Faire apprendre l’histoire autrement, en la rendant vivante, incarnée et collective, c’est le pari ambitieux qu’ont relevé François Desmarais et Véronique Picard, enseignants d’histoire et d’arts plastiques à l’école secondaire De Mortagne.
« Avec Véronique, on a décidé de s’associer pour faire un projet où l’élève serait au centre de son apprentissage », nous explique François Desmarais en entretien.
Un parti-pris audacieux qui a valu aux deux enseignants le Prix d’histoire du Gouverneur général 2025, l’une des plus prestigieuses distinctions en enseignement de l’histoire au pays, remise par la Société Histoire Canada lors d’une cérémonie qui s’est tenue à Ottawa fin janvier.
Au cœur de cette reconnaissance se trouve Tissés serrés, un projet pédagogique d’envergure mené en 2024, qui a transformé une année scolaire complète en une aventure artistique et historique.
« Ils ne faisaient pas qu’entendre l’histoire, ils la jouaient. » – François Desmarais
Tissés serrés
Conçu comme une comédie musicale à saveur historique, Tissés serrés retrace plusieurs grandes étapes de l’histoire du Québec, de l’arrivée de Jacques Cartier aux rébellions patriotes et à l’Union de 1840.
« C’est le programme d’histoire de secondaire 3 qu’on présente dans la pièce », résume François Desmarais.
Sur scène, des personnages marquants comme Pierre Boucher côtoient les Premières Nations. Une approche artistique du programme scolaire qui a porté ses fruits auprès des élèves selon l’enseignant.
« Pour une fois, les jeunes se sentaient interpellés. Lorsqu’ils jouaient un rôle, ils devaient faire des recherches sur leur personnage, ça leur permettait de faire des découvertes personnelles qu’ils rapportaient ensuite dans leurs travaux. »
Pour François Desmarais, qui enseigne l’histoire depuis 33 ans, un tel niveau d’intérêt chez les élèves est une première.
« En tant qu’enseignant, on doit être intéressant. C’est un défi de trouver la bonne méthode pour que les jeunes aiment venir à l’école, qu’ils aiment la matière, et qu’un jour cette aspiration fasse d’eux de meilleurs humains. C’était hyper intéressant comme façon d’enseigner, mais aussi comme façon d’apprendre. »
Un projet d’envergure
Le projet a mobilisé pas moins de 135 élèves, appelés à s’impliquer bien au-delà de l’apprentissage théorique.
« On a pratiqué avec les élèves, on a écrit l’histoire avec eux, déclare François Desmarais. Véronique a créé les scénettes à partir des données que nous avions trouvées lors des recherches historiques. Ensuite on a divisé les jeunes en différentes équipes : production, écriture, costumes. Ils ont fait un travail remarquable. »
Au total, la pièce rassemble pas moins d’une douzaine de scénettes et sept chansons. Un projet d’envergure qui a demandé un investissement important en temps et en énergie.
« Ça a demandé beaucoup d’organisation. C’était une grande tâche. Il y a eu énormément de bénévolat, souligne François Desmarais. Tous les midis, nos locaux étaient ouverts avec Véronique. »
Une collaboration artistique
Le projet n’aurait d’ailleurs pas pu voir le jour sans la collaboration d’artistes professionnels extérieurs à l’établissement, notamment le violoniste Marc Angers et l’auteur-compositeur-interprète Alexandre Belliard, qui ont accompagné les enseignants et les élèves tout au long du processus de création.
« Les deux ont embarqué, ça a été fantastique, lance le professeur d’histoire. Alexandre Belliard m’a énormément inspiré. Je suis tombé en amour avec son album, dans lequel il raconte l’histoire que j’enseigne. »
Cette rencontre entre le milieu scolaire et le milieu artistique a permis d’élever le projet, qui a fini par connaître un véritable succès lors de ses représentations.
Une année, trois représentations
Tissés serrés a culminé avec trois représentations devant 600 personnes chacune, pour un total de 1 800 spectateurs.
« On a fait salle comble à chaque fois, se rappelle avec fierté M. Desmarais. Au point où Marc et Alexandre voulaient faire une tournée à travers le Québec. »
Un moment fort, tant pour les élèves que pour les enseignants, qui ont vu leur travail prendre forme sous les applaudissements du public. Le succès du projet s’est d’ailleurs étendu à l’échelle nationale, alors que les deux enseignants viennent tout juste de recevoir le Prix d’histoire du Gouverneur général 2025.
Une reconnaissance
Recevoir ce prix des mains de Mary Simon, gouverneure générale du Canada, représente un moment marquant pour les deux enseignants.
« C’est incroyable ! Ça représente la tape dans le dos qui n’arrive pas très souvent dans le milieu de l’éducation, lance François Desmarais. Ça donne le goût d’aller encore plus loin. »
Aller plus loin, ils comptent bien. François Desmarais n’excluant pas l’idée de porter le projet sur du plus long terme ou bien d’en développer un nouveau, « Je pense qu’il faut aller là ».
Au-delà de l’honneur personnel, cette distinction met en lumière le potentiel des projets pédagogiques innovants dans les écoles québécoises.
