Entre fiction et réalité
L’écrivain bouchervillois Mathieu Blais connaît l’un de ses meilleurs départs avec son sixième roman, « la peau de mon chien ».
Originaire de Montréal et enseignant de littérature au cégep Édouard-Montpetit depuis plus de 15 ans, Mathieu Blais vit depuis quatre ans et demi à Boucherville avec ses enfants et sa conjointe. « On est passé du Vieux-Longueuil au Vieux-Boucherville, on suit le fleuve », nous confie-t-il en riant en ouverture d’entretien, visiblement heureux de ses quelques années passées dans la municipalité.
L’enseignant se définit comme un « pur produit de la littérature », une matière dans laquelle il a réalisé un baccalauréat, une maîtrise et, finalement, un doctorat. « Je me suis spécialisé en sociologie de la littérature, déclare-t-il. Ma thèse portait sur la représentation de la pauvreté, ce qui est un peu en lien avec mon dernier roman. »
Très occupé, l’auteur partage son temps entre sa profession d’enseignant et son métier d’écrivain, qu’il pratique à haute intensité. « La peau de mon chien « est en effet son 15e livre et son sixième roman. Il a également publié de nombreux recueils de poésie. « J’ai écrit autant en poésie qu’en roman, mais je me découvre en tant que romancier. »
Ce dernier roman lui aura demandé quatre années de travail et signe aujourd’hui le meilleur départ de sa carrière.
« Mon meilleur départ »
« La peau de mon chien » est sorti le 6 août dernier, une date stratégique, puisque le 12 août avait lieu le « Top 100 du 12 août », un palmarès des livres d’auteurs québécois les plus vendus lors de la journée thématique « Le 12 août, j’achète un livre québécois! ». Initié il y a quelques années, cet évènement annuel est devenu une journée stratégique en littérature aussi bien pour les libraires en termes d’achalandage que pour les écrivains en termes de vente.
À cette occasion, le livre de Mathieu Blais s’est classé en 34e position, une place importante, offrant à l’écrivain l’un de ses meilleurs départs littéraires. « C’est mon meilleur départ et je trouve que c’est mon meilleur livre, déclare-t-il. J’ai compris que je construis quelque chose au fil des publications et je deviens plus conscient des moyens que j’utilise. »
Une sociologie littéraire
Le livre raconte l’histoire d’un ancien journaliste devenu professeur, qui doit se replonger dans une vieille enquête sur une communauté vivant isolée en forêt. « En plongeant dans cette enquête-là, c’est là qu’on déborde, nous explique Mathieu Blais. Le journaliste va vivre des drames et des moments d’exaltation. »
Le livre est à la croisée des genres. L’enquête journalistique laisse place à une approche sociologique du personnage principal et des réalités dans lesquelles il gravite. En s’enfonçant dans la nature québécoise, le récit apporte également une dimension particulière au livre. « Le mot nature writing me semble juste, souligne l’auteur. On est dans l’écriture de la nature, j’écris la nature, je me plante en son cœur et la nomme. Il y a de la sociologie, il y a un regard qui est porté sur la pauvreté, sur la colonisation, ça fait partie prenante du projet. »
Influencé par son bagage sociologique, l’écrivain a voulu ancrer ses personnages dans les réalités sociales de son territoire. « À la base, le projet, c’était d’écrire sur les travailleurs pauvres de Longueuil, mais, assez rapidement, je me suis tourné vers une pauvreté plus radicale, mais qui tient du choix, de gens qui ont décidé d’aller vivre dans la forêt en communauté, nous explique Mathieu Blais. Cependant, il y a plein d’ancrages du livre dans Longueuil, dont le personnage principal est originaire. »
Un style unique
Cet ancrage dans la réalité du territoire n’empêche toutefois pas le livre d’être une œuvre de fiction. C’est d’ailleurs ce flou entre la réalité et la fiction qui dicte le ton du récit, une frontière poreuse volontairement exacerbée par l’auteur. « Tout est faux et tout est vrai, nous confit l’auteur. Je mêle le vrai et le faux en empruntant les codes de la littérature non fictionnelle. Il y a plein de citations qui sont réelles, il y a plein de personnages historiques qui sont réels, mais il y a aussi plein de citations qui sont fausses et il y a plein de fausses mises en situation de vrais personnages. »
Il fait notamment le parallèle entre son œuvre et le film Forrest Gump, qui utilise lui aussi des images d’archives, des personnages historiques comme le président Nixon et des événements réels pour construire son récit de fiction. « Il s’agit de mêler le réel et la fiction pour tenir un propos sur le réel et non pas de pervertir la pensée de quelqu’un. »
Cependant, il le revendique : on est bel et bien dans la fiction. « La fiction donne beaucoup plus de liberté et permet de révéler autrement le réel. L’idée, c’était de donner écho en littérature à l’ère de la post-vérité. Je voulais faire un deepfake littéraire. »
Déjà un nouveau projet
« La peau de mon chien » n’aura pas de suite. Mathieu Blais a toutefois déjà les yeux tournés vers ses prochains projets. « Ma vie tourne autour de la littérature, donc je suis déjà dans un prochain projet, conclut l’écrivain. J’explore la littérature jeunesse, je fais des histoires de pirates et normalement, à l’hiver, j’ai le tome deux des Aventures du capitaine Corso qui devrait sortir. »
Bien implanté à Boucherville, Mathieu Blais a également bénéficié, l’année dernière, de la résidence d’écriture à la bibliothèque. « Ça a été une très belle expérience avec les citoyens et les citoyennes. »
